CINQUIÈME PARTIR
ses mains ouvertes derrière chacune de ses oreilles pour se constituer deux conques acoustiques, et le père Jivret parla ainsi :
« Braves gens I on vous a mandés tous, sans vous rien faire savoir du sujet de ce mandement ; mais l’heure est arrivée de vous le dire. D’abord vous comprenez que si je vous parle, moi, ce n’est pas en mon nom, mais en celui de M“® Fargeot, ma fille, qui m’a pris pour .son con.seil, mais qui, en somme, agit de son chef. Écoutez donc ce que je vous dis en son nom, étant, elle, trop émotionnée pour pouvoir parler de sa propre parole :
« Claude Fargeot, mon mari, s’est trouvé tout soudainement frappé d’une maladie qlii le met hors d’état de conduire sa maison, et mêine d’y pouvoir aider par aucun de ses conseils. Il m’est donc revenu le soin de prendre sa place. Chacun de vous s’est présenté, portant des papiers signés par- mon mari, et faisant foi qu’il a reçu de vous des semâmes dont vous réclamez à bon droit le payement. J’ai chiffré le montant de toutes les sommes ajoutées l’une à l’autre, et j’ai trouvé que, pour faire honneur à ce nombre d’engagements, il me serait besoin d’avoir en argent la valeur de presque tous les biens que je connais i\ Claude Fargeot. Comment telle chose s’est^elle faite? je n’en sais rien. Jean Fargeot, mon beau-fils, a perdu, lui au.ssi, sa science à deviner ce secret ; il peut vous le dire...
— C’est vrai! n fit Jean Fargeot d’une voix sourde.
331d MADAME CLAUDE.
Le père J ivret reprit, toujours comme interprète de sa fille :
« Si j’étais seule maîtresse en ce cas, vous pourriez être sûrs que je ferais aussitôt la vente de tout ce qui pourrait être vendu, et qu’avec le produit je contenterais chacun de vous. Mais ma position est pleine d’embarras. D’un côté, je trouve la famille de Claude Fargeot, qui pourrait me juger imprudente et peu soucieuse de ses intérêts si je vendais pour vous payer. — De l’autre côté, vous, à qui l’on doit, vous me trouveriez injuste si, pour favoriser la famille, je ne songeais pas à vos réclamations. En vérité donc, ce qu’il y a entre les mains de Claude Fargeot étant à vous, c’est à vous que j’ai voulu demander avis sur le parti qu’il me faut prendre. Ainsi sont les choses : jugez-les, et vous, qui êtes intéressés à les voir sagement terminées, conseillez-moi. Je ferai ce que vous aurez décidé. »
Après une coufte pause, le père de Madeleine ajouta :
« Voilà, braves gens, ce que j’avais à vous dire au nom de ma fille. Maintenant, un mot à mon propre compte. En voyant ici M. Charbouin, vous pouvez croire qu’il y a été appelé pour vous faire quelques propositions de la part de la famille : point! M. Charbouin — je le jure, et il vous le dira lui-même — est venu aussi ignorant que vous tous des choses qui devaient être débattues. Seulement, comme on avait à
vous demander un conseil, et que, non instruits de la