‹ Madame ClaudeChapitre 41 sur 84 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Resté seul avec Madeleine, que nul soupçon ne pouvait atteindre, M. Claude ne se crut cependant obligé envers elle à aucune réparation, car il n’avait rien avancé dont il dût se dédire. L’oubli pur et simple de ce qui s’était passé lui parut une rétractation suffisante. Il s’entretint donc avec elle du projet qu’il avait de marier Annette, et lui demanda si elle savait qu’une inclination fût au cœur de la jeune fille.

Madeleine dit la vérité en affirmant n’avoir reçu aucune confidence de ce genre ; mais, sur la prière du vieillard, qui lui démontra qu’elle cigirait dansl’intérêt d’Annette, elle s’engagea à tâcher de surprendre ce secret, — s’il existait.

Cette promesse reçue, M. Claude s’endormit du plus tranquille sommeil. Toutes ses agitations étaient calmées, et il pensait que, Madeleine aidant, la petite ne serait bientôt plus rebelle au projet formé par lui.

HS MADAME CLAUDE.

Alors seulement, Madeleine eut le loisir d’examiner attentivement toutes les péripéties de la journée. 11 fut évident pour elle que le départ de Simon était une mesure de prudence, — qu’elle approuvait pleinement J car l’amour était assez fort en elle, comme en lui, pour qu’ils dussent, l’un et l’autre, se défier de leur courage à le combattre.

« Oui, sè dit-elle, ce sera noble et grand à lui de quitter cette maison où sa présence m’est à la fois si douce et si terrible. Il m’oubliera, je l’oublierai ; car l’amour est un mal que l’absence guérit, dit-on. »

En se parlant ainsi, Madeleine no s’apercevait pas que sa tendresse pour le jeune homme était encore augmentée par toutes les louanges qu’elle donnait à sa belle action.

En somme, elle trouva que l’éloignement de Simon serait pour elle la meilleure sauvegarde; et, du plus profond de son cœur, elle le bénit de lui ouvrir si héroïquement cette voie de salut.

Annette employa la nuit à méditer sur de moins consolantes pensées. Ce départ, qui rassurait Madeleine, lui apportait à elle, au contraire, les plus vives alarmes : « 11 s’en ira! je serai sans le voir, sans lui parler, et sans pouvoir espérer qu’il s’accoutume à m’aimer comme je l’aime I Que deviendrai-je, moi, mon Dieu ?.... » Et la faible créature, qui doutait de tout par elle-même* mais qui ne doutait de rien par autrui, ne trouvait qu’une réponse à toutes les ques-

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