‹ Madame ClaudeChapitre 72 sur 84 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

son aveuglement, et jactancieuse son ivresse du pouvoir, autant fut profonde sa désillusion, et pusillanime sa détresse. '

I Pour demeurer fidèle au rôle qu’elle avait accepté, Madeleine, depuis l’heure de son renoncement, s’était tenue scrupuleusement étrangère à tout acte administratif. Elle dut cependant quitter sa modeste indifférence lorsqu’un jour elle trouva Jean Fargeot se frappant le front avec désespoir, en présence du vieillard qu’il invectivait. Celui-ci ne saisissait plus le sens des outrageantes paroles de son fils; mais, ému autant qu’il pouvait avoir conscience de l’être, tour à tour il pleurait ses larmes stupides, et riait son rire hébété.

« Quoi ? qu’y a-t-il? qu’avez-vous contre votre père? demanda Madeleine épouvantée.

— Ce qu’il y a, ce que j’ai contre lùil s’écria Jean Fargeot ; il y a la ruine de toute la famille. J’ai contre lui ce qu’on peut avoir quand on voit ainsi une fortune compromise, perdue. Il faudra peut-être que j’approuve tous ces emprunts qu’on ne pourra rembourser qu’en vendant les terres. Vous me semblez drôle, vous aussi, par exemple!

— Ne vous emportez pas, Jean Fargeot, reprit doucement la jeune femme. Je ne sais rien des choses qui vous affligent. Vous parlez de ruine, de fortune compromise; instruisez -moi, mettez-moi au courant; ayant renoncé à toute maîtrise ici, je suis incapable de saisir d’abord... >

— Ah ! pardieu ! interrompit le bcau-tils, vous saviez bien ce que vous faisiez en me cédant la maîtrise ; si vous n’aviez pas connu les affaires embrouillées comme elles le sont, vous n’auriez pas été d’aussi facile composition ; d’autant plus encore que votre père, qui vous conseillait, n’ignorait pas votre bon droit... vous non plus. Vous saviez fort bien que jusqu’à ce que la loi en eiit décidé autrement, vous pouviez in’empêcJier d’être quelque chose ici, et que vous pouviez même m’en chasser, étant maltres.se tant qu’il n’y avait pas un tuteur nommé.

— Ah!... Jean Fargeot, je" vous jure bien!... dit Madeleine.

■' — Bon ! bon ! jurez ! l’on sait ce qu’il faut croire de

■ vos serments et de vos gfimaces. Vous m’avez joué'unc fois, ça suffit. Vous vous êtes réjouie à l’idée que j’allais endosser une partie du malheur dopt vous êtes cause, — car c’est par les folles dépen.ses faites à votre intention que mon père s’est endetté, arriéré; — mais, prenez-y bien attention, ayant contre-signe les billets d’abord signés par lui, j’ai droit de me faire payer ensuite si l’on a recours sur moi. Je ne suis pas inquiet quant à ce chapitre... Et si vous ne voulez pas qu’on fasse vendre tout ici, force vous sera bien de retrouver l’argent que vous avez fait disparaître... oui, je deva-s en trouver ici, de l’argent, jé n’en ai point vu ; où est-il?

— De l’argent? où il est?... balbutia Madeleine hors d’elle-même.

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