‹ Madame ClaudeChapitre 4 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ce soit l’ambition qui l’ait fait ressouvenir de la fillette, était-ce la souvenance de son accortise qui lui mettait des projets d’établissement -en tête : — on ne sait point an juste. Toujours est-il que Simon avait fait ses réflexions. « J’ai de tout temps été fidèle et bon serviteur à M. Claude : on mp connaît pour un honnête garçon, pensait-il. — J’ai à peu près quatre-vingts écus d’amassés chez mon maître. Si Ton me donne la petite, on lui fera bien, avec son trousseau, un ou deux cents francs. Joignant à ça l’aide que M. Claude me voudra peut-être prêter, en se portant ma garantie, je prendrai une maisonnette et quelques terres en

louage et puis, ma foi ! à la garde du bon Dieu I

C’est ainsi que M. Claude a commencé, à ce qu’il dit du moins. — Pourquoi ne ferais-je point comme M. Claude?... »

Donc, Simon, ayant bien retourné ce projet dans sa tête, s’en ouvrit à François, l’autre valet qui est en condition avec lui, et qu’on appelle VAfricain, parce qu’il a été soldat de l’armée de Constantine. François lui déconseilla la chose, lui faisant entendre qu’il était trop jeune encore pour se vouloir passer au cou la corde du ménage; qu’il ferait bien mieux d’employer son bon temps de garçon à se tenir en joie et en amusements, au lieu de s’embarraser d’une femme et de marmots, qui ne donnent qu’ennui et cassement d’esprit. 11 faut dire que François — ça n’est pas secret d’ailleurs — est un mâtin déluré qui est revenu du régiment avec une conduite assez mal en règle, et qui

MADAMIÎ CI.AT'l)K.

ne se fait pas faute de la continuer. 11 disait ce qu'il ' pensait.

Simon, comprenant bien qu’il avait mal adressé son aveu, eut l’idée d’en toucher quelques mots à son maître, certain jour où ils allaient ensemble à une foire. Quand Simon eut fini de parler :

« Tu as raison, petit, fit le vieux; — tu es d’àge et de taille à prendre femme. Tu n’as pas grand bien, c’est vrai, mais j’ai commencé de même, moi. Avec du courage et des économies on arrive ; donc, tu arriveras.

— Voyez-vous, maître, dit Simon, c’est qu’il faudrait pour cette chose me prêter, s’il vous plaît, un peu assis- • tance.

— Et comment?

— Vous savez que je n’ai ni père, ni oncle. Je voudrais donc vous prier de faire la demande. Autant que je peux savoir, je crois que je ne déplairais point trop à la fille. J’ai compris ça quand nous avons dansé toute une vêprée ensemble, et que je lui ai dit que je la trouvais gentille. Je l’ai revue une autre fois, elle m’a encore fait bon accueil. Seulement, avant d’aller la fréquenter définitivement, je voudrais bien savoir, sans la prévenir de rien, si les parents me tiendraient à leur convenance.

— Je ferai donc à ton gré, repartit M. Claude. Dimanche prochain j’irai voir 1e père : tu peux y compter. »

Simon remercia son maître, et l’on parla d’autres choses.

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