QUATRIÈME PARTIE
plaisir! répliqua-t-il ; mais, puisque tu veux le savoir, c’est que je désire aller moi-même au bourg chercher le médecin.
— Il a promis de venir vers les dix heures , dit Ib
femme. ^
— Ça ne fait rien, il pourrait l’oublier, » reprit vertement le mari, qui parut très- contrarié de cette observation. Puis, il s’approcha du malade, plutôt pour ■vérifier si les prévisions du docteur s’accomplissaient que pour faire acte d’affection , donna fort impérieusement quelques ordres, et se disposait à sortir lorsque vint Madeleine, qui lui dit, en désignant un meuble :
« Vous aveü la clef de cette armoire?
— Oui! répondit Jean Fargçot, dont le premier soin, la veille , avait été de s’assurer que rien ne pût être distrait , et qui même n’avait laissé sa femme passer la nuit qu’én lui recommandant d’exercer une active surveillance.
— Voulez-vous me donner cette clef? demanda la belle-mère.
— Qu’en voulez-vous faire?
— On a besoin, pour votre père, de certains linges qui Sont là-dedans. »
Jean Fargeot tira une clef de sa poche , la mit dans la serrure, ouvrit la porte et dit : « Prenez ; » mais il resta là , attendant que Madeleine eût fini. Puis il re-, ferma la porte, retira la cleJ, et s’en alla en disant qu’on ne s’étonnât pas s’il ne rentrait qu’un peu tard, '
son intention étant de profiter de sa présence au bourg pour y voir des personnes avec lesquelles il était en affaires.
Jean Fargeot, qui avait employé la nuit à méditer sur son plan de conduite , n’avait pu s’arrêter à rien , faute d’être instruit des dispositions de la loi , qui — pensait-il, dans sa haine pour sa belle-mère — devait avoir prévu des cas semblables à celui qui venait de se présenter, et autoriser le fils d’un homme frappé d’incapacité à s’instituer gérant d’un patrimoîiîe que les malversations d’une étrangère pourraient compromettre ou dilapider. 11 était, selon lui, impossible que le législateur en eût disposé autrement. Toutefois, il avait besoin d’en acquérir la certitude , ou du moins de connaître les restrictions de détail apportées à cette disposition générale , incontestable en son principe. Il allait donc consulter l’oracle juridique de la contrée, incarné en la personne d’un vieil huissier cantonal fort accrédité, et par le fait assez entendu, vu le grand nombre d’affaîres qu’il avait maniées en sa longue carrière. Cet huissier était un gros petit homme bien vivant, vermillonné, grisonnant' à l’œil vert tendre, au front bas mais assez large, aux doigts potelés, à la nuque rebondie, au col d’habit crasseux, aux grosses lunettes d’argent, à la voix de tête, trèsgrave, un peu sourd, prenant beaucoup de tabac, et se mouchant sans cesse. ‘
Quoiqu’il arrivât de très-bonne heure chez le fabri-
canf^’exploits, Jean Fargeot le trouva déjà occupé à