ACTE TROISIEME
Moi... séduisante?... C'est la première fois que vous me le dites...
HENRI
Je le dis parce que je le pense.
AGNÈS
Que ne l'avez- vous pensé plus tôt!
HENRI
C'est convenu, j'ai été sot... Je disais : séduisante comme vous êtes... et aimant comme vous êtes capable d'aimer... vous ne demeurerez certainement pas sans une affection... sérieuse.
AGNÈS, comme dans un rêve.
Ahl les promenades à deux à travers champs... Et, le long du chemin, ces causeries intimes, àbâtons rompus, sans suite, sans logique, où l'on échange les idées qui vous montent à l'esprit... causeries toujours vives... et qu'on ne laisse jamais tomber... puisque chaque paysage qu'on aperçoit, chaque clocher qui pointe à l'horizon... chaque branche morte qui craque sous les pas peut faire naitre une pensée nouvelle. Et quelle joie de savoir qu'on est aimée, prise au sérieux, quelle satisfaction de faire cause commune dans la vie... partage égal des chagrins et des bonheurs... Enfin, vivre deux vies... et n'avoir qu<un même cœurl Ah! s'il venait!...
HENRI, éperdu.
Il viendra... comment ne viendrait-il pas?... quand la féhcité l'attend... oui... il viendra... (Avec force.) Mais je le tuerai! ..
Ah! oui .. j'oubliais... l'amour-propre du mari... sa dignité.
HENRI
Non... Je ne me sens plus d'amour-propre... et j'ai jeté bas ma dignité... mais j'ai la jalousie...
AGNÈS
Vous ? Jaloux de moi!...
HENRI
Oui... jaloux... jaloux du bonheur perdu!
AGNÈS, à part, avec joie.
Enfin!
HENRI
Ah! si la faute commise n'avait pas creusé entre nous ce fossé infranchissable...
AGNÈS, à part.
Ma foi... tant pis !... Je me jette à son cou... et je lui avoue tout... (S'arrOtant dans un élan.) Eh bien!... non... puisqu'il m'aime... Je veux voir jusqu'où il peut m'aimer. (Haut.) Que voulez-vous! ce qui est fait est fait...
HENRI, se laissant tomber sur une chaise. Je soutfre...
AGNÈS, se rapprocliant de lui, à part.
Aidons-le un peu tout de même.
HENRI, se relevant avec anxiété.
Et il vit cet homme... et il se vante peut être publiquement...
AGNÈS, vivement.
Non... non... il est très discret... Et même-., il n'est plus à Paris...