‹ Madame ClaudeChapitre 7 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

rester ici , ayant été l’amoureux de votre femme.

— Allons, tu veux rire, petit. Tu n’as été son amoureux tant seulement qu’en projet, et sans presque lui en rien faire savoir. Tu es trop honnête garçon pour songer encore à elle du moment où je l’aurai épousée. D’ailleurs, toutgrison que je suis, j’ai encore bon pied, bon œil et bonne dent. Et, certes! ce n’est point vous autres, menus freluquets, qui me feriez peur quant à une jeunesse sur qui j’aurai rang de mari. Va, garçon, ne te méfie pas plus de toi que je m’en méfie moimême ; et ne te figure pas que tu doives quitter la maison pour si peu de chose. Ça ferait jaser encore plus sur ton compte que sur le «lien. Demeure. J’ai pris des informations : la Madeleine est une brave petite qui n’a jamais fait dire un mot à son sujet. Elle est du reste la fille de sa mère, qui est bien renommée, et le père pareillement. Je n’ai donc point de frayeur. »

Et. voilà comment le vierl amoureux arrangea les affaires, — si bien que Simon est demeuré pour devenir le valet de celle qui devait être sa femme.

— C’est vraiment une drôle d’histoire. Dieu sait comment tout ça finira.

— Oh! pardienne! chacun s’en doute un peu. 11 arrivera par là, certain jour, une' petite créature qui sera, tout craché, le portrait du Simon; et le vieux mettra le Simon à la porte, mais ce ne sera point assez tôt s’y être pris.

— Ôn dit que c’est une fille honnête vraiment.

— Oui, mais c’est si jeune I

— I^e Simon n’est pas non plus un mauvais sujet.

— Non, mais il n’est ni de bois, ni de roche, et quand les cerises de l’arbre pendent si proche que ça du chemin, il faudrait n’avoir pas du tout faim pour n’en point prendre. L’appétit qui lui était venu à première vue n’ira, certes, pas en diminuant par la vue de tous les jours.

— Et alors, gare les cerises!

— Du vieux bonhomme Claude.

— Ah ! ah ! il mettra un épouvantail sur le cerisier.

— En ce cas, il lui suffira de s’en tenir voisin.

— Sûrement! »

Et patati, et patate!.... Ainsi trottaient les langues des fileuses, des tricoteuses et des inactives, qui en étaient là de leur damné chapelet, lorsqu’on entendit au loin plusieurs détonations d’armes à feu ; c’était un signal convenu que devaient donner des jeunes gens apostés sur la route, pour annoncer l’arrivçV de la noce, aussitôt qu’on l’apercevrait dans la campagne.

« Les voilà! Ioæ voilà! » cria-t-on de toutes parts. Un grand mouvement se fit dans la foule. Chacun, pour être à même de bien voir, .se rangea. ■■

Quelques minutes après, le bruit d’un crincrin écorchant, avec accompagnement de fifre, un vieux

Page 1