‹ Madame AgnèsChapitre 136 sur 189 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

çue par la porte entr'ouverte. Le garçon y entrait justement avec une salade russe.

GLOTILDE.

C'est donc votre spécialité de vous occuper des ménages, passé minuit.

GEORGES, à part.

Je commence à le croire.

GLOTILDE.

Et après ? Car vous avez dû continuer votre surveillance?

GEORGES

Oui... toujours par hasard. Ce matin, j'ai rencontré votre mari qui sortait de chez lui. Il était onze heures et demie. Il s'est excusé de ne pas s'arrêter avec moi, alléguant un rendez-vous important pour lequel il était déjà très en retard...

GLOTILDE.

Eh bien?

GEORGES

Eh bien, j'ai pensé que si M. Durand était un parfait notaire, c'était encore un meilleur mari, car sa femme passe avant son étude.

GLOTILDE.

Tenez ! vous êtes insupportable.

GEORGES

Voyons, ne vous fâchez pas. J'ai l'air de me moquer... mais au fond, je vous admire, et si j'étais maître de maison, je vous engagerais pour le bon exemple que vous pourriez donner aux jeunes ménages.

GLOTILDE.

Malheureusement, ce bon exemple n'est pas toujours suivi... même quand j'y joins les exhortations... comme tout à l'heure.

GEORGES

Ah! VOUS VOUS êtes aperçu?

GLOTILDE.

Oui. Ecoutez, monsieur Vautier... malgré mes airs égoïstes, j'aime mes amis et j'observe; et je n'étais pas assez occupée hier soir de mon tête-à-tête avec mon mari pour n'avoir pas remarqué que ma pauvre amie se compromettait à. fond avec ce petit niais de Mornang, tandis que son mari à elle errait autour d'eux comme une âme en peine. — Je suis revenue ici pour chapitrer Marie. Je lui devais cela, car, comme vous le dites, je suis une femme. Elle n'est encore qu'une jeune fille... ou peu s'en faut, mettons une demi-femme. Eh bien, mon avantage sur elle, c'est que je connais la vie et les hommes.

GEORGES

Tant que ça?...

GLOTILDE.

Enfin, j'en connais deux. C'est déjà pas mal pour une honnête femme. Eh bien, un mari... c'est toujours un mari et un amant... ce n'est qu'un amant, c'est-à-dire un pis aller. — Elle en a un bon, un mari ; qu'elle le garde, au lieu de prendre ce pantin d'attitudes, cet imbécile à phrases... Je viens de causer avec elle... je ne l'ai guère ébranlée, je crains bien... mais enfin j'ai commencé la besogne. —C'est maintenant l'affaire du mari, peut-être la vôtre.

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