QUATRIÈME PARTIE. 2f.l
soyez un maître bon, et pas trop rude en paroles!... Pensez que j’en suis sensible de cœur, et que c’est déjà pour moi une assez grande cause d’affliction de voir votre père ainsi rendu infirme et souffrant. C’est mon épreuve qui commence ; j’y serai forte, je vous le promets. Je sais que vous n’êtes point méchant. Si je ne le savais pas, aurais-je le désir de vous voir audessus de moi dans la maison?... C’est dit, Jean Fargeot, à vous le commandement de tout ici ; à moi la part de travail et d’obéissance que j’ai réclamée. Est-ce qu’il vous convient que nous fassions ainsi? u .
Ayant énoncé lentement cet acte d’abnégation, Madeleine attendit, dans l’attitude de l’humilité digne, la réponse de son beau-fils.
Jean Fargeot n’avait éprouvé, en écoutant Madeleine, d’autre émotion que le plaisir de triompher aussi facilement :
« C’est bien, fit-il en affectant la bonhomie, Oui, ça ira comme ça... c’est entendu... bon! Allons, père Jivret, ajouta-t-il en enjambant un des bancs placés devant la huche, allons, asseyez-vous là ; ne parlons plus de ces choses, et trinquons à la santé du malade...
— Merci, répliqua sèchement le père Jivret, je n’ai point soif. »
Madeleine s’élança vers son père, et le prenant par la main :
« Père, dit-elle, ne donnez pas à croire que je n’ai pas parlé .selon mon cœur. Ce que j’ai dit, je le main-
MADAMK CLAUDE,
tiens, et je prouverai que je le pense. C’est la paix que je veux : est-ce donc vous qui l’empêcheriez?...
— ■ Hum! fit en branlant la tête le père, qui redoutait la suite de ce renoncement.
— Oqi, ma belle-mère a raison, reprit Jean Fargeot radieux de sa victoire. Allons, que diable! touchez là, de bonne amitié. »
Le père Jivret semblait hésiter encore; Madeleine l’embrassa suppliante, caressante.
« Voilà ! H dit-il enfin.
Et les deux hommes échangèrent une poignée de main.
Annette sauta au cou de Madeleine. Lison pleurait à tremper le coin du gros tablier bleu qu’elle relevait pour essuyer ses yeux. La femme de Jean Fargeot pleurait aussi, avec un bruit de hoquet ; mais sans doute par un simple effet de communication, absolument comme elle eût bâillé en voyant les autres le faire ; car il n’est pas certain qu’elle eût compris la portée de la scène dont elle venait d’être spectatrice.
Les hommes burent et causèrent fort amicalement pendant quelques instants. Puis le père Jivret s’en alla.
Dans l’après-midi, les- Frossard vinrent savoir comment allait M. Claude. Jean Fargeot, paisiblement installé dans ses fonctions de monarque absolu, les reçut avec tous les airs de majesté dont il était capable. Il leur fit entendre que l’accident survenu à son père ne devait en rien porter empêchement aux négo-