‹ Madagascar sous Louis XIVChapitre 37 sur 49 · COLBERT · texte numérisé non relu

COLBERT

Paris, 19 janvier 1669.

On conviendra que ces deux lettres, écrites l’une par Louis XIV, l'autre par Colbert, et à la même personne, sur le même sujet et pour lui dire la même chose, présentent un certain piquant.

Quoi qu'il en soit, il semblerait cependant résulter de la dernière phrase de la lettre de Colbert, « il faut

LÉS ACTIONNAIRES FONT CAPITULER LE ROI 289 que vous quittez votre esprit de liste Dauphine qui paroist dans vos lettres et que vous repreniez celuy que vous aviez en France, » que Montdevergue, dans les Conseils du roi, était trouvé changé et bien différent de l’idée qu'on s'était précédemment formée de lui.

Une chose ferait supposer au reste qu'on le croyait en proie à un découragement irrémédiable, et qu'on n'en attendait plus guère de bons services, c’est que, par le même courrier, un paquet partait à l'adresse de de Faye, alors à Fort-Dauphin.

Ce paquet, que de Faye seul pouvait ouvrir, ou, à son défaut, le procureur du Conseil Souverain, renfermait effectivement l’ordre à Montdevergue d’avoir à remettre son commandement au « sieur de Champmargou », son lieutenant, et de rentrer surle-champ en France, après avoir fait reconnaître ce dernier comme chef par tous les établissements de l’île Dauphine. |

On laissait à Lx complète appréciation de de Faye le soin d’user ou non de cet ordre et de la commission au nom de Champmargou, qui y était jointe.

Le

Arrivée du navire annoncé par Caron. — Conflit entre Caron et Montdevergue. — Contre-coup qui'en résulte à Paris. — La Compagnie oblige le roi à reprendre Madagascar, et à la décharger de l'obligation de coloniser le pays.

Nous approchons à présent de l’épilogue de cette étude, qui, de détails en détails, d’exposés en exposés, se trouve avoir atteint des proportions qu'on n'aurait guère prévues au début, étant donné surtout le silence à peu près général que la plupart des historiens ont gardé sur cette affaire de la Compagnie des Indes orientales de 166%.

Cependant, après tout ce qui a été dit jusqu'ici de l’ingérence du roi dans les affaires de la Compagnie des Indes orientales de 166%, il est une réflexion que chacun a dû se faire au-dedans de soi, quelles que soient, en effet, les opinions politiques que l’on professe et le parti pris par conséquent

LES ACTIONNAIRES FONT CAPITULER LE ROI 291 avec lequel, dans la crainte de paraître mollir, on se crole tenu d'envisager le passé, lors même que ce passé n’a plus la moindre trace dans le présent, c’est qu'il n'est pas possible de se défendre d’une réelle sympathie pour Louis XIV, quand on le voit ne reculer devant aucun déboire, ne se laisser rebuter par aucune déception, et vouloir quand même et quand même la réalisation d’une idée, au bout de laquelle il était convaincu que la grandeur et la prospérité de son pays se trouvaient.

Et pourtant, combien n’en avait-il pas essuyé de déboires et de déceptions, sous lesquels tout autre aurait succombé ! Toujours il avait compté sur de bonnes nouvelles et avait été en droit de compter sur de bonnes nouvelles, et toujours, au dernier moment, par un coup inattendu du sort, ces bonnes nouvelles s'étaient changées en de mauvaises, réduisant à néant tous les efforts passés, laissant tout à recommencer.

Au moment où nous sommes, commencement de 1669, une chose en dehors des lettres de Montdevergue avait tout particulièrement tourmenté Louis XIV. Pendant six mois, 1l avait journellement manœuvré à l'égard des actionnaires dans la prévision de larrivée de ce navire, dont Caron lui avait annoncé le départ des Indes pour la fin d'avril 1668 ; et ce navire n'était pas encore venu! Or, si en octobre, novembre

ou décembre, il avait eu la chance de le voir abor-

der en France, comme il était permis d’y comp”

LRQ

ter, nul doute que l'effet des lettres de Montdevereue aurait été totalement annihilé par lui. Malheureusement Caron s'était trompé dans ses calculs; 1l lui avait été impossible de l’expédier à la date fixée. Aussi, le roi l'avait attendu vainement en octobre, novembre, décembre. Janvier et la première quinzaine de février 1669 s'étaient même écoulés sans qu'on en eût la moindre nouvelle. Nous n'avons pas besoin de dire les commentaires défavorables qu'il s’en était suivi. Dans les entours du roi et des directeurs, on s'était lamenté , chacun faisant la supposition que le vaisseau avait péri, et se demandant dès lors s’il était bien sensé de persister dans une entreprise où la fortune semblait s'être donné mission de déjouer tous les plans. Mais, dans le public, les conséquences avaient été des plus graves. On se regardait comme ayant été tellement trompé depuis le commencement, qu'on n'avait pas hésité à se dire que, jamais, 1l n'avait été question de l'en- - voi de ce navire, et que tout avait été inventé à plaisir, dans le but pur et simple d’abuser les actionnaires.

