DEUXIÈME PARTIE
Simon, quand le calme de la solitude eut un peu diminué la fièvre qui secouait son esprit, put examiner la situation dans laquelle il se trouvait. 11 n’avait plus à se dissimuler qu’il éprouvât un violent amour pour^ Madeleine. S’il eût voulu douter de la réalité de cet amour, il eût suffi, pour le contredire, du trouble qui revenait à son cœur, quand un mouvement de sa pensée avait pour but l’épouse de M, Claude, quand ses yeux fermés la revoyaient, quand se^ oreilles, que ne frappait aucun son, croyaient l’entendre parler,, qu^nd sa main, vide et seule, frémissait au contact’ supposé d’une main absente.
Mais, nature ardente et fière en son ardeur, Simon , avait en même temps senti naître et la passion , et le courage qui devait la combattre. 11 s’était vu , s’était compris; et, par un de ces élans simples que les âmes vulgaires trouvent sublimes, mais qui sont familiers aux âmes belles, il avait accepté la lutte inévitable.
MADAMS CLAUDE.
Non pas cependant qu’il la cherchât par fanfaronnade et pour faire devant lui-même étalage d’héroïsme; ces bravades sont propres aux êtres froids, qui se font gloire d’éteindre des volcans imaginaires.
Sans doute, avant que d’armer son cœur pour ce combat suprême, il avait cherché à s’y soustraire. Il pouvait éviter ce danger en abandonnant le service de M. Claude, en quittant le village. Mais, s’il fuyait ainsi, ne serait-il pas la fable de l’opinion publique, — qui joue toujours 'un rôle bien influent dans la vie des hommes, même les plus indifférents? — Au lieu d’attribuer cette détermination à la prudence du jeune homme, ne dirait-on pas que son maître l’avait chassé? s’en tiendrait-on même aux suppositions innocentes, et n’arriverait-on pas, par degrés, à faire d’une sage résolution la plus déshonorante des humiliations? Et il s’indignait à cette pensée ; car la vertu, si humble qu’elle soit, veut se parer d'elle-même. . /
Un moraliste a dit : « La vertu n’irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie. » Or, Simon avait écarté résolûment le projet mauvais d’une fuite pusillanime pour se préparer aux efforts qui lui devaient ‘ assurer le triomphe. D’ailleurs, pensait-il, l’amour est-il donc une fatalité qu’on ne puisse vaincre? Quoi 1 cette passion qui naît d’un regard , d’une parole, ne saurait être tuée par la volonté énergique et la lutte obstinée? Quoi! c® , sentiment qui vient germer au cœur de l’homme comme une graine légère que le vêtit porte aux fentes du rocher,' s’y implanterait, y