ACTE PREMIER, SCÈNE III
MARTHE
Oui. [Un temps.) Et je vous avoue que là-dessus j'éprouve aujourd'hui une petite déception.
ANTOMN
Comment?
MARTHE
Si je comptais sur vous pour assagir le caractère de Gabrielle, je comptais un peu aussi sur elle, je l'avoue, pour surveiller, affiner votre tenue. Ce n'est pas une raison parce qu'on est célèbre pour négliger sa mise. [Venant à Antoine.) Tenez, cette chemise dont la boutonnière est à moitié arrachée...
ANTOMN, mettant la main à son plastron. Ah!
MARTHE
Elle bâille.
ANTOMN, souriant.
Oh! si peu...
MARTHE
Non... ne plaisantez pas... Je trouve ça fâcheux. [Elle se rapproche.) Et, tenez... Cette énorme tache sur votre habit! Mais comment se fait-il que Gabrielle...?
ANTONiN, vivement.
Ce n'est pas de sa faute.
MARTHE
Pourtant... elle devrait s'apercevoir quand vous sortez ensemble...
ANTONiN, trop vite.
Nous ne sortons pas ensemble. [Aussitôt la phrase prononcée il a un geste de contrariété.)
MARTDE
Hein?
AMOMN, essayant de rattraper.
Oh I n'allez rien exagérer!... C'est bien simple... Vous savez... ou plutôt vous ne savez pas que je m'occupe en ce moment d'un gros bouquin sur les origines du socialisme; et je suis obligé de passer toutes mes soirées à travailler. Voilà plus d'un an que cela dure, et c'est loin d'être fini. Voulez-vous que je cloître cette pauvre enfant?... J'ai donc exigé et obtenu — non sans peine — qu'elle ne rompît pas avec toutes ses relations. De cette façon tout est pour le mieux. Il lui est permis de se distraire — et moi, je peux travailler avee d'autant plus d'entrain que je n'ai pas le remords de la tenir enfermée à la maison.
MARTHE
Si cette combinaison-là vous arrange... c'est votre affaire... Mais je sais bien, moi, que si j'étais à la place de Gabrielle...
ANTOMN
Je ne dis pas, mais encore une fois, je suis absorbé dans mon travail... J'écris et je feuillette de gros volumes... Je ne souffre pas qu'on m'adresse la parole...
MARTHE
Enfin, vous êtes insupportable !...
ANTOMN
Justement... Aussi ne parlons plus de moi, voulez-