‹ Madame ClaudeChapitre 13 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

breux , pleins de clnichoteries et d’éclats de rire.

Mais, si vous saviez combien ils sont positifs et compteurs, les garçons de la campagne! Des filles comme Madeleine, on leur parle, on rit avec elles, on leur vole de gros baisers; mais d’amour, pas un mot; car amour, dans la langue morale du pays, cela veut exclusivement dire mariage; et il se trouve bien peu de marieurs pour les jeunes filles sans dot. Or, Madeleine était dans ce cas; or, les rechercheurs n’avaient pas abondé. Simon seul, un jour de fête, parut prendre au sérieux la beauté de la pauvre paysanne. Bien certainement, le soir de ce jour-là, quelques bonnes appréhensions étaient venues au cœur de la déshéritée ; mais Simon ne fit que passer devant elle. On se revit une autre fois, quelques instants seulement. — Ce fut tout.

11 eût fallu que Madeleine fût bien aveugle pour fonder sur ces indices un espoir quelconque. Il eût fallu que son cœur fût bien prompt à s’enflammer pour que l’amour se crût autorisé à y naître.

Mais elle en était demeurée à ces premières émotions qui, si elles annonceût l’amour, ne sont pas l’amour lui-même.

Simon et Madeleine auraient pu s’aimer; ils s’étaient même bégayé du regard les sympathies élémentaires ; mais presque aussitôt ils avaient gardé le silence,- — silence auquel la loi humaine et celle de Dieu venaient de les condamner à jamais.

Comme M. Claude l’avait pensé, il lui avait été facile

de faire entendre raison aux parents de Madeleine. D’autre part, la jeune fille s’était montrée confiante et soumi.se. Aussi , la voyons-nous a.ssister, calme et résolue, à cette fête où son cœur n’a pas été convié. Elle est confuse, non peinée ; caV, n’ayant conçu aucune espérance, elle n’éprouve aucune déception.

M. Claude augure très-bien de sa nouvelle ménagère, et la plus orgueilleuse satisfaction rayonne sur son front découvert.

« Vive monsieur Claude 1 vive madame Claude ! » crièrent les barreu/rs, lorsque, après avoir vidé son verre, le marié jeta — l’une après l’autre — sur une assiette quatre belles pièces d’or, qui tournoyèrent en brillant et en chantant leur petit refrain métallique.

Quelques coups de pistolets, qui eurent la prétention de détoner avec ensemble, mêlèrent leur pif paf discordant aux voix de la foule. Le père Mentel et Biganche firent de nouveau bruire le violon et le fifre, M. Claude reprit le bras de Madeleine , et la noce défila couple par couple.

Après les mariés venait Jean Fargeot, le fils de M. Claude, conduisant la mère de Madeleine; puis la femme de celui-ci avec le nouveau beau-père; puis

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