ACTE TROISIÈME
HENRI
Ça n'aura rien été. Mais quelle peur vous m'avez faite I
MARIE
Je vous en demande bien pardon. Je ne m'explique pas moi-même ce que j'ai éprouvé. D'ailleurs, je ne me souviens plus de rien pour ainsi dire.
GEORGES
Madame Durand vient de me mettre au courant. Un peu d'abattement après les fatigues de la soirée d'hier sans doute.
MARIE, à Georges.
Vous dînez avec nous naturellement.
GEORGES
Mais...
HENRI
Mais si... Mais si...
MARIE, à Georges, lui tendant la main.
Alors à ce soir?
GEORGES, à Marie, Vous nous quittez ?
MARIE
Oui, il faut que je m'habille ; j'ai à sortir.
HENRI
Sortir ? Vous ne jugez pas cela imprudent après votre indisposition ?
MARIE
Au contraire. Le grand air me fera du bien, j'en suis sûre.
HENRI
Prenez la voiture au moins.
MARIE
Oui... je la prendrai... quitte à la renvoyer... pour aller à pied.
Souhaitez-vous que je vous accompagne?
MARIE
Non. Restez avec M. Vautier. Je n'ai pas besoin de vous. Je vais chez ma mère d'abord — et puis, je ne sais pas... j'irai au Louvre ou au Bon Marché.
HENRI
Pas seule, si vous étiez souffrante.
MARIE, nerveuse.
Non. J'emmènerai Glaire... ou bien j'irai retrouver Glotilde. Je ne sais pas... Et puis peut-être irai-je tout de même seule. Oui, je crois bien que j'ai besoin d'être seule. Cette sotte indisposition d'iiier m'a rendue si nerveuse. Je serais désagréable avec tout le monde. Tenez, je sens que je le suis déjà... (a Georges.) N'est-ce pas? monsieur?... (a Henri.) Voyez, votre ami n'ose pas dire le contraire... Il faut donc que ce soit bien visible, (a Georges.) A bientôt, cher monsieur. (Elle lui serre la main. — A Henri.) A ce soir.
HENRI, lui tendant la main.
Eh bien, vous ne me donnez pas la main? (Marie
la lui donne, après un moment d'hésitation. Henri la lui
prend et la lui embrasse longuement.) Si ça peut VOUS
soulager d'avoir près de vous un souffre-douleurs