‹ Madagascar sous Louis XIVChapitre 4 sur 49 · AVANT-PROPOS V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS V

politique, et celles dont Louis XIV devait être en possession pour s'occuper, comme il le fit pendant toute sa vie, des lettres, des sciences, des arts, de l’hégémonie politique de notre pays. Nous avons beau faire, 11 nous est impossible de concevoir que les unes et les autres puissent coexister à la fois chez le même individu. C’est pourquoi nous sommes choqués au fond de nous quand Phistoire, ne faisant aucune distinction entre les actes du règne, vient nous présenter tout ce qui s’y est accompli relativement au commerce ou à l’industrie, comme ayant émané de l'initiative du roi.

Or, il ne faudrait point chercher ailleurs que dans ce sentiment généralisé, le secret du succès si rapidement obtenu par la thèse de M. Camille Rousset dans sa belle histoire de Louvois; à savoir que la majeure partie de la gloire communément accordée à Louis XIV aurait été usurpée, et que, depuis deux siècles, on ne l’exalte au total que pour des lois, des institutions et des mesures, qui ont été exclusivement l’œuvre de ses ministres.

Quand on y réfléchit, il est certain en effet que les conclusions de l’éminent académicien n'auraient Jamais été aussi aisément acceptées, si les esprits n°y eussent été «éjà préparés par quelque chose. Et, lors bien même qu’on eût imprimé le contenu de tous les cartons du Ministère de la guerre, 1l saute aux yeux qu’on n'aurait pas réussi à faire admettre que, dans les campagnes militaires et la politique extérieure de Louis XIV, tout devait être à peu près complétement attribué à Louvois où à de Lyonne,

VI AVANT-PROPOS si le publie, habitué depuis de longues années à entendre féliciter le roi pour tous les actes économiques au bas desquels s’étalait sa signature, n'avait pas eu maintes fois à se dire, à propos de ces mêmes actes, que Colbert seul en pouvait être l’auteur, et que Louis XIV n'avait pas dû autrement y prendre part que pour les signer,

Nous commençons par déclarer qu'il serait inexcusable de notre part de vouloir assumer la tâche de défendre Louis XIV, dans le procès en revendication de gloire qui lui est intenté depuis une trentaine d'années, par toute une pléiade d'écrivains de la plus haute valeur, parmi lesquels, en dehors de l'illustre auteur de l'Histoire de Louvois, on doit citer en première ligne le chercheur infatigable et sagace qui porte le nom de Pierre Clément. Rien, dans nos études passées, ne justifierait effectivement chez nous une pareille témérité.

Cependant, sans avoir cette prétention, les choses en sont venues à un tel point, que l'heure nous semble avoir sonné où de timides réserves peuvent être permises à tous, et où chacun sans trop d'audace, peut essayer d’opposer quelques objections à l'opinion nouvelle qu'on est presque parvenu à faire dominer de nos jours, touchant le grand roi. La plupart des auteurs en effet qui ont entrepris des études sur Louis XIV, s’y sont généralement engagés

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avec des idées 4 priori, absolument discutables, qui ne sauraient résister à l'examen, et qui forcément ont dû contribuer à les égarer.

Comme exemple de ces idées à priori, nous citerons la principale, c’est-à-dire celle dont les conséquences ont été les plus fâcheuses pour la critique. Cette idée consiste en ceci: que Louis XIV a dû être incapable de se passionner pour la prospérité du commerce ct de l’industrie, ou du moins que, s’il en eût été capable, il aurait été d’un caractère à considérer comme indigne de lui de s’en mêler; et, en second lieu, que si la destinée ne lui avait pas mis sous la main, comme ministre, le fils d’un petit drapier de Reims, jamais rien de ce que son gouvernement à fait en faveur du commerce ou de l'industrie n'aurait eu lieu.

Eh bien, quelque plausibles et rationnelles qu’elles puissent paraître dès l’abord et de quelque crédit qu'on semble universellement les gratifier, il n'existe pas, à notre sens, d’assertions plus fausses que celles-là. La vérité, pour qui connaît l’histoire, est précisément au contraire qu'il aurait été tout à fait exceptionnel que Louis XIV ne fit pas des questions économiques le sujet de ses soins quotidiens, et qu’il n'y attachàât point une immense importance.

Pour qu'il s’en désintéressât ou qu’il leur témoionât seulement de la froideur, il aurait effectivement fallu que Louis XIV eût rompu avec toutes les traditions de ses prédécesseurs, ou qu’il eût manqué des aptitudes les plus communes à tous les hommes d'État et à tous les rois de son temps.

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Or, si nous nous avisons de rechercher la raison de cette erreur, en dehors bien entendu de la tendance sentimentale dont il vient d'être question et qui sans conteste possible en a été la première source, elle tient simplement à ce qu'en dépit d’une prétendue sûreté critique dont ils mènent le plus grand bruit, la majorité de ceux qui dans ces dernières années ont écrit sur Louis XIV, ont parlé de lui et l'ont jugé absolument comme s'il eût régné au xix° siècle, et qu'ils lui ont prêté, dès lors, les idées et les sentiments d’un souverain d'aujourd'hui.

Si l’on cherche, en effet, à se rendre compte des doctrines dont les gouvernements de nos jours s’inspirent en matière économique, on en rencontre deux dont il est aisé de reconnaître sur l'heure qu’elles n'ont jamais dû avoir la moindre action sur l'esprit d’un Louis XIV.

Eh bien, la faute vient de ce qu'on s’en est tenu à ces deux doctrines, sans se demander si, en dehors d'elles, il n’en existait pas quelque autre, au xvn° siècle, qui fût alors en vigueur, et par laquelle un roi, füt-il Louis XIV, pouvait se laisser guider.

D'après la première, l’État ou le roi, vis-à-vis du pays à la tête duquel il est placé, serait, pour les choses d'ordre économique, dans la situation d’un véritable père de famille ou, si l’on aime mieux, d’un

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