Pour avoir la mesure des tribulations et de l’état d'oppression véritable où Louis XIV avait vécu relativement à ce navire, 11 suffit de rapporter l'espèce de révolution qui se produisit en lui, lorsque, dans la deuxième quinzaine de février, on lui apprit que celui-ci venait d'entrer à Port-Louis. Il en eut la fièvre; une Joie vraiment enfantine s’empara de lui,

LES ACTIONNAIRES FONT CAPITULER LE ROI 293 Il osa si peu tout d'abord en croire ses oreilles, tant il avait été de fois déçu, qu'il voulut voir le commandant de ses propres veux, et le questionner lui-même. Par ses ordres; on le fit venir à Versailles. L'émotion du roi fut telle au reste que, perdant la proportion

des choses, où cependant il excellait, il fit présent à

cet officier de son portrait, enrichi de diamants, absolument comme s'il se fût agi de le récompenser d’une action du plus haut éclat.

Ce commandant, qui avait assisté aux opérations de Caron aux Indes, était à même d’en parler de visu; et comme, d'autre part, il avait relâché à Fort-Dauphin, au mois de septembre précédent, il put en outre donner au roi, sur Montdevergue et son administration, les nouvelles les plus fraiches.

Est-ce que les renseignements fournis par lui sur Montdevergue contribuèrent à faire revenir Louis XIV à de tout autres sentiments touchant son vice-roi ? Ne serait-ce point au contraire que la foi la plus entière dans le succès, qui s’empara alors derechef du roi, produisit chez lui une certaine détente, le rendant plus accessible à l’indulgence ou à esprit de justice? On ne saurait se prononcer à cet égard. Mais, ce que l’on sait, c’est que, par rapport à Montdevergue, sa volte-face fut complète. Dans la dépêche en date du 9 mars, qu'un des deux navires dont il avait été parlé dans l'assemblée de décembre, devait emporter à Fort-Dauphin, plus de raideur en effet, plus de colère, plus de sanglants reproches, Louis XIV

semble y donner à entendre que, si les résultats n’ont pas encore répondu à l'attente, c'est la fortune seule qu'on en doit principalement accuser,

Monsieur de Montdevergue, lui disait-il effectivement dans le premier paragraphe de cette lettre, les premières lettres qui m'ont esté rendues de vostre part depuis vostre arrivée en l'isle Dauphine et les discours qu'avoit tenus celuy que vous en aviez chargé, avoient persuadé tous ceux qui avoient pris intérest dans la Com-

pagnie des Indes orientales et presque mon royaume en-

tier, que cette entreprise ne pouvoit réussir. Mais encores que par l'arrivée du vaisseau le Saint-Jean, ehargé d'une assez bonne quantité de marchandises de Surate, cette opinion se soit dissipée, ceux qui, comme moy, ont pénétré les principales et plus considérables fautes qui ont été faites dans les commencements, ne laissent pas de douter toujours du succès, particulièrement si l’on y apporte promptement les remèdes convenables.

Cette dépêche se trouvant dans les documents réunis par Pierre Clément, nous ne croyons pas nécessaire de la reproduire in eætenso, mais, une fois ce paragraphe écrit, plus la moindre récrimination. Louis XIV : se contentait de refaire d’un tout autre ton sa lettre antérieure, et d'expliquer à Montdevergue ce qu'il attendait de lui, appuyant toutefois expressément sur la recommandation suivante, preuve qu'en dépit de tout, il songeait plus que jamais à la colonisation de Madagascar : (Je désire qu'’aussy tost que vous aurez receu cette lettre, vous travailliez à faire les establissements de la bave Saint-Augusüin et

d’Anton-Gil, et tous les autres que vous estimerez pouvoir faire. »

Somme toute, il n'avait pas fallu davantage que l’arrivée de ce navire, pour effacer chez Louis XIV toutes ses déceptions passées et raviver plus que jamais ses espérances. Après ses entretiens avec le capitaine du Saint-Jean, il fut tellement persuadé que rien désormais ne clocherait plus, que, dès le mois suivant, il chargeait Colbert de s’occuper sans retard de l’organisation de l’escadre imposante qu'il voulait faire partir pour les Indes. C'est l’escadre dont de la Haye devait avoir le commandement.

Nous aurons à parler très longuement de cette escadre, qui fut la première que la France envoya dans l'Océan Indien, car c’est seulement par elle qu'il est possible de percer à jour la profondeur des desseins dont Louis XIV avait cherché à préparer la réalisation avec sa Compagnie des Indes orientales et sa colonisation de Madagascar. Pour l’instant, nous n'avons qu'à continuer l’histoire des tribulations qui s’acharnaient sur Louis XIV, en montrant combien le retour en grâce de Montdevergue devait être de peu de durée.

