‹ Madame ClaudeChapitre 69 sur 84 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

d’une voix froidement amère: — Biganchc, tu n’es qu’un vaurien ! Voilà ! » .

Ainsi tancé par lui-mème, le pâtre demeura quelques instants la tôte courbée sous le poids de ses propres réprimandes. Enfin, redevenu plus calme, il ramassa machinalement son bonnet qn’il remit lentement sur sa tête, puis il s’assit de nouveau, croisa ses deux mains sur l’extrémité de son bâton, qu’il tenait oblique devant lui, appuya son front sur scs mains, et se prit à réfléchir le plus sérieusement du monde sur les événements qui venaient de s’accomplir avec sa déplorable participation.

^s réflexions furent encore on ne peut plus stériles. Devait-il cependant abandonner la partie sans tenter ^ de nouveaux efforts? Non, sans doute. Il s’était pro^ mis de servir Annette jusqu’à épuisement de re.ssources intellectuelles. « Eh quoi ! s’écria-t-il, moi, l’homme aux histoires, moi qui passe pour savoir inventer des contes, je m’aurai pas su trouver une manière de tourner la difficulté qui m’arrête ! Non , mordieu I Je trouverai, oh ! je trouverai ! il n’y a qu’à chercher. »

Et il chercha obstinément, laborieusernent, toute la soirée, tout le lendemain; le surlendenjain môme il y travaillait encore; enfin, ce fut seulement le dimanche, vers une heure, c’est-à-dire lorsqu’il ramenait son troupeau (n’oublions pas que le dimanche il ne passait au pacage que la moitié du jour), qu’il crut enfin avoir rencontré la voie de salut.

MA.JDAMK CLAUDE.

« Oui, c’est ça, c’est bien ça, le plan est bon, » faisait-il tout haut en se frottant les mains.

Et il poussait rapidement devant lui les brebis tumultueuses, pour être plus tôt libre de se rendre' au Creux-Robert, où il devait trouver Simon, qui allait enfin être vaincu par l’adroit stratagème.

En ce moment, Biganche aurait juré sur son âme que le stratagème adopté par lui avec tant d’enthousiasme serait d’une irrésistible efficacité ; nous jurerions, nous, qu’il ne s’avisait encore 'que d’une tactique bien îia'ive, dont la première réplique du jeune homme devait avoir raison.

Quoi qu’il en fût, nous pouvons affirmer que le plan du berger était conçu de façon à ne pas compromettre la jeune fille; car, nous devons le répéter, il y avait trop de noblesse en cette âme échappée aux passions pour qu’elle ne sentît pas tout ce qu’aurait d’humiliant, et pour ainsi dire d’immoral, une démarche consistant à faire savoir directement au jeune homme l’amour qu’il avait inspiré. Comment Simon eût-il accueilli cette brutale confidence? — et, bien que l’amour la rendît tant soit pou oublieuse de l’extrême retenue, quel gré Annette eût-elle su à Biganche d’avoir rempli aussi indélicatement une mission dont, en somme, elle ne l’avait nullement chargé ?

Ce jour-là, pour la première fois depuis sa blessure, Bricot avait pu accompagner son maître : une double joie était donc dans le cœur 'du berger; joie de voir son ami guéri, joie du triomphe espéré. Ce cœur, resté

QUATR.IÊMK PARTIK..

primitif, n’élait pas de ceux qui savent dissimuler leurs sensations : aussi la face de Biganche, qui était assombrie depuis plusieurs jours, avait-elle retrouvé tout.son épanouissement. ' ' • •

« Allons ! allons ! Bricof, pousse, pousse ! Arrivons vite! les bêtes rentrées, nous avons encore du cheminé faire ce soir. Pousse, pousse !»

Et Bricot s’évertuait de son mieux pour prouver à son maître qu’il était redevenu capable de remplir ses importantes fonctions. •

Enfin l’on aniva. Le troupeau fût renfermé; Biganche, avant de s’acheminer vers le Creux-Hobert, entra dans la maison pour y déposer, comme à l’ordinaire, sa besace, que Lison avait le' soin de garnir chaque soir des provisions du lendemain.

