AVANT-PROPOS IX
intendant; nous entendons dire par là que les intérêts matériels de ce pays, d’après les partisans de cette doctrine, doivent faire l’objet de sa sollicitude la plus constante, et que ses efforts devraient journellement tendre à ce que les particuliers ne manquassent jamais de travail et vissent quotidiennement leur bien-être augmenter. Il peut se faire qu'à l'application, dans l'esprit de ceux qui défendent ces idées, elles puissent être soumises à de nombreuses exceptions en ce qui concerne l'intérieur du pays; mais où ils voudraient qu'elles ne cessassent jamais d'être observées, c’est dans les relations internationales. A leurs yeux, le devoir étroit d’un gouvernement, dans le commerce extérieur, devrait consister à tout mettre en œuvre pour que ses nationaux n'aient jamais le moindre dommaeg à y encourir, et pour qu'ils en retirent au contraire les plus grands bénéfices. |
C'est de cette doctrine en somme que relève par exemple la politique commerciale de l'Angleterre, de l’Allemagne, des États-Unis, etc. Aussi ne se passe-t-il pas de jour où, soit spontanément, soil parce qu'ils y sont poussés par l'opinion publique, les hommes d’État de ces contrées ne fassent tout au monde pour doter leurs concitoyens de nouveaux débouchés, et pour les mettre, à l'égard des autres peuples, dans une situation qui, commercialement parlant, soit la plus favorable.
L'autre école se caractérise, au contraire, par des principes entièrement opposés. D’après elle, ce ne
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doit pas être les convenances particulières d’un pays, mais les maximes universelles de la liberté, de l’égalité et de la fraternité des hommes, sans acception de langue ou de lieu d’origine, qui devraient présider à toutes les choses de l’ordre économique ; — maximes, on le sait, qui constituent à la fois le fond
de l’évangile et celui des aspirations de la démocra-
tie. Seulement, en attendant l'heure de les appliquer indistinetement à tous les membres de l'espèce humaine, de manière à former une seule nation de tous les peuples, unus pastor et unum ovile, ce que demandent les adeptes de cette école, serait que ces maximes devinssent la loi des produits et des objets manufacturés.
En conséquence, pour eux, plus de ces délimita-
tions nationales, appelées douanes, qui isolent les
produits d’une contrée de ceux d’une autre : de quelque pays qu'une denrée fût apportée, libre entrée devrait lui être accordée partout. A les entendre, commerce et industrie représentent des modes d’activité d’un genre spécial, qui ne regardent que les particuliers et dans lesquels un gouvernement n’a aucunement à intervenir. La seule mission qu'un gouvernement pourrait avoir, si tant est qu'on lui en dût accorder une, en pareille matière, serait uniquement d’abolir toutes les douanes, lorsqu'il en existe, ou, si lon aime mieux, de faciliter, dans toute la mesure possible, la circulation des produits, que ces produits aient été ou non fabriqués sur son territoire. On exige même de lui qu'il pousse à cet égard limpartialité, Jusqu'à tenir la balance