Le roi était encore, en effet, tout à la joie de l’arrivée du Saint-Jean, et des horizons lumineux qu'il lui avait ouverts ; et les actionnaires, croyant le commerce des Indes définitivement organisé, se berçaient encore de cette assurance, que les affaires de

la Compagnie ne tarderaient pas à les conduire à la plus haute fortune, quand voilà que tout à coup des lettres sont apportées qui détruisent encore une fois tous les rêves. Elles venaient de Caron.

Sous des dehors modestes et pleins de réserve, Caron, l’un des deux directeurs de la Compagnie aux Indes, cachait un orgueiletuneambition incommensurables. Hollandais de naissance, ancien employé de la Compagnie hollandaise, au service de laquelle, en Chine et dans linde, il avait été pendant 22 ans, cet homme n’admettait que les choses du commerce ; aussi était-1l enclin de parti pris à un dédain qu'il ne cherchait pas assez à dissimuler, pour les militaires, les considérant comme de coûteux instruments d’exécution, et déclarant à chaque occasion qu'on devait, Je plus possible, essayer de s'en passer. Caron avait rêvé pour lui, dans la Compagnie française, Ia siluation qu'avait dans les Indes le gouverneur de la Compagnie hollandaise, c'est-à-dire que, n'ambitionnant pas seulement de diriger en maitre toutes les affaires commerciales de la Compagnie, il prétendait commander en outre à toutes les forces de terre ou de mer que la métropole entretiendrait là-bas.

On pense comme de pareilles visées étaient de nature à s’harmoniser avec le tempérament de Montdevergue. Montdevergue, soldat de fortune et d’honneur, prêt à tous les sacrifices, de sa vie comme de ses biens, pour le service du roi ou de l'État, et qui naturellement devait tenir dans la plus piètre

estime des hommes du genre de Caron, ne courant de dangers que derrière leurs comptoirs et travaillant beaucoup moins pour la gloire que pour largent. Il fallait évidemment s'attendre à ce que lui, dépositaire de l'autorité du roi et son lieutenant dans les Indes, homme de naissance et chef d'armée, fut peu d’humeur à se laisser subalterniser à un degré quelconque, par un de ces particuliers que, dans le langage de l’époque, on appelait dédaigneusement des marchands.

Par cette sorte d’intuition commune aux hommes d'action qui se font une loi sévère de la droiture, Montdevergue, au reste, éprouvait une méfiance insurmontable pour ce Hollandais passé au service de la France. On n'aurait jamais réussi à lui enlever de la tête qu’à la première occasion, Caron trahirait la France et le roi au profit de ses anciens compatriotes, contre lesquels ‘il le savait après tout mieux que personne, la Compagnie française avait été fondée. Cette raison était cause qu'en ce qui concerne Caron, il vivait constamment sur ses gardes, exercant une surveillance journalière sur sa conduite.

Disons de suite que l’avenir devait donner raison aux Justes suspicions de Montdevergue. Mais en attendant, on conçoit les conflits et les heurts qui dans ces conditions devaient fatalement, un jour ou l’autre, se produire entre ces deux hommes.

L'autorité dont Caron jouissait dans les comptoirs des Indes était absolue, en ce sens que contre les

marchands, sous-marchands, commis ou simples particuliers français, 1l avait le droit de prononcer tels jugements qu'il entendait, sans que les intéressés eussent d'autre recours, que devant:le Conseil Souverain siégeant à Fort-Dauphin sous la présidence de Montdevergue.

Or, dès le principe, Caron avait affiché une prétention que Montdevergue, comme il fallait s’y attendre pour toutes sortes de raisons, avait taxée d’inadmissible; c'était que ses jugements fussent purement et simplement ratifiés par le Conseil Souverain, Montdevergue s'était imposé au contraire la règle de les faire examiner avec le plus grand soin. C’est de la sorte que plusieurs avaient été cassés, un surtout, auquel Caron tenait extrêmement, car il s'était agi pour lui de déshonorer et de faire éloigner des Indes un homme dont il redoutait les conseils ou la clairvoyance, et qu’il considérait comme son ennemï personnel. Nous voulons parler iei de ce qu’on a appelé à l’époque « l'affaire Marcara ». Non seulement Marcara avait été acquitté devant le Conseil Souverain, mais Montdevergue l'avait renvoyé aux Indes, avec l’ordre à Caron d’avoir à le réintégrer dans ses fonctions.

Cet incident avait mis le comble à la sourde irritation que celui-ci nourrissait contre Montdevergue, aussi avait-il décidé d'employer tous les moyens pour lui faire enlever sa vice-royauté. De là, les lettres dont nous venons de faire mention.

