ACTE DEUXIÈME
GEORGES, sortant un papier de sa poche.
Oh ! pour ça, non. J'ai mes comptes rendus. Agence Sécuritas, la reine des Agences : Renseignements, discrétion et célérité. Vingt francs par jour. Il faudra même que je te fasse ton compte. Voyons. (Lisant.) Jusqu'à avant-hier... rien... Monsieur a été à la salle d'armes. Monsieur a été à son Cercle... Monsieur a fait des visites, et c'est tout...
HENRI
Mais hier ?
GEORGES
Hier, je te l'ai dit : Monsieur a été du côté de l'Avenue de Villiers et il a visité quelques rez-dechaussée meublés... ce qui tendrait à prouver qu'il compte mettre dans ses relations avec ta femme quelque stabilité.
HENRI
Tu vois bien.
GEORGES
Ne confondons pas. Il a visité, mais il n'a rien loué... Ce qui indique qu'il n'est sûr de rien... c'est une simple précaution. Et comme d'ailleurs nous serons prévenus...
HENRI
Tu es sûr ?
GEORGES
Oui. Il y a un homme de l'agence qui, du matin au soir, le suit à vingt pas de distance. Ah I il ne se doute pas qu'il est si bien gardé.
Alors ton opinion sur la conduite que je dois tenir ?
GEORGES
Persévérer... et t'inspirer des circonstances. Mais il faut avoir l'œil, par exemple. (Menant Henri à l'entrée du bal.) Tiens !... Regarde-les... Ils dansent encore ensemble... Dame !... Ils y vont de bon cœur, tous deux. Monsieur est plein de fougue et madame est languissante. On ne dirait guère qu'ils suivent un programme.
HENRI
Gomme elle est jolie en ce moment !
GEORGES
Il n'est pas mal non plus, lui.
HENRI
Le misérable I
GEORGES
Non pas. Un brave garçon... quoiqu'il n'ait pas du tout conscience de l'œuvre éminemment morale qu'il poursuit.
HENRI
Mais les voici qui viennent de ce côté.
GEORGES
Parbleu ! il l'amène ici pour causer. Dans le grand salon, c'était la pantomime. Il lui faut maintenant un peu de littérature pour compléter la pièce. Laissons-les seuls, et sortons par là. Ils sortent par la droite.