LE MARQUIS, JEANNE
JEANNE, dès que les portes sont refermées.
Monsieur le marquis, votre fils se bat en duel aujourd’hui à quatre heures!
LE MARQUIS, suffoqué.
Mon fils I... aujourd’hui!... mon fils... (il tombe sur au siège.)
JEANNE
Remettez- vous, mon cher parrain; puisque vous voilà prévenu, vous empêcherez ce duel.
• LE MARQUIS, se relevant virement.
Eh! mon enfant! on n’empêche pas si aisément une rencontre! mon fils est un homme! un homme résolu! j’en suis certain, maintenant que je vois clair dans son air et ses paroles, là, tout à l’heure!... mais... mais il ne sait pas se battre, le malheureux!... Avec qui donc se bat-il? qu’est-ce qu’il y a eu? comment sais-tu cela, toi?... Mais parle donc, ma fille!... parle donc!
JEANNE
Hier au soir, j’avais fait ma prière, j’allais m’endormir... quand maman rentra dans sa chambre... qui est tout contre la mienne. Je l’entendis se plaindre. Me rappelant qu'elle n’avait plus de femme de chambre, je me levai et j’allai aider maman à se déshabiller... J’étais toute contente, moi, de lui être utile I...
LE MARQUIS
Abrège, mon enfant.
JEANNE
Maman, était tout émue. — a Ali! ma fille, dit-elle, quelle scène affreuse !... j’ai bien cru qu’ils se battraient... »
LE MARQUIS
Mais qui donc?,., et pourquoi?
JEANNE
C’est ce que je demandais comme vous, mon parrain. — « Qui donc? pourquoi? » Mais elle, maman... « Que t’importe? » dit-elle. — « D’ailleurs, tout est fini, heureusement I et pour sceller leur réconciliation, ces messieurs dîneront encore ensemble ici ce soir. C’est égal, je tremble encore, et j’ai bien besoin de reposl merci I... et bonsoir, mon enfant! »
LE MARQUIS, respirant et riant.
Eh bien, petite folle! si tout est fini!...
JEANNE
Je le croyais! et j’avoue que je dormais bien, mais ce matin...
LE MARQUIS
Ce matin? .
JEANNE
Ce malin, je me levai avec l’intention d’aider ma grande, qui devait en avoir de la besogne! En passant dans un couloir, où s’ouvre une porte du cabinet de papa, j’entendis une voix... que je reconnus, et... je m’en accuse, mon parrain, je m’arrêtai... et... j’écoutai. — « Vous êtes fou ! disait mon père. Moil vous servir de témoin contre le fils de mon client, de mon ami ! moi, père de famille! moi, chargé de tant d’intérêts!... Je refuserais dix fois, quand même cela ne me serait pas commandé! — « Qui donc m’assistera? disait la voix... Nous nous battons à quatre heures et d’ici là... # — « Ainsi, reprenait mon père, votre réconciliation était feinte !» — « Pouvait-elle ne pas l’être, répondait-on, après ce qui s’est passél Nous avons dû feindre pour ceux qui étaient là... mais vous, monsieur... » Là, mon père s’écria d’une voix pleine de chagrin. « AhI Georges!... »
LE MARQUIS, tressaillant.
, Georges 1 c’est avec son ami Georges que mon fils va se battre I...
JEANNE
Taisez-vous I taisez- vous!... (Montrant la gauche.) Il est là, votre