Dans ces lettres au roi et aux directeurs, Caron se

répandait en plaintes désespérées. Il s’étendait sur tout ce qu'il faisait aux Indes, sur les difficultés qu’il avait à y surmonter chaque jour, sur les succès en tous genres dont ses efforts étaient sur le point d’être couronnés, sur l'avenir merveilleux réservé à la Compagnie française. Mais, du même coup, Montdevergue y était présenté par lui comme occupé sans relâche à le taquiner, à le gêner, à diminuer son autorité et la considération dont il avait besoin. Énumérant ensuite l'un après l’autre tous ses griefs, il affirmait que s’il n'avait pas encore fait tout ce qu'il aurait pu, la faute. en devait revenir à Montdevergue. Bref, il exposait que si Montdevergue n’était pas rappelé ou hautement blâmé, 1l fallait renoncer à organiser un commerce sérieux aux Indes. En terminant, il don-

nait à entendre que, quant à lui, s’il ne recevait pas

satisfaction à ce sujet, il était décidé à donner sa démission.

On ne s’expliquerait jamais l’émoi que produisirent ces lettres, si l’on ne connaissait pas le cas que l’on faisait alors de Caron. Durant son séjour à Paris, Caron avait procédé avec une telle adresse, que le roi, que Colbert, que les directeurs, que les actionnaires, que le public tout entier, en un mot, s'étaient fait de lui la plus haute idée et la plus avantageuse. Tous le regardaient comme un homme de premier ordre. Tous étaient convaincus qu'avec son expérience, son savoir-faire, son activité, lui seul était de taille à mettre la Compagnie française

sur le meilleur pied. Caron, d'autre part, représentait aux yeux des actionnaires le commerce des Indes, tandis que Montdevergue personnifiait plus spécialement Ja colonisation de file Dauphine. Puis, en somme, il n’y avait que Caron qui eût jusque-là donné des satisfactions. Le chargement du Saint-Jean avait effectivement enlevé tous les esprits.

On imagine en conséquence le haro ! qui, de toutes parts, s'éleva contre Montdevergue à la lecture de ces lettres. Ce fut un tolle général. Non seulement on réclama la destitution de Montdevergue, mais les plaintes allèrent plus loin. I n°y eut plus qu'un cri : il ne fallait s'occuper que du commerce des Indes et ne voir que lui; il fallait en finir avec cette colonisation de Madagascar qui ne produirait jamais de revenus. L'irritation soudainement fut si grande et si universelle, que, pour calmer les actionnaires et les directeurs, et pour éviter des démissions qui auraient été Ja fin de la Compagnie, Louis XIV, impuissant à dominer la situation, dut amener pavillon. On eut beau donner à sa capitulation toutes les formes propres à ménager son orgueil, et dire par exemple que la Compagnie rétrocédait l’île Dauphine à sa Ma- Jjesté et s’en desaisissait, à son avantage, moyennant le prix d’un million, ee n’en fut pas moins le roi battu avec son idée de colonisation.

On comprend que, cette fois, la faute de Montdevergue ait été aux veux de Louis XIV irrémissible, et

LES ACTIONNAIRES FONT CAPITULER LE ROI 301 que dans son esprit elle méritàät un châtiment. Bref! grâce à une surprise, Louis XIV fut vaincu. Les actionnaires de 166% et de 1665 eurent leur revanche, et ce fût eux qui, finalement, triomphèrent, puisque cette colonisation de Madagascar que, depuis près de six années, le roi leur imposait, était rejetée, et que la Compagnie, comme ils l'avaient toujours voulu, ne devait plus avoir désormais qu'à se consacrer exclusivement au commerce des Indes.

Disons néanmoins que cette capitulation eut lieu de si mauvaise grâce, et que les directeurs eurent si peu de foi dans la durée de leur victoire, que, sans perdre de temps, ils avaient poussé leurs avantages jusqu'au bout. Dans une délibération d'ordre intérieur, ils décidèrent en effet que, dorénavant, les navires de la Compagnie allant aux Indes ou en revenant ne s’arrêteraient plus à Fort-Dauphin ou sur n'importe quel autre point de Madagascar, à moins de cas d’extrème nécessité. Leurs points de relâche devaient être l'ile de France ou plutôt Bourbon. Ils avaient cherché ainsi à rompre tout lien entre l'île Dauphine et la Compagnie des Indes, et même à empêcher tout courant commercial ou d’émigration que les arrêts de leurs navires auraient pu, par la force des choses, créer et entretenir entre la grande ile africaine et la France.

Ils avaient uniquement agi de la sorte, parce que, redoutant un retour offensif du roi, ils avaient senti

cents

AR Are A ART A OC te EN Lo

& a Les ACTIONNAIRES FONT GArITULER 1 LE Ro RU

: qu ‘il n'avait abandonné son idée que dans l'espé= rance d'y revenir quelque j jour. Et, en effet, on va le voir, c'est ce qui serait très certainement arrivé,

sait à le croire, avait abouti.

si l'expédition de de La Haye, conime {out autori-

© GINOUIÈME PARTIE

LE ROJ ENVOIE UNE ESCADRE AUX INDES | CAUSES RÉELLES DE LA GUERRE DE HOLLANDE DE 1672 . . CHUTE DELA COMPAGNIE DES INDES DE 1664.

