‹ Madagascar sous Louis XIVChapitre 35 sur 49 · RL · texte numérisé non relu

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que les syndics mirent de suite après, pour obtenir du roi une Déclaration qui les déchargeât solennellement de leur gestion passée; ce qui était une façon détournée de demander que l'ouverture d’une action judiciaire quelconque contre eux fût à Jamais rendue impossible. Ils ne le laissèrent effectivement tranquille que lorsqu'ils lui en eurent arraché une, mai 4665. Cela seul montre de toute évidence, à quelles craintes et à quelles vives attaques ils étaient en butte, et combien, de leur propre aveu, il aurait été dangereux pour eux que leur conduite fût sou- . mise au jugement du Parlement.

Quant au deuxième fait, il nous est fourni par le zèle fiévreux avec lequel, après l'assemblée, les directeurs et le roi s’appliquèrent à ce qui pouvait se rapporter spécialement au commerce des Indes. Si l’on excepte les reconnaissances que le premier armement avait reçu mission d'opérer sur la côte orientale d'Afrique, dans la mer Rouge et en Arabie, on se souvient en effet que cette question avait été totalement négligée et que, durant toute leur gestion, les syndics s'étaient uniquement occupés de l’île Dauphine.

Or l’insouciance dans laquelle on était resté jusque-là pour le commerce des Indes avait été le plus gros grief des actionnaires et l’une des causes principales de leur mécontentement. A cette date de 1665, on avait effectivement, depuis près d’une quarantaine d'années. vu se créer en France une foule

LA COLONISATION DE MADAGASCAR 197 de sociétés de colonisation dont à peine quelquesunes avaient fait leurs frais. Aussi avaient-ils été d'autant plus irrités de voir leur argent versé pour le commerce des Indes, destiné à une entreprise de colonisation, qu'ils étaient persuadés que dans le commerce des Indes cet argent leur aurait rapporté les plus gros revenus,

Une autre raison existait, d’ailleurs, qui avait dû conseiller au roi comme aux directeurs de faire montre pour l'instant du plus vif intérêt pour ce commerce des Indes. C’est qu'il fallait à tous prix trouver preneur, pour les 6,820,000 livres d'actions restant en souffrance.

Dans ces conjonctures, le lendemain même de l'assemblée des actionnaires, Louis XIV avait prorogé de six mois la fermeture de la souscription, en la reportant du 31 mars 1665 au 30 septembre de la même année. Les directeurs de leur côté s'étaient entendus dans leur première séance sur la question des succursales en province, et sur le chiffre de délégués que chacune d'elles aurait dans la Chambre des directeurs de Paris. Disons en passant que leur décision à ce sujet fut, que des succursales seraient établies à Lyon, Rouen, Nantes, Bordeaux et le Havre, avec trois délégués pour Lyon, deux pour Rouen et un pour chacunedes autres villes.

Puis, cela fait, on s'était mis sans désemparer, de part et d'autre, à ce qui avait trait à l’organisation du commerce des Indes.

- Trois questions étaient à considérer en cé qui concernait cette organisation : 4° Ja question du personnel, 2 celle des Tieux où Fon établirait des « comptoirs et des factureries », 3° celle enfin des marchandises qu'on enverrait là-bas ou qu'on en ferait plus particulièrement venir. Les directeurs se parlagèrent en trois commissions, ayant chacune pour objet d'étudier séparément une de ces questions, afin quelles pussent être examinées sous toutes leurs faces.

On se rappelle que le commerce des Indes nous élait pour ainsi parler complètement étranger. Il était donc évident que, de longtemps, nous ne pourrions pas nous procurer en France le personnel d'employés dont la Compagnie devait avoir besoin dans ces contrées. Cependant, comme on tenait à commencer immédiatement les opérations, on chercha comment on pourrait avoir des hommes rompus au genre d’affaires qui se faisait là-bas, connaissant les marchés, la manière d'y procéder, les prix, ete.

En cette circonstance, et afin d'éviter à la Compagnie de trop lourds frais d'apprentissage et d'école, les directeurs comprirent et décidèrent que le mieux était de détacher de la Compagnie hollandaise des Indes un certain nombre de ses méilleurs agents, qu’on prendrait ensuite au service de la Compagnie française. Mais ne perdant pas de vue qu'il fallait en même temps songer à former des Français, ils convinrent qu'à chacun des employés hollandais qu’on enga-

LA COLONISATION DE MADAGASCAR 199 serait, il sérait adjoint, avec le même grade, un émployé français, lequel bien entendu aurait à s’arranger pour bénéficier des connaissances pratiques ét de l'expérience de son collègue.

