‹ Madame ClaudeChapitre 21 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

auprès de la table ; mais alors son pas était chancelant, il faisait avec les bras des gestes inutiles.

« Oh ! oh ! qu’as-tu donc, Simon ?

— Moi, rien ! répliqua-t-il eh décrivant une reculade oblique. >

— Oh! non, tu es pris; et bien pris, mon garçon; voilà ce que tu as.

— Voulez-vous bien vous taire ! pris, moi ? Allons donc! je vous dis que je ne suis pas plus pris que vous, et, pour preuve, je vas vous verser à boire de ce vin sans en laisser tomber une goutte.

■ — Ah! nous allons bien voir ça! »

Simon saisit le broc et le coucha ; mais il répandit le vin par côté, et heurta le verre qui, roulant de la table, se brisa sur le carreau. Les hommes rirent aux éclats.

«Eh .bien! qu'est-ce qu’il y a 'donc? demanda François.

— Il y a que Simon est enfoncé, pardienne ! Voyez plutôt ! il ne se tient plus droit. C’est l’air frais qui l’a tapé, après les trois ou quatre verres qu’il vient de boire coup sur coup.

— J’avais soif, j’ai bu ! fit Simon d’une voix sourde.

— Eh ben, mais alors qui portera la rôtie? dit une vieille femme qui venait de verser le vin bouillant dans une terrine de faïence.

— H vous ai dit que ça serait moi;' et ça sera moi, répliqua Simon avec un accent étrange, en s’avançant pour prendre le breuvage. Mais en faisant ces deux

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MADAMB CLAUDE.

OU trois pas, il battait du corps l’un et l’autre des assistants.

— Âhl par ma foi, dit la vieille, elle irait loin, la rôtie, avec un porteur comme celui-là.

— Donnez, donnez donc! cria Simon entendant ses

bras. ' . ’

— Mais non, mais non, dit François qui intervint, et força Simon à s’asseoir sur un banc.

> — Vous ne voulez pas que je la porte? Eh ben , allezvpus-en à tous les diables de l’enfer qui vous prennent! »

Il laissa tomber ensuite ses deiix mains sur ses genoux, baissa la tête, et demeura dans l’attitude morne d’un hébété.

« Bah ! murmura François en le montrant, laissonsle ; il est soûl. »

Et, portant la terrine, il marcha en. tête du cortège formé à la rôtie par tous les gens de la noce, qui sortirent après lui.

« dl est soitl » avait dit François ; et l’on avait laissé là Simon. Non, il n’était pas soûl ; non, sa raison n’était pas éga^'ée ; mais il avait craint de tomber sur son calvaire ; il avait eu peur que lui manquât la force, et c’était pour échapper à la plus cruelle phase de son martyre qu’il avait feint l’ivresse.

La foule s’était pressée sur les pas de François. Simon était demeuré presque seul , car il n’y~ avait plus dans la salle que la vieille Lison et Annette, qui disait tout bas, en désignant le jeune homme :

IMiF-MliillK P.VUTIIÎ. SI

« Faisons-lui quelque infusion; ça le remettra, ce pauvre garçon.

— Non, je ne veux point! je ne veux point! laissezmoi tranquille! » cria Simon qui entendit ces paroles, et qui s’élança, en courant, par la porte restée ouverte.

En gagnant, sans tituber alors, la chambre haute qui était la sienne, il se jeta tout vêtu sur son lit, se roula convulsivement dans les couvertures ; et là, sans témoins, entouré d’ombre, de silence, il put enfin se laisser déchirer par toutes les douleurs de son âme, en pleurant toutes les larmes de ses yeux.

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