19% Le

ss |

Expédition de de la Haye. — Son importance. — Instructions qui lui furent données. — Caus?s véritablas de la guerre de Hollande de 1672.

Pour que Louis XIV, sans y opposer un volo absolu, eût consenti à passer par les conditions de la Compagnie et à la décharger de la colonisation de Madagascar, on n’en doit pas conclure qu'il avait renoncé à ses projets. Jamais au contraire, ils ne lui avaient été plus chers. Mais c'est que, pris par ailleurs, il n'avait pas Jugé opportun d'engager un différend avec les actionnaires et les directeurs. Lors donc qu'il avait acquiescé à l'abandon de cette colonisation par la Compagnie, il n’y avait eu de sa part qu'une concession toute temporaire aux nécessités du moment. Son motif vrai est qu'il avait besoin de toute son attention et de tout son temps, pour régler la marche d'une nouvelle pièce qu'il venait de faire avancer

sur l’échiquier de sa politique. Mais on peut être sûr qu'il comptait bien reprendre la question plus tard, et dans des conditions telles, qu’il aurait le dernier mot,

Quelle était donc cette pièce nouvelle ? Nous

en avons déjà parlé; c'était l’escadre qu’envoyait

Louis XIV aux Indes. La seule chose que, dans le public, on savait sur cette escadre, c’est que le roi tenait expressément à ce qu'elle eût une importance toute exceptionnelle. Quant à son but, on ne lui en supposait qu’un : celui de montrer, pour la première fois, le pavillon français dans la mer des Indes. Or, dans les calculs du roi, cette escadre avait au contraire à Jouer là-bas un rôle politique des plus prépondérants, rôle que les instructions emportées au départ par son chef, laissent sans peine entrevoir, mais qui éclate dans toute sa grandeur, dès que lon s’avise de rechercher ce qu'était la politique continentale poursuivie par le roi à ce moment-là.

On s’expliquera tout à l'heure que nous nous arrêtions ici quelques instants. On ne s’en repentira même point, car c’est avec cette escadre que se déchire le voile qui nous a dérobé jusque-là les vues de Louis XIV et l'objectif précis, positif, prochain, vers lequel il marchait avec sa colonisation quand

. même de l’île Dauphine.

C'était en septembre-octobre 1669 qu'était intervenu entre le roi et la Compagnie l’arrangement relatif à Madagascar. Mais bien que l’escadre, aux préparatifs de laquelle Colbert était chargé de veiller

depuis le mois d'avril, ne dût quitter la France qu’à la fin de mars 1670, dès le mois de novembre, Louis XIV s'était mis à dresser les instructions destinées à celui qu’on avait choisi pour la commander, le sieur Jacob Blanquet de la Haye, alors gouverneur de Saint- Venant et colonel du régiment de la Fère.

Quelques mots d’abord sur la composition de cette escadre. Elle devait être de six vaisseaux, dont une frégate, de deux flûtes et d’un navire devant servir de magasin aux Indes, c'est-à-dire de ce que nous appellerions aujourd'hui un ponton : Le Navarre de 56 canons, le Triomphe de 38 canons, le J'ulle de 36, le Bayonnais de 3%, le Flamand de 34, la Diligente ; les deux flûtes étaient l’Indienne et la Sultane, et le ponton, l’Europe, ayant ensemble 40 canons soit un : total de 238 canons. Ses équipages s’élevaient à 2,100 hommes, et elle portait en outre 400 hommes d'élite et 30 officiers, formant quatre compagnies. Avec ces 400 hommes, plus 5 à 600 qu'il était autorisé en cas de besoin à prélever sur la flotte, et 100 qu'il lui était possible de s’adjoindre à Fort-Dauphin, de la Haye disposait de la sorte d’un corps de débarquement de 4,000 à 1,100 hommes, force relativement très imposante pour les Indes.

En ce qui a trait maintenant aux instructions, il n'y à qu'à en reproduire les grandes lignes et à les rapprocher des événements que Louis XIV préparait en Europe, pour en saisir toute l’importance, et pour comprendre ce que le roi attendait de l'expédition.

ën quittant la France, de la Haye, comme première destination, avait l'île Dauphine ; 1l ne devait s'arrêter en route que pour relever certains points de la côte occidentale d'Afrique se trouvant sur son passage, notamment la baie de Saldaigne, un peu au-dessus de la colonie du Cap.

A l’île Dauphine où 1l lui était enjoint de ne pas séjourner plus d’un mois ou six semaines, (rois choses étaient à faire par lui : 1°s’enquérirde la cause véritable des difficultés passées ; 2° étudier le moyen de donner un grand développement à la colonie: 3 et enfin avant d'en partir, installer comme gouverneur en remplacement de Montdevergue, le sieur de Champmargou avec le sieur Lacase, comme major général.