La famille était réunie, les Frossard présents. Au moment où le berger ouvrit la porte, tous étaient assis' autour de la table , encore servie. Annette seiile se tenait' debout h quelque distance des autres. Chacun avait les yeux sur elle, et paraissait l’écouter avec surprise, car elle disait en s’adressant à son père :

« C’e.st chose résolue en moi ;'Ce mariage que vous 'voulez, je ne le veux point, et quand il s’agit de m’engager pour toute la vie, j’ai le droit d’avoir'une volonté. Ne cherchez pas à me contraindre, vous n^y réussiriez point. Je me ferais mourir plutôt que consentir. Tout ce que vous diriez serait paroles -perdues. C’est ma dernière détefmiintion, je ne m’en départirai pas !... » ‘ •

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Puis, se tournant vers le jeune Frossard, elle ajouta :

« Et vous, monsieur Vincent, vous ne voudrez pas vous obstiner à rechercher une fille qui ne se veut pas marier, et qui vous prie de la laisser. Si je refuse, ce n’est pas vous que je refuse, c’est le mariage. Si je vous prie de vous dédire, c’est que je vous crois un bon et brave garçon, ne voulant rien de mal, et qui souffririez si vous étiez pour moi une cause de souffrance et de rrialheur...

— Ah ! ça mais?.., » fit Jean Fargeot, qui se leva à son tour avec un majestueux geste d’impatience et d’autorité.

Annette n’attendit pas qu’il continuât.

<( J’ai dit ce que j’avais à dire, reprit-elle; et ce que j’ai promis est bien promis. » ,

Puis elle ouvrit la porte, et sortit sans trop .savoir '■ où elle allait.

Biganche, qui avait assisté, stupéfait, à cette scène, se hâta de disparaître aussi, oubliant et de laisser .sa besace, et d’écouter les belles rai.sons à l’aide desquelles Jean Fargeot tâchait de pallier l’effet produit par les propos d’Annette. 11 voulait rejoindre la jeune fille et lui offrir quelques paroles sympathiques, si opportunes en pareil cas.

Après ce qu’il venait de voir et d’entendre, il devait plus que jamais effectuer sa visite au Creux-Robert. Il pourrait même, — circonstance à laquelle il emprunterait beaucoup de persuasion, — faire part à Simon du refus si nettement formulé par la jeune filie, et' en

QUATRIEME l'ARTlE.

tirer de victorieuaes conséquences... Tout était pour le mieux.

, Il vit Annette se diriger vers la pleine campagne; et il la suivit de son pas le plus alerte. Mais bientôt , semblant obéir à une subite inspiration , elle se dévia pour prendre une rue qui revenait au cœur du village. 11 la suivit encore, et sans qu’elle l’aperçût. '

Elle arriva sur la place de l’f^glise, et entra dans la maison de Dieu^ le berger ne tarda pas à y entrer, lui aussi.

Elle alla s’agenouiller non dans le banc de lâ famille, qui montrait orgueilleusement le nom de Fargeot incrusté dans son dossier, et qni était placé près du

maître-autel, mais sur une petite chaise blanche abandonnée en quelque coin bien obscur d’une chapelle^ latérale. Elle croisa ses mains, puis sur ses mains appuya son front, et demeura en cette dévote attitude.

Biganche, qui s’était assis derrière une colonne, de l’autre côté de la nef, l’observait attentivement. II y avait dans la pose de la jeune fille tant d’immobilité, tant d’absorption, tant d’oubli de la vie physique, qu’on eût dit une 'de ces prieuses de pierre taillées aux parois des portiques. L’église était presque déserte en ce moment; par les vitraux, en regardant du côté d’Annette, le berger apercevait un pan de ciel morne et pluvieux...

