‹ Madame ClaudeChapitre 3 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

degrés de pierre précédant le seuil en contre-haut d’une maison. Les unes demeuraient debout, faisant ' mine d’arracher quelques longueurs de fil à la poignée d’étoupe d’une quenouille qui flanibergeait à leur côté. D’autres, qui semblaient bien hâtées de mener à fin quelques gros bas, tricotaient moins de mailles que de paroles, et ne diminuaient guère la pelote de laine qui gonflait la poche de leur tablier. Enfin, celles qui n’étaient venues là que pour voir, entendre et surtout dire, étaient assi.ses ou plutôt accroupies, les bras enfouis jusqu’aux coudes sous leurs tabliers à bavette^ et la poitrine appuyée sur leurs mains cachées.

«Ah! disait celle-ci, chère petite, je la plains! la richesse ne fait point le bonheur, r,

Une autre : .

« Son sort n’est pas enviable, quoi qu’on dise. »

Une troisième :

••( Mon Dieu! vous savez bien que la pauvre fille se soumet au vouloir de ses parents.

— Je sais bien, je sais bien ; mais M. Claude est avaricieux, rechigné, diseur de dures paroles; il n’a point au pied ce qu’il a dans son bonnet. D’ailleurs, l’exemple de la Catherine, ^;a seconde, qui n’est morte que depuis cinq ans, est là pour montrer à quoi la nouvelle épouse se doit attendre. Pauvre, pauvre petite !

— Ajoutez que le fils, la belle-fille, et même les enfants du fils, la vont regarder de mauvais œil ; car ce n’est point leur affaire que .M. Claude ait reconnu à

la fillette une apportance dont elle n’a pas le premier sou.

— Çà ! est-ce qu’on croit vraiment que le vieux ait ' pris goût d’amour pour cette jeunesse?

— Mon Dieu, oui, puisqu’il l’épouse!

— Oh! tous les mariages ne sont point d’amour!

— Vous ne savez donc pas comment s’est faite la chose ?

— Non, j’étais h la ville, chez mon garçon, qui y est établi ; j’en -arrive ce matin, après être restée deux mois absente.

— Donc vous ne connaissez rien de toute celte histoire?

— Rien du tout.

— Il vous la faut alors conter de point en point.

M. Claude, comme vous ne l’ignorez pas, a deux valets.

— Oui, François et Simon.

— F.h bien! Simon, le plus jeune des deux, qui est grand, beau garçon^ et que le .sort de la milice a épargné au printemps dernier, s’était dit qu’il pourrait bien .songer à s’établir, à se faire une famille. 11 n'a personne au monde depuis la mort de sa mère, arrivée il y a une huitaine d’ans.. C’est alors qu’il entra au service de M. Claude. N’ayant pas grande chance d’enrichissement chez son maître, il avait pensé à se mettre en ménage, et pour ça il s’était .souvenu d’une jeune fille rencontrée et courtisée par lui à une fête du courant de l’été, — cette jeune fille lui avenant pour la beauté et les manières. Peut-être, au lieu que

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