Puis cela fait, 11 devait en toute hâte cingler vers Surate, |

A Surate, ordre lui était donné de se mettre totalement à la disposition des directeurs de la Compagnie des Indes, qui avait dans cette ville son principal établissement, et de se concerter avec eux pour s'emparer de différentes positions des iles et du continent indien, où 1l avait été jugé que des comptoirs seraient merveilleusement placés. |

Ces instructions, prévoyant le cas où dans ces entreprises des obstacles seraient suscités par les Hollandais ou les Anglais, disaient : « Sa Majesté estime que les six vaisseaux sont assez forts pour résister à toute puissance maritime qui pourroil s'opposer à son dessein. »

Elles statuaient également d’une façon formelle sur les rapports de de la Haye avec les directeurs. «Sa Majesté, y était-il dit, estime si nécessaire d'agir de concert avec les directeurs, et mesme d'exécuter tout ce qu'ils jugeront à propos, que quand mesme ledit sieur de la Haye connoistroit qu'il feroit mal, après leur avoir représenté ses raisons, Elle désire qu'il suive ponctuellement leurs sentiments. »

Enfin le roi lui ordonnait dans tous les lieux de la mer des Indes où il rencontrerait les Hollandais, qu'ils fussent forts où faibles, d'exiger d'eux qu'ils lui rendissent son salut.

Une certaine quantité de voies étaient en outre convenues, pour qu'entre de la Haye et le rot, il pût y avoir un échange aussi rapide que fréquent de communications réciproques et de nouvelles,

Dans ses instructions, Louis XIV évaluait à 6 ou 7 mois le temps dont de la Haye devait avoir besoin pour se rendre à Surate, plus à 18 mois environ celui qu'il lui faudrait pour faire les établissements en question. Et il y était ajouté que la deuxième année, à courir du jour de son départ de France, il devait s’arranger pour être de retour à l’île Dauphine, où des instructions nouvelles et de nouvelles forces lui seraient envoyées f,

1. Arch. col. du Min. de la mar. et des col. REGISTRES DES ORDRES DU ROY ET AUTRES INSTRUCTIONS POUR LES COMPAGNIES DES INDES ORIENTALES ET OCCIDENTALES DE FRANCE, ΰ registre : instructions de de la Haye.

De la Haye ayant mis à la voile le 29 mars 1670, si l’on prend soin d'ajouter deux ans à cette date, les deux années qui devaient être employées à la première partie de ses opérations en attendant des instructions nouvelles, on est reporté au 29 mars 1672 date exacte, à quelques Jours près, du commencement de la guerre de Hollande de 1672, qui, comme on le sait, fut déclarée le 5 avril de cette année, Ce rapprochement ne dirait peut-être pas grand’echose en lui-même, mais si l’on veut bien se rappeler que, de l’aveu de tous les historiens français et étrangers et en s'appuyant de tous les documents diplomatiques de l’époque, 1l a été et il est souverainement établi, qu'avant de déclarer cette guerre, Louis XIV travailla quatre années à gagner les cabinets d'Europe à sa cause et à isoler les Provinces Unies, eh ! bien, une chose de prime abord certaine, c’est que, d’une façon ou d’une autre, dans ses plans de politique d'ensemble, Louis XIV devait forcément faire fond sur l’action de lescadre de de la Haye aux Indes, et, qu'avant de la faire partir, il avait dû, dans son esprit, lui assigner une coopération. Cette opinion, s'il en était besoin, serait corroborée sur l'heure par le soin tout particulier que le roi avait pris, d’organiser tout un système de correspondance, lui permettant, autant par la voie du Cap que par celle de la Syrie, d’être constamment en rapports avec de la Haye, lorsqu'il serait aux Indes.

Où l’on en trouve en tous cas la preuve la plus

CHUTE DE LA COMPAGNIE DE 166% sil convaincante, c’est dans des instructions complémentaires, datées du 20 juin 1671, c’est-à-dire de près d’une année avant la guerre, et que Louis XIV, d'ordinaire secret et fermé avec ses agents, crut nécessaire de faire passer à de la Haye pour s'ouvrir à lui de ses sentiments. Dans ces instructions, en effet, il Jui recommandait de mettre les établissements qu'il avait fondés aux Indes en état de résister aux Hollandais, « parce que, disait-1l, estant difficile que je puisse souffrir encore longtemps leur mauvaise conduite envers moi, je ne pourrai pas me dispenser de leur faire sentir, peut-être dans peu de temps, des effets de mon indignation ? ».

Cela étant, en envoyant de la Haye aux Indes avec une aussi puissante escadre, quel aurait donc été, se demandera-t-on, le genre d'action ou de coopération que Louis XIV pensait en obtenir?