Comme le rire et les pensées folles, la ferveur est communicative; or la jeune fille priait de toute sa ferveur : on le voyait, on le comprenait; l’âme essentiel-

MAI3AMU CLAI DE.

lement contemplative du berger devait être sans peine gagnée : elle le fut. Les yeux attachés sur Annette, qui était devant lui comme un modèle qu’une loi

impérieuse le forçait d’imiter, il se leva, mit la main dans sa besace pour y prendre son chapelet, se' laissa tomber lentement sur ses deux genoux, se signa, et bientôt l’oraison simple, ardente, vraie, que murmu- . rait ses' lèvres, allasse joindre à celle qu’exhalait le cœur de la jeune fille.

Ils prièrent tous deux longtemps, jusqu’au moment où la cloche, à la corde de laquelle vint se pendre le marguillier, sonna pour appeler aux vêpres. Alors ils se levèrent simultanément, comme l’eussent pu faire deux fidèles accotés, et, chacun d’une part, s’acheminèrent vers la sortie. Ils se trouvèrent face à face en arrivant devant le portaiL '

Annette, qui, une heure plus tôt, était venue profondément agitée, les traits bouleversés, le regard voilé de larmes brûlantes, s’en allait maintenant calme, le front tranquille, des yeux libres de pleurs. Elle n’aperçut le berger qu’au moment où, l’ayant devancée vers le bénitier, il lui présenta son doigt mouillé de l’eau sainte. Leurs mains se touchèrent. Ils firent ensemble le signe de la croix, et ensemble fra'nchirent le seuil.

Bricot, qui était en tiers dans cette rencontre, et qui.' avait le récent souvenir des bontés d’Annette, se départit un peu de sa ligne de prédilection ordinaire, et > se mit à marcher à égale distance du pâtre et de la

-A nigitii>atoj£

,QL'.V.TklÙME PARTIE. ' SOT

jeune (ille, — • vuulunt donner à celle-ci une marque, non équivoque de gratitude.

Ils (irent quelques pas sur la- place, puis Annette s’adressant à Uiganche :> '

« Tu étais donc aussi dans Téglise? demanda-t-elle.

— Oui, demoiselle. • >

— Depuis quand?

— J’y suis venu en même temps que vous.

— Ah !... mais les mes.ses sont dites, et les vêpres ne sont pas encore commencées. Tu n’as pas l’habitude d’y venir à cette heure-là.'

— Non, demoiselle; ni vous non plus, je pense.

— C’est vrai ! » fit-elle, avec celte candeur qui était l’apanage de son cœur droit, et avec un léger sourire qui enleva de soit visage le dernier voile de tristesse.

Ils continuaient à marcher ensemble. Annette reprit ■ bientôt :

« Tu m’avais donc suivie?

— Oui , demoiselle. ' • •

— Pendant que je priais, que faisais-tn?

— Je disais , moi aussi , des prières.

— C’est donc que tu avais assistance à demander au bon Dieu , pour des chagrins, des peines?...

— Oui , demoiselle , il y paraît.

— Et as -lu trouvé la consolation que tu cherchais? V

— .Je ne sais pas, moi, demoiselle : c’est vous qui le devez savoir. /

— Comment?. ' ' / - •

UADAME CLAUDE.

— Eh oui ! puisque je priais pour vous , à voire intention.

— A mon intention I Devinais-tu donc celle de ma prière?

' — Non , demoiselle. Mais qu’est-ce que ça fait ? J’avais d’abord entendu les dernières paroles dites par vous à votre père devant les Frossard ; ensuite, vous ayant suivie, je. vous ai vue, triste, vous mettre à genoux; je m’y suis mis aussi, et j’ai dit au bon Dieu en égrenant mon chapelet : « Ce qu’elle vous demande doit être juste et bienfaisant; donnez-lui ce qu’elle vous demande 1 » Voilà. Êst-ce qu’il vous l’a donné, demoiselle?... » , .

.Annette s’arrêta court, saisie d’une vive émotion. Deux larmes jaillies du cœur roulèrent sur ses joues; elle fixa sur le berger ses bèaux yeux pleins de mélancolie, et lui tendant la main :

« Biganche! s’écria-t-elle, tu es un brave hommel bon comme les meilleurs. C’est de toi qu’on peut dire ce qu’on dit des noix Vertes , quand on joue aux devinages : Bien âpre en dehors, mais bien doux en dedans.

