QUATRIEME PARTIE. 2(i
dations entamées-, et que dès le moment où l’état du malade serait déterminé d’une manière positive, il conviendrait de fixer l’époque du mariage, vu que lui, Jean Fargeot, se chargeait de répondre à tous les engagements.
Les Frossard, qui ne recherchaient cette alliance qu’en vue de la fortune, furent pris à ces semblants d’opulence et se promirent bien d’être assidus à la poursuite de leurs projets.
M. Charbouin vint aussi, le surlendemain ; non pas exprès, dit-il, mais en passant, amené au village par une autre affaire.
U Eh bien! demanda-t-il, monsieur Jean Fargeot, faut-il que j’agisse?
— Nous verrons ça un de ces jours, répliqua le nouveau souverain d’un air qui signifiait : Allez-vousen, laissez-moi tranquille. »
L’huissier, s’esquivant l’oreille un peu basse, rencontra Madeleine.
« Mais, madame, lui dit-il, vous laissez votre beaufils s’implanter chez son père et y prendre la haute main ; il n’en a pas le droit.
— Je vous demande bien pardon, monsieur, répliqua la jeune femme, avec une révérence qui dérouta le Chicanier.
— Sottes gens! sottes gens! » fit-il, en regagnant ses papiers timbrés.
On a vu que Biganche avait pris sur lui d’avertir le père livret. Le sort de Madeleine lui avait fait pitié, et, à tout hasard, il s’était avisé du premier moyen trouvé pour mettre quelque entrave à la tyrannie de Jean Fargeot. Quelle fut sa déception lorsque, en rentrant le soir, il apprit d’Annette, qui l’aidait à panser le blessé, le résultat auquel avait abouti la visite du père de Madeleine! 11 connaissait trop bien Jean Fargeot pour augurer heureusement du pacte conclu.
« Allons, soupira-t-il, n’en parlons plus! »
Et afin de se mettre à l’unisson de la situation présente, il laissa de côté toutes celles de ses préoccupations qui avaient pour but Madeleine, — sans toutefois les jeter à l’oubli, car il ne doutait pas qu’il dût * bientôt les reprendre. Ainsi relevé provisoirement par les circonstances d’une partie de la tâche grave que lui imposait la gratitude, Biganche put reporter son esprit sur un point non moins intéressant : l’amour d’Annette pour Simon, amour qu’il avait entrevu jadis, et qui lui était maintenant affirmé de la manière la plus intime.
Ramenant sur la jeune fille tous ses sentiments de pitié :
QUATKIKME PARTIE.
« Pauvre petite ! s’écria-t-il mentalement, comment la servir? »
Et Biganche reprit, mais exclusivement pour le compte d’Annette cette fois, ses laborieux efforts d’imagination.
Les préoccupations de Jean Fargeot étaient d’un tout autre genre.
Immédiatement après la cession d’autorité que Madeleine avait faite en sa faveur, il était entré dans l’exercice du pouvoir avec toute la solennité possible. Dès cette heure, il fut totalement absorbé par les soins nombreux de son poste suprême, et d’autant plus que l’administration dont il se trouvait investi réclamait des facultés bien supérieures à celles qu’il possédait.
11 n’appartenait qu’à Claude Fargeot de pouvoir tenir les fils de la représentation d’opulence donnée par lui. La machine de sa grandeur avait des rouages compliqués que sa main seule pouvait raccorder quand survenait, ou allait survenir un détraquement. Mal en prenait à son fils de s’en vouloir attribuer la conduite, sans instructions préalables, sans communication du plan, plongé enfin dans la plus complète ignorance des moyens détournés, des palliatifs qui étaient la clef de ce minutieux échafaudage.
Jean Fargeot, plus que personne, et surtout parce qu’il eq désirait ardemment la possession, croyait à la fortune de son père. 11 lui avait semblé d’abord qu’il dût trouver dans cette maison des trésors tout amassés, dont l’usage lui serait facile, et qui le mettraient à même de substituer sans encombre sa personnalité à celle du vieillard. Selon ses prévisions, les tiroirs des meubles dont il s’était empressé de saisir les clefs devaient regorger sinon de sommes sonnantes, au moins de titres réguliers.
Grand fut donc son mécompte en constatant la stérilité des fouilles obstinées qu’il pratiqua partout. En espèces il ne trouva qu’un petit nombre d’écus et de pièces d’or, en papiers rien de plus qu’un fatras de reçus attestant le chiffre des intérêts payés par Claude Fargeot à des gens qui avaient opéré des placements entré ses mains.
Il vint d’abord à l’idée de Jean Fargeot que sa bellemère pouvait avoir soustrait les valeurs dont l’absence l’étonnait; mais il fut obligé d’abandonner cette accusation quand il se rappela avoir pris lui-même le trousseau des clefs dans la poche de son père aussitôt après
la déclaration du docteur. Le problème qui naturel-
« * % lement alors se posa devant ses conjectures était sans
contredit fort épineux. Mais il lui sembla impossible que le jour ne se fît pas sur ce mystère, et il attendit .qu’un indice, inévitable selon lui, le mît à même d’arriver à l’importante découverte qu’il était impatient de faire.
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