Nous n'avons pas l’intention sur ce point de faire autre chose que d'émettre une simple supposition, car, pour être traitée à fond, la question réclamerait une étude à part. Mais notre conviction, en raisonnant sur tous les faits, et en tenant surtout le plus grand compte de la passion qui, pendant tant d’années, persista chez Louis XIV pour cette affaire de la Compagnie des Indes, notre conviction, disons-nous, est

2. Arch. col. du Min. de la mar, et des col. REGISTRES DES ORDRES DU ROY ET AUTRES INSTRUCTIONS POUR LES COMPAGNIES DES INDES ORIENTALES ET OCCIDENTALES DE FRANCE. 1° registre : instructions de de la Haye.

que lenvoi de lescadre de de la Haye dans les Indes livre enfin le secret des causes véritables, et encore ignorées, de Ja guerre de Hollande de 1672. Plus on y réfléchit en effet, et plus on est forcé de reconnaître que cette guerre n’a été en réalité qu'une diversion opérée en Europe pour faire réussir une expédition entreprise aux Indes, et dont l'objet, dans l'esprit de Louis XIV, était de nous rendre maîtres de ces contrées, en nous permettant d'y prendre la place des Hollandais.

Le rôle voulu pour de la Haye par Louis XIV aurait done consisté à recueillir là-bas les lauriers que lui-même se proposait de couper sur le Rhin.

Nous maintenons d'autant plus cette opinion, qu'avec cette intention du roi de s'emparer des Indes et de leur commerce par des batailles en Europe, nous avons le pourquoi des particularités qui nous ont frappés jusqu'ici et qui autrement resteraient incompréhensibles, Avec ce projet dans l'esprit en effet, on com prend du premier coup et l'ingérence inconcevable de Louis XIV dans la Compagnie des Indes de 166%, et son idée fixe de lui faire rapidement coloniser Madagascar, et sa propension pour ainsi dire à ne voir que cette colonisation dans le commerce des Indes, et enfin sa volonté absolue d’avoir cette Compagnie dans sa main.

Si l'extension qu'il rêvait au début pour elle devait beaucoup moins provenir de l’activité et de l'initiative qu'elle déploierait dans les Indes, que de combinai-

CHUTE DE LA COMPAGNIE DE 1664 313 sons politiques que lui-même avait le projet de machiner en Europe, n'était point naturel qu'il se fit de la Compagnie à créer une conception toute spéciale, sans rapport avec les autres Compagnies existantes ? EL quand nous l'avons vu commencer par la pensée de faire Ie commerce des Indes pour son propre compte, c'est qu'il avait évidemment alors le dessein de mettre la main sur celui que les Hollandais avaient organisé là-bas, commerce qui dépassait de beaucoup en puissance celui qu'y possédaient les autres nations d'Europe.

D'ailleurs ce ne sont pas seulement toutes ces parlicularités qui s'expliquent ainsi, mais encore la facon dont fut menée cette guerre de Hollande de 1672 qui dura six années, et en prévision de laquelle pendant quatre années consécutives, Louis XIV travailla pour obtenir d'avance la neutralité ou lal- Dance des principaux états européens.

Examen et critique des causes attribuées jusqu'ici à la guerre de Hollande de 1672.

Qu'on l’ignore ou non, depuis deux siècles, la guerre de Hollande de 1672 constitue un problème historique devant lequel les historiens de tous les pays se sont successivement arrêtés, sans qu'aucun d'eux aitréussi à lui découvrir des causes que les autres aient acceptées.

Beaucoup ont soutenu et soutiennent encore, qu’elle ïe fut au total qu'une guerre de tarifs, Comme les tarifs consentis naguère en faveur de la Hollande empêchaient les réglements et autres mésures économiques édictées par Colbert, de produire de bons effets, 1ls ont cru devoir en conclure, que cette guerre avait été entreprise en vue d'arriver à l'abolition de

LOUIS XIV ENVOIE UNE ESCADRE AUX INDES 315 ces {arifs. Or, lorsqu'on se met à examiner cette hypothèse, tout de suite on voit qu’elle ne saurait résister à deux objections. La première se trouve dans les négociations poursuivies de longue main par Louis XIV avec les cabinets d'Europe, et dans les préparatifs matériels qui précédèrent la guerre, préparatifs et négociations dépassant évidemment le but spécial et des plus secondaires qu'il se serait agi, en ce cas, d'atteindre. Il est clair comme le jour que (out cet appareil devait, au contraire, cacher des desseins politiques d’une haute importance, |

Quant à la deuxième objection, elle sera Jugée encore plus concluante. Si cette question des tarifs avait été véritablement la cause de la guerre, une chose sûre, c’est que, lorsqu'on en arriva aux pourparlers relatifs à la paix, il en aurait été parlé. Eh! bien, loin de là. Nos plénipotentiaires à Nimègue gardèrent à cet égard le silence le plus absolu, I nous aurait été assurément possible d'obtenir de ce côté tout ce qu’il nous aurait plu de demander ; nous ne demandâämes rien ; nous accordâmes au contraire à la Hollande toutes les concessions douanières qu’elle prit la peine de solliciter.

