‹ Madame ClaudeChapitre 20 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

S’il .refusait, qii’allait-on penser? — 11 ne pouvait pas refuser. S’il acceptait cependant, aurait-il la force d’accomplir la tâche surhumaine qu’on lui imposait ? Oh ! oui, une tâclie surhumaine! car pour lui, amant dépossédé, raillé, et qui voulait cacher son dépit, sa douleur, il s’agissait d’aller, le visage riant, la parole hardie, se présenter devant la femme aimée, la femme ravie, la femme à lui sacrée, assise dans la £ouche nuptiàle, auprès d’un vieillard orgueilleux, — légitime possesseur de cette femme.

Simon n’avait jusque-là connu et compris que l’amour, amour immense et sans espoir qui lui infligeait le plus pénible et le plus difficile des devoirs : le silence; mais c’étâifla jalousie qui tout à coup venait de lui apparaître ; la jalousie àvec toutes ses angoisses, avec toutes ses tortures les plus ardentes; la jalousie avec toutes ses rages, ses fureurs sourdes, et, de plus, avec toute son illégalité, (yest-à-dirè son impuissance. ElTrayé, craignant de panquer du courage nécessaire pour sortir de cette épreuve terrible, il allait refuser. Déjà le refus était sur les lèvres; mais il en^ prévit les suites et les conséquences. Quel droit avait-il ti'être jaloux? Pourquoi n’opposerait-il pas, au contraire, à un amour qu’il voulait, qu’il devait éteindre, ce remède énergique dont l’effet pouvait être suprême? Ame forte, il avait foi dans les forts combats.

« Eh bien ! oui, dit-il, ce seramoi qui porterai la rôtie.»

On trouva toute simple et naturelle cette sublime acceptation.

Pour attendre qu’on eût achevé les préparatifs de sa nouvelle souffrance, il alla s’asseoir près d’une table où des hommes buvaient, et sur laquelle il s’accouda.

« Prends un verre, et trinque avec nous, lui dit un des buveurs. '

— Non, merci; je n’ai point soif, » répondit-il, absorbé par ses affreuses appréhensions. Mais, quelques instants après, il releva subitement la tête, et d’une ,voix décidée ;

« Tiens! mais si ! dit-il, en frappant du poing sur la table, j’ai soif, grandement soif même. Donnez-moi donc à boire, vous autres! »

On lui versa. 11 but.

« Elncore 1 » dit-il ; et il vida de nouveau son verre qu’on avait rempli.

« Encore !

— Diable! dit celui qui tenait le broc, comme tu y vas!

■ — C’est que je suis altéré, pardieu ! N’allez-vous pas me mesurer la boisson, vous?

— Oh! non. »

Et, l’homme ayant versé, Simon but une troisième fois. Puis il se leva et sembla vouloir sortir.

« Çà! ne t’en va pas, Simon, voilà que la rôtie est prête.

— Oh ! je vas seulement un peu sur la porte. »

Et, pendant un, moment, il se tint sur le .seuil, comme aspirant l’air pur de la campagne. Puis, il revint

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