DEUXIÈME PARTIE
bien recommandé qu’on ne se trouble pas trop, et surtout qu’on ne fasse rien savoir aux parents de la demoiselle, qui pourraient se chagriner inutilement, et sans raison, vu qu’il s’agit tout bonnement d’une foulure. » Voilà la commission faite.
— Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! s’écria Madeleine, en prenant les mains de la vieille Lison, qui pleurait, cette pauvre mie que lui sera-t-il arrivé !..., Vite, vite, Simon, la Bichonne à la charrette ! »
Mais le brave garçon n’avait pas attendu que les ordres du maître lui fussent répétés : il allumait déjà un falot pour aller à l’étable harnacher la jument.
« Vous dois-je accompagner, notre maîtresse ? demanda Biganche, qui s’était mis debout, et qui étouffait, comme par respect, le foyer de sa pipe, cachée dans sa main.
— Non, merci, Biganche, mon ami, il suffira de Simon : aide-lui seulement à promptement atteler, et tu iras tâcher de trouver François pour qu’il reste ici en compagnie de la Lison; car nous ne serons peutêtre pas de retour avant le matin.
— Bon ! fit Biganche. » Et il sortit derrière Simon, avec Bricot sur les talons.
L’homme était déjà parti.
La Lison jeta une mante sur les épaules de la jeune femme, et lui fit une espèce de capuche avec un mouchoir de mousseline dont les pointes se nouaient sous le menton. Madeleine arracha du grand lit à ciel, qui était dans la salle, deux couvertures de laine qu’elle
roula pour les emporter, alin d’en pouvoir au besoin couvrir la blessée. Elle prit aussi les oreillers à taie d’indienne.
Bientôt Simon fut devant la porte avec la charrette, sur laquelle il. avait jeté plusieurs bottes de paille. Le falot était suspendu à l’avant de l’une des claies latérales. D’iihe main le jeune homme tenait le bout des guides, de l’autre un de ces fouets à torsades ditspcrpig7ians. Biganche vérifiait la correction de l’attelage.
«'Allons, notre maîtresse, en route ! dit Simon.
Me voilà, » répliqua Madeleine ; et, avant môme qu’on l’aidât, elle fut sur la charrette.
Simon, posant ses deux mains à la naissance du brancard, s’enleva d’un élan, et retomba as.sis, les jambes en dehors de la charrette. Puis il secoua les guides , et la Bichonne partit au grand pas.
La Lison rentra, s’assit triste devant le feu, et bientôt ses doigts nombrèrent, sur les grains luisants d’un chapelet, les ferventes oraisons qu’elle murmurait à l’intention de sa chère petite Annette.
Biganche — et Bricot — se mirent en quête de l’Africain.
Biganche, qui savait les mœurs de l’Africain, crut ne pouvoir mieux faire, pour le trouver, que d’aller de