— Oh ! demoiselle, vous me surméritez ! » répondit modestement Biganche, en haussant légèrement les épaules pour décliner l’hommage qui lui était.adressé, et en serrant respectueusement la main de la jeune fille.

Bricot, qui avait un peu levé la tête pour voir les marques d’honneur données à son maître, la leva da-

DTgllizecTBy Gôogle

QUATkiiSMK PARTIE.

va litage pour lécher la niaia qu’Annettè laissait retomber devant elle. t .

« Non, reprit la demoiselle, je ne te surmérite point; c’est avec sincérité que je parle, et je veux te le prouver. Écoute-moi, brave ami.

— Je vous écoute, demoi.selle.

— Jusqu’à présent, tu as connu des secrets de mon cœur seulement ce que tu en as su deviner. Aujourd’hui, il n’en sera plus de même, mon cœur te parlera ouvert, et tu sauras tout ce qui est en lui. J’aurai pour toi pleine confiance, plus que pour nulle autre personne. Ce que tu as compris, et dont je t’ai laissé avoir l’assurance, vu que je te savais discret, c’est l’amour porté par moi à Simon. Tu, vois que je ne crains pas de dire les mots. Cet amour, il était grand, bien grand ! Tu n’as pas dû avoir beaucoup de peine à le deviner. Oui, j’aimais Simon. Pourquoi? je ne sais pas. Ce que je sais, et que je ne veux nullement te cacher, c’est que ce matin encore il m’aurait semblé impossible de vivre sans espérer qu’il puisse un jour m’aimer. Maintenant, je suis changée. Simon ne m’aime point, j’en sais bien le pourquoi c’est qu’il aime une autre personne...

— Une autre personne ! oh ! demoiselle 1 pouvezvoûs bien croire des choses pareilles? hasarda le berger.

— Je les crois parce qu’elles sont? répliqua gravement Annette. Ah! je comprends bien, va, que l’amour ne se commande pas; aussi n’ai- je point de

colère contre Simon ; il a disposé de sort cœur pour une autre, comme moi j’avais disposé du mien pour lui. Et cette idée ne m’enjalouse plus. Je ne suis plus la petite ûlle folle qui n’avait qu’un désir, celui d’être aimée malgré tout, en dépit de tout. Tu m’as demandé tantôt si, le bon Dieu m’avait accordé ce que je réclamais de lui. Oui, mon brave Biganche, il a entendu ma prière , soutenue de la tienne : il m’a envoyé la raison, la force. A présent donc, je suis raisonnable, je suis forte. De légère et volonteuse comme une gâtée, je suis devenue réfléchie et retenue comme une femme d’âge. Mon parti est pris. Mon grand-père et mon père ont résolu de me marier ; ils ont trouvé pour moi un épouseur honnête et fortuné .: je me suis récriée , mais j’ai eu tort ; et je vais réparer ma faute. .Ce Vincent Frossard est un brave garçon , que je rendrai heureux comme il le mérite. Je l’aimerai : je m’en sens le courage. Voilà ce que j’ai décidé, ce qui sera fait. Et maintenant merci à toi, Biganche, pour ta bonne affection. Ne pense pas que je sois restée sans comprendre tout ce que tu as tâché de faire pour moi. Tout diiscret qUe tu aies pu être , je t’ai deviné à mon tour, moi aussi. Peut-être même une fois as-tu trop fait!...

— Que voulez -vous dire, demoiselle? demanda vivement Biganche, avec un accent de véritable dignité, et en se redressant.

— Bien, ami; je me trompais, répondit Annette, que le mouvement du berger avait rassurée; rien.

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quatrikmk partie. aai .

mais à l’avenir, fais in’en la pixmiesse, nt; va plus • ' jamais au Creux-Robert en pensant à moi.

— Je vous le promets! dit naïvement Biganche.

— BienI fit Annette; à présent, quitte-moi. Je

rentre. A revoir! » *

Biganche— » et Bricot — laissèrent la jeune fille s’en aller seule.

