TROISIÈME PARTIE. ’ > J5D
as pour lui. Aime-le! aime-le. bien! 11 est bon, il est honnête. Il peut te donner la félicité... Aime-le, et le jour viendra sûrement où il t’aimera aussi. S’il n’y pense pas aujourd’hui, demain peut-être quelqu’un se trouvera pour l’y faire penser. Espère, val Nous saurons bien écarter ce Vincent... ce Vincent qui ne peut te convenir... Tu ne dois pas te marier sans amour, toi... C’est ce que nous dirons à ton grand-père... à ton père... c’est ce que nous ferons valoir, et la raison sera pour nous... Et d’ailleurs je ne veux pas, moi, qu’on te donne à un autre que celui que tu aimes...
Tu es ma fille, j’ai droit sur toi , et je n’entends pas qu’on te fasse le moindre chagrin. Ma jolie Annette! ma brave Annette, la marier à un homme qui ne saurait point Taimer, tandis qu’il y a un bel et bon galant’ ‘ tout prêt, tout trouvé, tout aimé! Non, non! 11 est pauvre, dira-t-on; c’est vrai, mais il a du fier courage et de bons bras; elle et lui, ils travailleront, pardieu! et ils s’aimeront : avec du travail et de Tamour, on a . raison de la misère. Ne pleure pas, ma mignonne, ne pleure pas, il ne faut pas pleurer, je ne veux pas que tu pleures!... » , '
Ainsi parla Madeleine avec une émotion , avec une volubilité toujours croissante. Elle semblait se prouver à elle- même qu’à servir Annette elle devait trouver des joies bien plus délicieuses qu’à entretenir unei passion coupable; elle s’étourdissait dans le vertige du sacrifice ; elle était heureuse de dominer tout reste de souffrance.
lOO -MADAME CLAUpE.
Annette, qui l’avait écoutée comme elle eût fait d’un ' oracle favorable, Annette s’écria, les mains jointes devant elle :
« Oh ! mon cœur me disait bien de mettre en toi toute ma confiance I
— Je veux la recevoir et la mériter, )i repartit Madeleine...
Puis elles se levèrent, et, se tenant par leurs bras enlacés, elles continuèrent leur route.
Annette, allégée d’un secret si heureusement partagé, n’avait plus aucune crainte de l’avenir; Madeleine, au contraire, était chargée d’orageuses prévisions, mais fière et radieuse d’avoir enfin trouvé, dans la difficile tâche maternelle qu’elle venait de s’imposer, une'vraie et puissante sauvegarde.
ÏII
« Eh bien ! femme, demanda le soir M. Claude, avezvous questionné la petite?
— Oui, répondit Madeleine.
• — Qu’avez-vous appris?
— Rien. J
— Rien du tout?
— Rien du tout, répéta la jeune femme, qui n’avait jamais peut-être commis un aussi gros mensonge.
— c’est drôle, j’aurais juré qu’il y avait par là quelque amauracherie. Alors nous pourrons pousser rudement l’affaire avec Frossard.
— Pourquoi rudement? Annette est tant jeune encore!... Attendez. Ne la mettez pas sitôt dans les sou- . cis du ménage.
— Bah!, il faut prendre les bons partis quand on les trouve. D’ailleurs, j’en ai parlé à mon fils : il est enchanté de la proposition.. Les Frossard .sont des richards, entendez-vous? Une pareille occasion peut ne jamais se représenter. La chose est décidée; elle se fera. La petite s’y refusera d’abord, mais nous l’amènerons bien à accepter ; elle nous en saura gré plus tard.
, — Vraiment, si vous voulez m’en croire... ha.sarda Madeleine. i
— Quoi? demanda sèchement le vieillard.
— Si je pouvais donner mon avis...
— On peut vous dispenser de le donner, » dit Claude
Fargeot, qui, pour la première fois depuis son mariage, recevait une observation de sa femme et se roidissait contre ce qui constituait, .selon lui, un déplorable abus. 11 ajouta : « J’ai mes raisons que vous ne savez point, que vous ne pouvez point savoir. 11 suffit d’ailleurs que ce soit ma volonté, pour que personne ne puisse y trouver à redire. ^
— Pas même votre épouse?
— Non, pas meme mon épouse, répliqua Fargeot qui trouvait la jeune femme bien audacieuse. Pour-
maüamk cl a t; nu. • ^ . .
quoi, et de quel air me demandez-vous cette chose?
— Mon Dieu! ne vous fâchez -point, reprit Made- • leine de l’accent le plus humble ; je la demande tout . ; bonnement pour la savoir, et avec l’àîr qu’on a quand . on s’étonne de s’entendre fermer la bouche alors qu’on ’ ne dit rien d’insolent ni de mauvais.
— Bon! bon! — murniura M. Claude qui, tout en ‘ regrettant un peu ce mouvement de brusquerie, n’était , cependant pas homme à s’amender ouvertement, — le mieux sera que nous ne parlions pas de cette affaire, qui est à régler entre les parents de la fille et ceux du jeune homme.
— U suffit, » dit Madeleine, qui sentit fort bien l’exclusion portée contre elle, et qni eut dès lors la mesure de l’ascendant qu’elle pouvait prendre sur son mari. .
' Ainsi se termina l’entretien des deux époux.’ '
11 faut avouer que le succès de cette première tentative était peu propre à garantir celui que se promettait Madeleine. Moins dévouée et, pour ainsi dire, moins intéressée au triomphe d'Annette, elle se fût peut-être retirée d’emblée de la lutte, en concluant à l’inanité de l’attaque ou de la résistance. Mais trop de raisons l’empêchaient d’abandonner ainsi cette cause, qui était la sienne, .pour qu’elle n’y consacrât pas tout le courage dont elle était capable. -
Kt Madeleine mit en travail sa timide imaginative. Mais trop honnête, trop droit était le cœur de la jeune