DE PAR LE ROY
L'on fait scavoir à tous ceux qu'il appartiendra que la Compagnie, désirant que tous les particuliers françois qui n’ont pas eu le moyen de s’y intéresser ‘ ne laissent de participer aux avantages d'icelle, selon le talent qu'il a plu à Dieu leur donner, a résolu d'en passer nombre en Colonies dans lISLE DAUPHINE, cy devant nommée de Saint-Laurent et auparavant de Madagascar et autres adjacentes, pour s’y establir et les rendre Propriétaires d'autant de terres et héritages qu’ils pourront labourer, eux, leurs famille et serviteurs.
1 C'est-à-dire de souscrire des actions.
L'air de cette isle est fort tempéré, les deux tiers de l’année sont semblables à la saison du Printemps, l’autre tiers n’est passichaud que l’esté en France, les personnes y vivent jusques à cent et six vingt ans.
Les fruits y sont très bons, en grande quantité, les légumes, pois et toutes sortes de racines y sont bonnes et fort saines. le Ris se recueille trois fois l’an, les graines d'Europe y produisent mieux qu’en France, et il y a là de la vigne qui estant cultivée produira de fort bon vin.
Il y a grande quantité de Bœufs, Vaches, Moutons, Chèvres, Cochons et autre Bestial, la Volaille privée est pareille. à la nostre, beaucoup de Venaison et Gibier de toutes sortes, et de très bon Poisson, tant de Mer que d'Eau douce.
Les vers à soye y sont communs sur les arbres, et produisent de la Soye fine et facile à filer. Il y a des mines d'Or, de Fer, de Plomb; du Cotton, de la Cire, du Sucre, du Poivre blanc et noir, du Tabac, de l’Indigo, de l’Ébène et toutes sortes de bois de Teinture et autres bonnes Marchandises. IL ne manque que des hommes qui ayent l'adresse de s’en servir et faire travailler les Nègres habitans du pays, qui sont dociles, obéyssans et soumis à tout ce qu’on leur veut commander. Ceux qui auront connaissance de la culture de ces sortes de Marchandises y profiteront extraordinairement.
Pour donner moyen à chacun de participer à ces avantages, toutes personnes de l’un et l’autre sexe qui se présenteront, seront passez sur les Vaisseaux que la Compagnie fera partir au mois de juillet prochain de l’année présente 1665, pour estre establis en Colonies dans ladite Isle Dauphine, en laquelle incontinent après leur arrivée il leur sera distribué des Terres pour leur demeurer en propre à perpétuité et à leurs hoirs ou
ayans-cause, moyennant une légère redevance annuelle par arpent et sans aucune autre charge, et seront nourriz pendant leur passage et 3 mois après leur arrivée eu ladite Isle; de laquelle despense ils feront le remboursement à la Compagnie, à condition fort raisonnabie, et la somme qui aura esté convenue sera par eux payée en Marchandises qu’ils auront recueillies et négotiées en ladite isle, en trois termes de chacun un An, le premier échéant un an après leur establissement, et leur sera fourny les Marchandises, outils et habits nécessaires dans ladite isle, en les payant à prix raisonnable.
Il sera observé que tous les François qui seront passez dans ladite Isle Dauphine et autres desdites Indes et qui auront demeuré l’espace de huit ans, seront receus Maistres de leurs Arts et Métiers dans toutes les Villes du Royaume, sans faire aucun Chef-d’œuvre, conformément à l'Article 38 de la Déclaration du Roy du mois d’Aoust
Pour le salut et instruction des passagers, la Compagnie à fait et fera passer à tous les armements des Missionnaires et Ecclésiastiques, et des Frères de la Charité, médecins, chirurgiens et apotiquaires, pour leur conservation.
Ceux qui désireront passer en ladite l'Isle Dauphine et ob‘enir des concessions de terre, s’adresseront à Paris au Bureau de ladite Compagnie, rüe Saint-Martin.
Il serait difficile de dire si, dans les renseignements dithyrambiques imprimés dans cette affiche sur Madagascar, il n’y avait pas autant le désir d'attirer les colons que celui d’amadouer les actionnaires ; car ces derniers, qui avaient versé leur argent, non pour la colonisation de Madagascar, mais pour le com-
merce des Indes, devaient être fort mécontents de voir leur Compagnie lancée dans une opération dont on ne leur avait Jamais parlé,
Quant à la seconde affiche, qui fut apposée après l'autre, elle entrait dans de plus grands détails sur les conditions faites aux colons, et semble avoir plus particulièrement visé les entrepreneurs d'émigration ou les gens qui se proposaient de s’embarquer avec leurs vassaux organisés.
Elle était ainsi conçue :