PREMIÈRE PARTIE
son projet; moi, non; je vous l’ai dit, maître, cet amour n’aurait point eu de peine à me tout à fait venir; mais il n’était pas encore venu beaucoup, et,
s’il m’y faut renoncer, ça se pourra faire sans que j’en sois ma}pde ni même désolé.
— Eh ben ! à la bonne heure, mon garçon, voilà comme il faut être; et, après tes paroles, il m’est bien plus aisé do te faire tout savoir. Imagine-toi donc que la première fois que je me rendis chez le père, faisant mine d’avoir à lui parler de quelque marché — c’était dimanche — la Madeleine était là, taais pimpante, mais proprette, mais jolie, et, par ma foi! on aurait dit d’elle un beau bijou tout frais sortant d’une boîte de coton. Tout en parlant — pour parler — avec le père, parce que je ne pouvais rien avancer tant qu’elle serait présente, je la regardais autant qu’elle mérite - de l’être. Enfin, voyant qu’elle persistait à demeurer, j’offris au père d’aller vider une pinte au cabaret. Chemin faisant, pour nous rendre en cet endroit, il me vint la pensée qu’il serait dommage de voir une fille aussi belle et bien tournée — ayant, si je jugeais bien, un bon caractère. — se mettre en ménage pour se débattre toute sa vie durant contre la misère. Un homme, que. j’avais rencontré en route, m’avait certifié que le père ne pourrait pas donner un rouge liard. Toi, n’en ayant guère, il allait de soi que vous vous mettiez ensemble dans la peine jusqu’aux oreilles. C'est pourquoi, lorsque nous nous trouvâmes le verre à la main, je dis au père :
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« Voyons, mon bonhomme, est-ce que vous ne marierez pas votre petite? » Il répondit que ça dépendrait beaucoup de l’honnêteté du demandeur, et tant soit peu aussi de ses moyens de fortune. « Alors, fis-je, les choses se devront peut-être arranger ; car je viens vous proposer pour elle un homme qui se peut flatter d’un bon renom, et qui lui fournira, en travaillant, bien entendu, de quoi vivre à l’aise; et, pour n’y pas aller par quatre chemins, cet homme, c’est moi, Claude Fargeot. »
— Vous? notre maître! s’écria Simon tout ébaubi.
' — Oui, moi, répliqua Claude Fargeot. Ça étorïna
bien un peu le père; mais il en revint bientôt, car je lui fis entrevoir tout ce qu’il en serait de sa fille se mariant dans l’infortune. A la suite de cet entretien, le vieux me demanda huit jours pour réfléchir; et il a si bien réfléchi qu’à te parler franchement, hier, quand je suis retourné là-bas, je n’ai eu qu’à tendre la main pour prendre celle de la petite Madeleine, que, par ainsi, je vas épouser. »
Simon marchait de surprise en étonnement.
« Est-ce bien possible? fit-il.
— Oui, dit M. Claude. Crois-tu qu’elle fas.se un mauvais coup en se mariant avec moi?
— Oh! je ne dis point ça, répondit' Simon; mais seulement je crois qu’alors il me faudra en aller de chez vous, et trouver une antre condition.
— Et pourquoi?
— Parce que je ne serais guère bienvenu à