Quand elle eut disparu :

« Ah! ma foi! s'écria Biganche, cherchant à se persuader qu’il était rentré en possession de sa chère indifférence, me voilà déchargé d’une corvée assez ennuyeuse. En tout cas. Dieu merci! je n’ai rien à me reprocher. C'est bien ! D’ailleurs, ajouta-t-il un instant après, mon plan ne valait rien, rien de rien. Simon m’aurait envoyé promener comme la première fois. A vau-l’eau donc les projets et les tracas! Sans souci j’étais, sans souci je redeviens. Ah! ah! nous allons nous régaler d’une maîtresse bouffarde. En route, mon vieux Bricot, en route. Allons! >n

Et les deux amis, au lieu de se diriger vers le Creux- Robert, comme ils l’eussent fait si aucun événement ne fût survenu, s’en allèrent au long des chemins, par la campagne, d’un côté tout opposé.

La maîtresse bouffarde fut voluptueusement allumée, et le chaud pàrfum qu’elle exhalait voluptueusement savouré.

Biganche cependant ne parvenait pas à s’étourdir ' dans l’extatique jouissance que sa pipe lui apportait d’ordinaire. 11 avait la tête pleine encore de, pensées

étrangères à son absorbante personnalité... et il marchait devant lui, comme pour en secouer l’embarrassant, l’importun fardeau. Voilà qu’en marchant il donna sur une troupe de jeunes filles qui s’ébattaient, rieuses, brayantes , au bord d’une prairie.

« Biganche! voici Biganche ! crièrent-elles à qui mieux mieux en battantdes mains, en sautant de joie. Biganche, mon ami, as-tu ton fifre dans ta besace ?

— Sûrement, mignonnes, mignonnettes; est-ce que'je ne l’ai pas toujours quand il y a vos petites jambes à faire se démener?

— Alors dansons, dansons ! fais-nous danser!

— Oui, ça y est. Mais vous savez qu’on paye pour danser?

^ Attends un peu; il viendra peut-être quelques garçons qui te payeront. '

— Peut-être, mes finaudes, fit le berger en mettant hialicieusement son doigt contre son nez. Peut-être! c’est à moi qu’on dit de ces peut-être. Voyons, y a-t-il, oui ou non, rendez-yous ici?

— Oui, là! dit 'mystérieusement la plus grave à l’oreille de Biganche ; ils vont venir.

— En ce cas, en place!... me voilà sûr d’'être payé. »

Et il préluda ; et les jeunes filles dansèrent seules d’abord, avec les garçons ensuite ; car le mot d’ordre avait été donné, et la troupe des amoureux savait où rencontrer par hasard la troupe des amoureuses.

On dansa jusqu’à la nuit. -L’égoïste Biganche, bien

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rétribué, était réintégré tout entier dans son existence véritable : les affaires d’Annette ne le préoccupaient plUSé

Les Frossard causaient encore avec Jean Fargeot quand Annette rentra.

« Ah I te voilà, tête à l’évent, dit le père.

— Oui, me voilà ; mais cette fois prête à vous obéir, père. Disposez de moi : je ferai tout ce que vous voudrez. Pardonnez-moi, Vincent ; je ne sais où j’avais la tête tout à l’heure : j’étais folle. Mon père, je crois, vous accorde ma main ; moi aussi, et sans arrièrepensée. Prenez-la donc ; soyons mariés. »

Elle prononça ces paroles d’une voix sûre, et la face bien franchement tournée vers ceux à qui elle s’adressait. Cependant, comme si elle eût dépensé toute la somme de ses forces en cette démarche, elle se laissa tomber assise sur un banc, et passa douloureusement la main sur son front pâli.

Madeleine la regardait sans rien comprendre à cette transformation subite.

«Pardieu! je savais bien! je disais bien!.,. » fit Jean Fargeot en se redressant fièrement.

Vincent se leva, prit Annette par la main, et la pria

de se remettre auprès de lui, à la place qu’elle avait quittée. Elle fit ce qu’on lui demandait, en trouvant même un sourire pour Vincent.

On convint que les fiançailles auraient lieu dans la quinzaine, et que la noce se ferait ensuite au terme le plus rapproché.

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