‹ Madame ClaudeChapitre 77 sur 84 · VI · texte numérisé non relu

VI

A l’heure dite , toutes les personnes convoquées se trouvaient réunies chez Claude Eargeot. L’assemblée était, comme on pent le supposer, fort nombreuse. L’on avait apporté dans, la grande salle tous les sièges de la maison; cependant, la plupart des assistants restaient debout, ceux-ci causant par groupes, ceux-là entourant M. Charbouin, qui prélassait sa rotondité dans un vieux fauteuil, dont il s’était emparé de droit.

« Que va-t-on nous dire ? Que nous veut-on? A quelle fin nous a-t-on mandés ? w Telles étaient les questions que chacun croyait pouvoir adresser à l’huissier, qui répliquait de sa voix flûtée, en ponctuant ses phrases d’une prise lentement humée ou d’un bruyant mouchement :

CINQOIRMK PARTIE.

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« je n'en sais pas plus que vous.... l’on n’a

pas cru devoir me communiquer les choses... nous verrons bien... attendons. »

Simon, arrivé l’un des derniers, avait silencieusement traversé la cohue, pour aller s’asseoir dans l’ombre du manteau de la cheminée, sur un petit escabeau.

Suivi de Bricot, qui dessinait fidèlement sur le carreau les mômes festons que son maître , Biganche rôdait avec des airs d’âme en peine au milieu de tout ce monde. C’était contre sa volonté, bien malgré lui, qu’il figurait en cette assemblée dont le sujet, quel qu’il pût être, lui paraissait très-peu digne d’être connu. En sa haute insouciance de solitaire, il avait résolu, et bien que ce jour-là fût un dimanche, de rester aux champs jusqu’au soir, pour n’avoir aucune occasion d’aller fourrer l’œil ou l’oreille là où il n’avait que faire d’entendre et de voir. Mais, la veille, le père Jivret lui avait dit :

« Mon brave Biganche, demain tu me feras le plaisir de revenir du pacage avant midi , et de te tenir en la maison pour nous être utile. D’abord, comme nous ne voulons entrer dans la salle , nous la famille, que lorsque tout le monde y sera, c’e.st toi que je charge de venir nous avertir dès que tu auras vu arriver tous les créanciers. Tu les connais : tu asété chez eux. Après ça, tu resteras encore là, parce que la Lison ni les autres domestiques ne doivent point être présents, et que l’on pourrait avoir besoin de quelqu’un pour une commission, soit au dedans, soit au dehors : c’est entendu.

3;K) MADAMF. CLAUDE.

— Oui, c'est entendu ; c’est bon !... » grommela Bigaxiche, qui, ne pouvant décliner cette corvée, se - promit bien de l’accomplir avec l’insensibilité d’une statue.

Aussi le voyons-nous aller, venir dans la salle, non pour écouter ou parler, mais dans le simple but d’arriver à constater la présence des gens attendus.

Quand il eut reconnu que le nombre était complet, Biganche ouvrit une petite porte qu’il referma derrière lui, mais qui bientôt se rouvrit pour donner passage A Madeleine d’abord, à Jean Fargeot ensuite, enfin au père livret, qui avait pris sur lui de forcer Jean Fargeot d’assister à cette réunion.

Annette et la Lison avaient été consignées dans la chambre de M. Claude, d’où l’on ne pouvait entendre ce qui se disait dans la salle qu’à la condition d’avoir l’oreille collée à la porte.

Madeleine et Jean Fargeot s’assirent; le père livret resta debout.

Ses maîtres introduits, Biganche gagna prestement, par derrière les groupes, l’abri de la cheminée, s’assit bien rencoigné, en face de" Simon qui ne disait mot et à qui il ne parla pas; puis il tira sa pipe de sa poche, la bourra flegmatiquement, et se niit à la fumer, avec autant' d’impassibilité et d’oubli du monde que s’il ne se fût pas trouvé en présençe de trente personnes, réunies par une circonstance en quelque sorte solennelle.

Un grand silence se fit; M. Charbouin plaça une de

Digifl.

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