D'autres écrivains, et Mignet a incliné tout à fait dans ce sens, n’ont voulu voir dans l’origine de cette guerre qu'une préoccupation de conquêtes chez Louis XIV. On se souvient qu'à la mort de Philippe IV d'Espagne, Louis XIV se fondant sur « le droit de dévolution », avait élevé des préten-

lions du chef de sa femme sur plusieurs provinces des Pays-Bas espagnols, et qu'il avait été arrêté dans l'invasion de ces provinces, par une coalition européenne suscitée par les’ Hollandais. Or, comme le traité d’Aix-la-Chapelle qu'on lui imposa, ne l'avait fait renoncer à aucun de ces droits et quil avait lui-même déclaré qu'il les laissait provisoirement dormir, — à entendre ces Mstoriens, quand il délara la guerre à la Hollande en 1672, Louis XIV aurait uniquement eu pour but d’écarter le oouvernement hollandais de son chemin, de manière à n'avoir plus rien à craindre de lui, lorsqu'il reprendrait ses revendications.

A première vue, cette opinion semblerait avoir les plus solides fondements ; et cependant, si on la soumet à lanalyse, on constate du premier coup qu'elle ne repose sur rien de sérieux, et en tous cas qu'il est matériellement impossible de la faire concorder avec ce qui a été le fait capital de cette guerre.

Louis XIV en effet avait quitté Saint-Germain le 28 avril 1672 pour aller prendre le commandement de l'armée. Il avait passé le Rhin à la tête de ses troupes ; rien ne lui résistait; il n’y avait pas une ville qui ne capitulât ; en quelques semaines 1l était arrivé au cœur même des Provinces-Unies. Tout à coup pris de peur, se sentant isolés et incapables de soutenir la lutte, les États-Généraux dépêchent à Louis XIV des ambassadeurs pour lui demander la paix. Ces ambassadeurs lui offrent 10 millions de livres d'in-

demnité, plus toutes les villes et tout le territoire de ce qu'on appelait alors la Généralité. La possession de la Généralité plaçant la France entre les Provinees- Unies d’une part et les Pays-Bas espagnols de l’autre, en acceptant ces conditions, non seulement avec la Généralité nous avions une position de premier ordre contre la Hollande, mais par la même occasion. dans un temps donné, elle nous assurait {ous les Pays-Bas espagnols, sans en excepter les provinces qui ne tombaient point sous le droit de dévolution ; puisque tous les Pays-Bas espagnols se seraient trouvés par Je fait enclavés dans le royaume de France.

Or nous le demandons, si Louis XIV avait vraiment eu en vue des agrandissements territoriaux, est-il admissible qu'il n'aurait pas souscrit à de pareilles offres ? Nous ne le croyons point ; néanmoins il les repoussa.

Mais ce ne sont pas là les seules raisons qui aient été données à cette guerre. Michelet a également produit les siennes, qui sont d’un autre genre que celles que nous venons de discuter. Écoutons-le à ce propos dans son langage d’inspiré :

Quatre ans avant que la guerre éclatât (1668), le colériqu? Louvois, écrit-il, s'était emporté jusqu’à dire: « C'est un plan arrêté; le Roi détruira la religion prétendue réformée partout où ses armes la rencontreront. » Il parlait devant des envoyés des protestants d'Allemagne.

En partant pour la guerre (1672), le roi dit froide-

ai 2 Jr. à

ment à peu près la même chose : « C’est une’guerre religieuse. »

Mot grave qu'adoptera l’histoire.

Les longs circuits diplomatiques qui précèdent cette guerre peuvent faire illusion. Que cette guerre ait été politique et commerciale, cela est secondaire. C’est l’affaire des ministres. Elle fut dans la pensée suprême qui les menait une guerre de vengeance et de religion f,

Il n'est malheureusement besoin que d'une simple objection pour venir à bout de toute l’éloquente argumentation de Michelet. C’est que les contemporains sont cent fois meilleurs juges que la postérité des sentiments véritables qui ont pu donner lieu aux événements historiques dont ils ont été témoins. Or, si cette guerre de 1672 avait été une guerre religieuse, une croisade contre les protestants, n’est-1l pas de la dernière évidence qu’elle aurait été vue du plus mauvais œil par les protestants du royaume et par ceux du dehors, et que tous auraient témoigné de lhostilité à Louis XIV? Eh bien ! il se trouve au contraire que de toutes les guerres de Louis XIV, celle de 1672 contre la Hollande, a été la plus populaire chez les protestants français, et que la plupart ont réclamé l’honneur d'y combattre. Il est, d'autre part, notoire que les alliés les plus fidèles de Louis XIV contre les Hollandais, ont été

justement les pays protestants,

Si nous prenons maintenant Henri Martin, avec

Page 1