TROISIÈME PARTI.R
« C’est affaire entre nous deux, ça. Ma pauvre mère Madeleine a bien assez de la frayeur que vous lui avez faite, et qu’elle a prise je gae sais trop pourquoi, vu
qii’il n’y avait pas motif venez, venez.^ »
En parlant ainsi, elle l’emmenait vers le seuil; et, M. Claude se laissant diriger, ils sortirent.
Ainsi Annette délivrait - Madeleine de son terrible interrogateur. Toutefois elle était fort embarrassée pour arranger le mensonge qu’il lui faudrait nécessairement conter à son grand-père.
Mais que ne peuvent l’amour et la joie de se croire aimée dans un petit malicieux cœur féminin?
En s’éloignant avec son grand-père, Annette espérait éluder l’explication, au tout au moins gagner du temps pour broder quelque petite histoire. Le vieillard ne renonçait pas à la confidence promise. Il supposait qu’Annette voulait le conduire dans quelque chambre voisine. Point : elle lui fit longer le corridor, puis descendre l’escalier, et ils arrivèrent dans la salle basse en même temps qu’y entrait le père d’Annette, lequel s’adressant à sa fille : '
« Laisse-nous, j’ai à parler avec le père.
— Mais fit Annette qui, très-heureuse de cette
rencontre, voulût cependant laisser supposer le contraire. ■
— Allons, va-t-en !' dit brusquement Jean Fargeot, avec son importance et sa dureté ordinaires.
— X)e sera donc pour plus tard, grand-père, dit tout bas la jeune fille, qui se disposait à obéir.
— Oui, va, » répliqua M. Claude, qui même lui donna sur la joue une petite tape caressante.
Hle prit un air piteux et contrarié pour gagner la porte sous le regard magnifiquement sot et impérieux de Jean Fargeot, qui semblait dire : a Voilà comme il faut mener les enfants. » Mais, le seuil passé, le rayonnement qui vint tout à coup s’épanouir sur son visage traduisit l’espèce de joie folle que lui faisait éprouver cette feinte contrariété. Et ravie, empressée, elle ren-’ tra dans la maison par l’escalier extérieur. Bientôt elle eut rejoint Madeleine, qu’un moment de solitude avait un peu remise de ses émotions.
« Ah 1 petite grand’mère, s’écria-t-elle en joignant les mains et les frappant l’une contre l’autre avec une allégresse toute enfantine, crois-tu que nous nous soyons tirées d’une belle ! C’est arrangé, au moins pour le moment. ' '
— Qu’as-tu dit à ton grand-père? demanda Madeleine.
— Rien encore : et d’ici à ce qu’il m’en parle de
nouveau, j’ai bien le temps de trouver quelque chose. D’ailleurs ce n’est pas là ce qui presse maintenant. Conte-moi vite
TUülSIÈMK PARTI lî. 183
— Quoi?
— Eh bien mais, ce que Simon t’a dit?
— Ce que Simon m’a dit?
— Oui, fit vivement Annette, en proie à la plus vive impatience, et l’œil éclairé d’un doux espoir.
— Hélas! ma chérie, dit tristement Madeleine en prenant la main d’Annette, Simon est résolu à partir, et rien de pourrait le retenir.
— Comment? s’écria la jeune fille, qui crut n’avoir pas bien entendu.
— Oui, il veut s’en aller, il ne s’en dédira pas.
' — Mais alors! mais alors! balbutia Annette,
qui tombait lourdement du haut de son bonheur imaginaire.
— 11 faudra t’y résigner, ma pauvre enfant, ' en prendre ton parti, dit Madeleine, qui eût donné bien des jours de sa vie pour ôter l’amour de cet intraitable cœur; car il lui semblait maintenant impossible ^jue Simon habitât sous le même toit qu’elle, et plus impossible encore de rien tenter par elle-même pour servir l’inclination d’Annette.
— Comment! m’y résigner? Comment! en prendre
mon parti? demanda d’un air étonné l’amante
dédaignée; tu renonces donc pour moi, petite grand’mère?
— Que veux-tu? je ne saurais vraiment que faire. J’ai parlé à ton grand-père, il m’a rudoyée, tu le sais; et je sais bien qu’il ne consentira jamais à ce mariage. Quant à Simon, je lui ai parlé aussi : il n’a pas com-