‹ Madame ClaudeChapitre 24 sur 84 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

il paradait, faisait la roue devant la riche petite héritière. Mutine, espiègle, Annette payait cette sotte prétention par des sourires de pitié et des marques non équivoques de la plus sincère aversion. Le contraire avait lieu envers Simon, qui, trop modeste en tous cas pour oser lever les yeux jusqu’à la jeune fille, s’attirait son amour par des prévenances simples, natorellès, et par une respectueuse indifféreoce.

11 ne faut donc point s’étonner si, môme sans se l’expliquer bien, François éprouvait le besoin devoir, de rendre Simon ridicule ou coupable.

Tel était le confident que Simon avait primitivement ' choisi. Simon, l’homme au cœur loyal, et, partant, expansif, croyant trouver un ami dans son compagnon de domesticité, était venu d’instinct lui^dire se.s projets et ses émotions. Lorsqu’il eut à prendre son parti de la malencontreuse décision de M. Claude,' il laissa voir à François toute l’huiaaeur, toute la peine que lui causait cette déconvenue, — et François, en publiant les secrets dont il était dépositaire, sembla dès lors se délecter à observer les phases diverses de cette incli-^ nation qui devait bientôt se transformer en amour ardent. Bien renseigné sur le point du départ, il lui était facile, plus qu’à aucun autre, de suivre cette piste, et c’était d’ailleurs ce qu’il faisait avec un soin minutieux, avec une attention incessante. Sa pénétration . cependant suivait en principe une fausse route, car il attribuait aux plus grossiers instincts matériels les mouvements du cœur qu’il ne lui était pas donné de

MAD.VMK CLALDH.

comprendre. Aussi était-ce toujours aux sons de Simon qu’il s’efforçait de parler.

« C’est, parbleu! une fraîche et mignonne gaillarde que cette petite Madeleine, dit-il 'une fois; ça vous a une peau fine et blanche, une poitrine dodue... Ça baisse les yeux assez souvent; mais quand ça les lève et qu’on cherche dedans, il n’est pas difficile d’y trouver qu’elle ne serait point fâchée de changer son vieux coquillard pour un autre galant. Tu n’es pas venu à la rôtie^ toi , tu étais soiil , c’est bien fâcheux, cré tonnerre! Si tu l’avais vue au lit, cette Madeleine : une vraie belle fille „ quoi!.,. C’était à se grignoter les ongles de colère, en pensant que ce fin morceau était servi pour un édenté qui aurait peine à le manger. Oh! mille cartouches! On avait des envies de prendre le vieux par la manche, et de le flanquer dehors bien poliment en lui disant: Allons,» hop! pas accéléré, liarche!... ôte-toi de là que je m’y mette!..'.

— Tais-toi , s’écria Simon , * à qui ces propos mettaient l’esprit en feu , et qui saisit convulsivement le bras de l’ex-militaire.

— Qu’as-tu donc? demanda tranquillement celui-ci en s’applaudissant dé son adresse à porter les coups.

— Ce que j’ai?... rien, répartit Simon, à qui ce premier mouvement venait d’échapper, mais qui tout à coup était redevenu maître de lui-m6me; — seulement je crois que ces choses ne me regardent point , et nous parlerons d’autres, si-ça te plaît.

— Oui, parlons d’autres clmses. »

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