‹ Madame ClaudeChapitre 31 sur 84 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

— Oh! oui, assez, grand-père... mais je ne vous ai point fait voir la jolie chose que j’ai achetée pour ma petite grand’mère. Elle sera sûrement bien contente.

— Oh! sûrement, sûrement... Mais que penses-tu

du garçon Frossard? . ,

— Mon Dieu ! je n’en pense point de mal. ,

— Ni de bien?

— Ah î ma foi, guère plus. . .

— A-t-il donc été malhonnête?

— Non point. D’ailleurs je ne lui en ai pas donné

le sujet. . . -•

— N’est-ce pas à ton avis un beau garçon?

— Je l’ai à peine regardé.

— Ne t’a-t-il pas plu par ses manières?

— Ni plu, ni déplu : je ne m’y suis point attachée.

— A vous voir pourtant si bons amis à la danse, j’aurais parié que tu en tenais pour lui en ton petit coeur.

— Vous auriez perdu en pariant, grand-père : mon petit cœur était content de s’amuser, de sauter, voilà tout ; j’aurais été avec un autre garçon telle qu’avec le Frossard.

— 11 ne faudrait pas craindre de m’avouer la chose, sais-tu bien ? je n’y verrais point de mal, au contraire.

— Oh! pardi ! si la chose était, je vous la dirais tout aussi bien que je ne vous la dis pas, la chose n’étant pas.

— Ah çà, voyons, là, vraiment, petite finaude, dit le grand-père, qui prit cette fois la route directe, est-

ce -que tu n’as pas compris de quoi il retournait pour toi aujourd’hui?

— Hein? fit Annette très-étonnée, et de quoi retournait-il donc?

— Tu fais la sotte.

— Non, je vous jure, grand-père.

— Eh ben, mais... puisqu’il faut te le dire, il retournait pour toi de fiançailles, de noces.

— Comment! de fiançailles? de noces? répéta la jeune fille, en s’ébahissant.

— Oui. Le père Frossard m’ayant dit : Voulez-vous que nous accordions un bel et bon mariage entre votre petite-fille et mon garçon? je lui ai répondu, moi : Je veux bien, pourvu que la fillette et son père y consentent.

— ^ Mais je n’y consens point ! je n’y consens point ! entendez-vous, grand-père? s’écria, pleine de terreur et avec une extrême volubilité, Annette, qui, pour la première fois, se trouvait en face d’un grand danger.

— Tu n’y consens point, comme ça tout d’abord, je le comprends; mais en y réfléchissant un peu...

— Oh 1 c’est tout réfléchi.’ Je n’en veux point de votre Frossard.

— La raison? ■ ,

— La raison... la raison..;, je ne la sais pas; mais je ne me veux pas marier, et, si vous m’y deviez forcer, j’entrerais plutôt au couvent.

— Allons! allons! voilà les grands mots avant les petits... et pourtant...

DEÜXIÊXtE PARTIE.

— Ah! tenez, dit Fa jeune fille,' qui craignait d’être vaincue sur le terrain difücile des considérations, parlez tant que bon vous semblera, je me bouche. les oreilles pour ne vous pas entendre, et ce sera comme si vous patrociniez un arbre. ‘

— ■ Mon Dieu ! ma mignonne, je ne te veux pas violenter, reprit M. Claude, qui savait fort bien être entendu, je tiens seulement à te démontrer que Vincent ' serait pour toi un bon parti.

— Je n’écoute pas, fit Annette, qui ne perdait pas une parole.

— Tant pis ! je parle tout de même. »

Et le vieillard continua-.

« D’abord, ce Vincent est un garçon grand, beau, bien fait, fort.

— Et Simon, n’est-il donc pas tout cela? répliqua en elle-même la jeune fille.

— J’ai su qu’il est courageux et adroit travailleur.

— Moins que Simon, qui n’a pas son égal, pensa encore Annette.

— il est d’un caractère brave, honnête, tranquille.

— Oh! pour le caractère, je défie bien qu’il l’ait meilleur "e Simon, poursuivit l’apologiste obstinée du jeune valet, toute fière de conclure sans cesse à l’avantage de son bien-aimé.

— On n’a jamais rien pu dire sur sa conduite.

— Ni, non plus, sur celle de Simon, fit Annette, fière et joyeuse de ce triomphe continu.

' — Enfin, Frossard le père n’a que deux enfants, et il est le plus riche paysan de sa paroisse.

— Tandis que Simon n’a rien! songea tristement alors la jeune amoureuse, à qui la victoire commençait d’échapper. Mais, bah! ajouta-t-elle, les bonnes qualités valent la richè.sse, et Simon fera valoir celles qu’il a. »

Et le premier échec lui sembla réparé par cette réflexion ; mais le vieillard reprit :

(I Et tu comprends bien, ma belle, que si j’ai travaillé toute ma vie pour amasser du bien, c’est avec l’intention de ne donner ta main qu’à un jeune homme riche. J’aimerais mieux ne te mariex jamais que te voir épouser un garçon pauvre. »

Cette fois, Annette ne trouva aucun argument pour rétorquer cette déclaration terrible, si terrible qu’elle osa en suspecter la véracité, et que, dans l’espoir de l’entendre démentir, elle demanda à son grandpère s’il venait bien réellement de parler selon sa pensée,

« Certainement, répliqua M. Claude, et bien fin qui m’en fera démordre !

— Alors!... alors!... fit la pauvrette, qui n’en put articuler davantage, et qui se prit à verser d’abondantes larmes.

— Là, là, doucement, dit le grand-père, tu pleures, bien sûr, sans trop savoir pourquoi. C’est bon ! ne parlons plus de cette chose avant que tu ne sois disposée mieux. — Et à part lui ; Diable! pensa-t-il, est-ce qu’il

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