‹ Madame ClaudeChapitre 33 sur 84 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« Çà, avait dit l’Africain à Simon, viens-tu faire un mistigri, et boire une chopine avec les aniis ?

— Non, merci, je vas tiller quelques brins d’étoupe, et je m’irai ensuite coucher, avait répliqué Simon, dont l’autre devait bien prévoir le refus; car Simon, de goûts retirés, de nature économe, n’abordait que le dimanche soir le cabaret, où François dépensait tous ses loisirs et toutes ses économies.

— Alors j’y vas donc seul. »

Et l’Africain était sorti.

Bientôt après au logis de M- Claude se tenait paisiblement la veillée. Madeleine rapiéçait des nippes à côté de Lison qui filait. Simon tillait sous le vaste manteau de la cheminée. De temps en temps, il jetait dans l’âtre 'quelques poignées de chènevottes , qu’il venait de dépouiller de leurchanvre, et qui flambaient gaiement. En face de lui, Biganche disait un conte en échange d’un gros sou donné par Madeleine, tout en savourant à chaque période une bouffée de la vapeur délicieuse que lui tenait en réserve sa pipe allumée. Enfin Bricot, le corps allongé, le mufle posé sur ses pattes de devant, dormait d’un sommeil profond, — seul membre de cette petite assemblée qui eût l’irrévérence de ne pas suivre avec un vif intérêt le récit pit-, toresque de son maître.

Des coups ayant été frappés à la porte, Lison se leva et alla ouvrir. Un homme d'une cinquantaine d’années entra; il tenait un bâton à la main; ses souliers poudreux attestaient qu’il venait de faire une route. '

« C’est ici, demanda-t-il, la maison de M. Claude Fargeot ?

— Oui, répondit la Lison, et voici Fargeot. »

Madeleine se leva.

« J’ai, reprit l’homme, une commission avons faire de la part de votre mari. Je ne la tiens pourtant pas de lui-même, quoique je vienne du pays où il est en ce moment. 11 y a une demi-heure à peu près, au carrefour des quatre chemins, j’ai trouvé un paysan . qui s’est d’abord informé si je comptais passer par le village, et qui m’a ensuite parlé ainsi :

« — Voudriez-vous m’éviter, sans vous déranger, une grande course?

(( — Volontiers, ai-je dit.

« — En ce cas, vous me rendrez un vrai service ; car il me faudrait; pour faire une commission qu’on m’a donnée là-haut à la foire, aller d’ici au village et revenir ensuite à ma maison, qui est là à gauche dans les terres. Voici donc le fait : demandez le logis de M. Claude Fargeot, — chacun vous le saura indiquer,

. — dites aux gens qui seront là qu’un tout léger accident, une foulure à la jambe, je crois, est arrivé à la jeune fille que M. Fargeot a conduite avec lui à la foire. M. Fargeot donc, pensant ne pas pouvoir la ramener commodément sur le cheval, fait dire qu’on vienne la chercher avec la charrette. Un des valets mènera la jument, et M"" Fargeot voudra bien venir en même temps, pour les soins à donner, en tous cas, à la petite. M. Fargeot les attend à l’auberge du Cluval hUme. 11 a

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