‹ Madame AgnèsChapitre 112 sur 189 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

]e petit capitaine. Alors, supportez-moi ; je suis si heureux auprès de vous.

MARIE

Vous ne pouvez donc pas vous empêcher de me faire la cour?

MORNANG.

Je ne veux pas vous faire la cour.

MARIE

Qu'est-ce que vous voulez, alors ?

MORNANG.

Je veux... Ah 1 je ne sais plus ce que je veux î (il lui a pris la main.) Tenez... tout à l'heure, dans le grand salon, pendant la valse... j'ai eu une hallucination. Ça a duré une seconde peut-être, mais avec une intensité !... Oui... Il n'y avait plus ni invités, ni bal... nous étions seuls, et dans un regard, vous veniez de vous promettre à moi.

MARIE

Oh !

Elle se lève.

MORNANG, la retenant doucement.

Voyons I puisque ce n'était qu'un regard'...

MARIE

C'est de la folie, tout simplement.

MORNANG.

La folie de l'amour, comme d'autres ont la folie des grandeurs. Je n'ai plus qu'une pensée : être aimé de vousl... Et voyez... tout à l'heure, j'ai cru que c'était arrivé. Mais les fous ont un avantage sur moi... c'est qu'ils sont fous pour tout de bon... Ah 1 si je pouvais l'être !

MARIE

On VOUS ferait enfermer comme c'est l'habitude.

MORNANG, comme en extase.

Oui... tous les deux ensemble.

MARIE, se récriant.

Gomment ça?

MORNANG.

Naturellement... puisque dans ma pensée vous seriez avec moi... Vous habiteriez ma cellule. Et alors... quelle vie heureuse! (il lui a pris la main.) Tenez... je divague !... Tout o u bout de Paris, dans un quartier perdu, un coin discret, un nid d'amour. Et chaque jour, échappant aux importuns, vous venez m'y rejoindre... Je suis toujours le premier arrivé là-bas, moi... naturellement, et je vous attends, je vous guette, je vous vois venir. Quand vous entrez, la porte s'entr'ouvre d'elle-même et je vous reçois dans mes bras. (Elle veut l'interrompre; il l'en empêche.) Je VOUS conduis, je vous porte presque au grand fauteuil qui vous attend. Habile, malgré mon impatience, en un clin d'œil, j'ai enlevé votre chapeau, j'ai dégrafé votre mantille, et un bras passé autour de votre taille, doucement... j'embrasse vos yeux... Et les heures passent rapides, sans un mot prononcé parfois, car nous n'avons pas besoin de parler pour savoir que nous sommes l'un à l'autre entièrement, éperdument, et que cet amour-là, c'est la joie suprême, la plénitude du bonheur.

MARIE

Vous avez le rêve gai.

Page 1