Des nationaux hollandais que les directeurs prirent à gages de cette façon, un nommé Caron est celui qui fut payé le plus haut prix; la raison en est qu'il avait servi pendant de longues années comme directeur, aux Indes, de la Compagnie hollandaise, et qu'il était réputé comme un homme d’une très haute valeur. Il fut engagé pour cinq années, aux appointements annuels de 18,000 livres, somme énorme pour l’époque, et cela sans préjudice d’une indemnité de 9,000 livres qui lui fut versée pour faire venir sa famille de Bruxelles, et l'installer à Paris.

Une précaution avait été prise, pour que ces employés n'eussent jamais rien à redouter du gouvernement hollandais qui aurait pu les traiter comme traîtres, et dont le but également était de les attacher plus étroitement aux intérêts de la Compagnie : c'est qu'en même temps qu'ils signaient leur engagement, on leur accordait de grandes lettres de naturalisation, lettres de naturalisation, par parenthèse, dans lesquelles, comme ils appartenaient tous au protestantisme, Louis XIV leur reconnaissait, par un article formel, le droit d'exercer leur religion en toute liberté.

Une fois cette affaire du personnel bien vidée, les

directeurs étaient passés à la question des contrées

où l'intérêt de la Compagnie pouvait demander de fonder des établissements de commerce. Après une enquête méticuleuse, il fut résolu par eux qu’on en créerait, non seulement dans le Bengale et sur la côte de Coromandel, mais encore en Chine et au Japon.

Puis on avait étudié avec soin les différents genres de négoce susceptibles d’être les plus grosses sources de bénéfices et de profits pour la Compagnie.

Les diverses espèces de marchandises de fabrication française qui offraient le plus de chance d'être agréées dans les Indes, en Chine et au Japon, furent de leur côté l’objet de l’examen le plus approfondi.

Il fut décidé enfin, dans l'intention d'éviter les non-valeurs et les pertes d'argent, que tout individu, colon ou engagé, qu'on transporterait là-bas pour le compte de la Compagnie serait soumis à des visites répétées, afin de s’assurer, si «corporellement » il était capable de supporter le changement de climat et les fatigues inséparables d’un établissement dans des pays exotiques.

On voit, à ces rapides détails, qu'après cette assemblée des actionnaires du 20 mars, toutes les questions rentrant plus ou moins directement dans l’établissement d’un commerce sérieux aux Indes, avaient été abordées et traitées avec une méthode, une attention et un sens pratique, qu'on ne saurait trop admirer.

Mais 1l est bon de signaler ici la pete habileté dont le roi et les directeurs usèrent alors dans un but facile à comprendre. Au fur et à mesure, en effet, qu'une décision était prise, ils s’arrangeaient pour qu'elle transpiràt sur lheure dans le public. Ils avaient compté sur ce moyen pour dissiper les mquiétudes des actionnaires, désarmer leur colère et leur redonner confiance. Ils s'étaient imaginé qu'il suffisait de raviver toutes leurs anciennes espérances dans les gros profits que donnerait le commerce des Indes, pour leur faire oublier la manière dont on s'était conduit à leur égard dans l'assemblée et auparavant, et surtout pour les tranquilliser au sujet des pertes qu'ils craignaient de voir éprouver à la Compagnie dans la colonisation de Madagascar.

Mais l'avenir devait leur faire voir qu'en cela, le roi et les directeurs s'étaient trompés au plus haut point,

Entre le roi et les actionnaires allait en effet, à partir de cette date, commencer une lutte épique de cinq années, dont le récit des péripéties va nous donner l’occasion de faire une histoire détaillée de ce qu'on a appelé Expédition de Montdevergue.

Cette histoire sera d’autant plus instructive pour ous ceux qui s'intéressent aux tentatives de colonisation de la France à Madagascar, que, grâce aux archives du Ministère de la marine et des colonies et aux documents authentiques qu’elles renferment, elle est sur bien des points inédite, et que, sur d’autres elle s’écarte très sensiblement de tout ce

202 LA COLONISATION DE MADAGASCAR que les écrivains qui s’en sont occupés jusqu'ici en ont dit.

Dans cette partie de notre étude, nos lecteurs n'auront pas seulement de nouvelles preuves des « qualités pratiques » de Louis XIV, ils vont y voir surtout qu'il possédait ce qui se rencontre le plus rarement chez les hommes d’État ordinaires, une persistance inébranlable et extraordinaire dans un dessein une fois formé,

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