D E U XI K M E PARTIE
cabaret en cabaret. Comme il les avait suivis tons, et qu’en face du dernier — où les lumières étaientéteinles — il faisait un demi-tour sur son pied tors, pour revenir à son point de départ, il entendit quelqu’un passer — qu’il ne reconnut point, et qui, de son côté, ne dut pas l’avoir aperçu. Toutefois, en cheminant, il distinguait le bruit des pas de cette personne, qui marchait à quelque distance devant lui , et que d’ailleurs il ne tenait pas à connaître ; mais cette personne, ayant ouvert la porte d’une maison où elle entra, la lueur qui venait de l’intérieur dessina une silhouette sur laquelle le berger ne pouvait se méprendre,
« Tiens 1 se dit-il, c’est l’Africain. C’esf donc lui que j’ai rencontré là-haut ; d’où diable vient-il à ces heures,par ce chemin ? »
Biganche rentra cependant sans rien exprimer de sa remarque. Quelques instants plus tard, il était réinstallé, apathique et silencieux, sous la grande cheminée, chargeant méthodiquement sa pipe, pendant que Lison apprenait à François la triste nouvelle. Celui-ci protestait du regret qu’il avait de ne s’être point trouvé là pour partir avec M®* Madeleine au lieu de Simon, qui, disait-il, avait moins que lui l’habitude de conduire les chevaux. 11 déplorait, de concert avec la vieille servante, la funeste idée que M. Claude avait eue d’emmener Annètte à cette foire. Enfin, ayant pris la place quittée par Simon, il continua la besogne que celui-ci avait laissée interrompue, et l’on n’entendit plus
MADAllR CL Ai; OR.
que le bruissement des brindilles qui se rompaient dans ses doigts, le pieux murmure de Lison retournée à ses prières, et le léger claquement des lèvres de Biganche s’entr’ouvrant pour tordre, amoureusement un ruban de fumée : ensemble monotone, varié de temps en temps par les rauques soupirs que poussait Bricot du fond de son grave sommeil.
L’exécution de ce taciturne quatuor durait depuis près d’une heure, lorsque, sur les dalles qui formaient une ' espèce de préau devant la maison, retentit le pas d’un cheval, et qu’une voix cria du dehors :
(c Ohé ! vous autres, ouvrez! et faites clair!
— Oh ! c’est notre maître! » s’écria la servante, qui se leva d’un bond, prit la lampe, et courut vers la porte. François marcha derrière elle; Biganche vint aussi.
« Oh! mon Dieu, monsieur Claude, qu’est-ce donc qui est arrivé? se hâta de demander Lison, aussitôt qu’elle crut pouvoir être entendue du vieillard ; où est-elle, cette chère enfant?
— Hein, quoi? fit M. Claude.
— Hé bien! Lison,, je suis là, dit Annette, viens me donner la main pour que je descende.
— Oui, ma mignonne, voilà que j’accours. Là, j’y suis : — tiens la lampe, François. — Doucement, petite, doucement, laisse-toi couler »
F,t la brave femme entourait des plus grandes précautions la descente d’Annette qui sauta lestement à terre , et courut dans la maison pour -y chercher