‹ Madame ClaudeChapitre 5 sur 84 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Le dimanche étant venu, M. Claude partit en effet dans l’après-dînée, disant à Simon qu’il l’attendît vers les huit ou neuf heures pour avoir des nouvelles de la démarche. M. Claude ne revint qu’à minuit.

« Eh ben? fit le jeune homme quand il vit rentrer son maître.

— Eh ben! eh ben! répliqua le vieux, nous jaserons de tout ça demain, vu qu’à présent il est bien tard, et qu’il se faut lever de bonne heure. Va-t’en au lit, va, petit; demain soir nous nous trouverons seuls, et je te dirai ce qui en eçt. »

Simon, tout contrit, s’alla coucher; mais non pour dormir, car il avait trop de pénibles pensées en l’esprit. La réponse de M. Claude n’était point naturelle. Le pauvre garçon aurait-il été refusé pour son manque de riche.sse? Mon Dieu! ça se pouvait; et alors il n’y avait rien là de déshonnête, et son maître le lui devait dire tout simplement. 11 saurait bien s’en consoler, vu que vraiment c’était plutôt ses yeux que son cœur qu’il avait tournés vers la petite. Ce n’était point encore une affection dont il ne pût se défaire. Et même, ce qui le prouvait bien, c’est qu’il avait voulu connaître les opinions de la famille avant d’écouter ce penchant dont il sentait bien qu’il aurait peine à se guérir s’il devenait trop fort. 11 supposait aussi qu’on pouvait avoir inventé de vilaines choses sur son compte. — Le monde est si méchant! — Dieu sait enfin ce que le pauvre Simon s’imaginait. A ce point que, le lende.main, il était tout honteux, comme s’il

se fût .senli cliargé de quelque gros péché affreux.

Le lundi soir, espérant apprendre ce qu’il n’avait pu savoir la veille, grande fut sa surprise d’entendre son maître lui dire :

« Ce n’est point encore aujourd’hui que je me peux expliquer; prends patience cette semaine; ça sera pour dimanche soir, ou pour lundi.» Et il lui tourna les talons sans plus rien ajouter.

Cette semaine dura pour le malheureux garçon autant que mille ans d’enfer, car il allait de plus en plus ne sachant que croire et penser.

Le dimanche d’après, M. Claude, ayant mis^ses plus beaux habits, s’en alla derechef du village, même d’assez bonne heure. Simon ne douta point que son maître retournât voir la famille, et il trouva la cho.se toute simple, toute pleine de raison. 11 eut même alors comme un regret de s’étre tant tourmenté; car, pensa-t-il, les parents, ont dû demander uno huitaine pour réfléchir, et c’est aujourd’hui seulement qu’ils vont donner une réponse. Et Simon, toujours impatient, mais tranquillisé, attendit bravement le retour de M. Claude, qui ne reparut encore que trop tard pour pouvoir deviser; mais enfin, le lendemain, ayant gardé Simon après que tout le monde fut couché ;

« Cà! dit-il brusquement au jeune garçon, dont le cœur battait bien fort, est-ce que vraiment tu as profond en toi l’amour pour cette petite Madeleine? hein? dis?

— Moi? répliqua Simon, qui fai.sait déjà le deuil de

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