‹ Madame ClaudeChapitre 83 sur 84 · MA DA MH CI.AI’DIC · texte numérisé non relu

MA DA MH CI.AI’DIC

Le notaire vint, et — la famille étant réunie devant le lit de Madeleine — dressa l’acte au bas duquel la petite grand’mère voulut mettre son nom, bien qu’elle pût à peine se tenir sur son séant.

Biganclie, en dépit de son indomptable indifférence, demanda à faire sa croix sur le papier. Annette le lui permit par deux gros et francs baisers.

Puis Simon dut embrasser sa future belle-mère, et aussi Madeleine, qui, peu après avoir reçu ce baiser, fut prise d’une défaillance.

Pendant qu’Annette et Lison la faisaient revenir, Biganche disait :

« Ça n’est rien. Elle est si affaiblie que ce bruit de monde la fatigue; il faut se retirer. »

L’on SC retira en effet. Cependant Lison et la jeune lille restèrent pour passer la nuit auprès de la malade, qui fut très-accablée.

Le matin, au moment où les premiers rayons du .soleil pénétrant dans la chambre y répandirent tout à

Digiliz b Go og le

CINQUIKMH l'AliTlE. 3(il

coup une grande clarié, Aniiftle, qui s’était légèrement assoupie près du foyer, se leva, puis alla vers le fit pour en clore les rideaux.

« O mon Dieu ! s’écria-t-elle en s’arrêtant stupéfaite, après avoir fait les premiers pas.

— Quoi? qu’est-ce? fit la Lison , qui, réveillée en sursaut, accourut tout effarée.

— O'i’as-tu? demanda Madeleine d’une voix faible.

— Rien!... rien!... » répondit Annette, qui s’était tournée vers la Lison, et lui faisait le signe du silence.

Mais la vieille servante, qui allait s’écrier aussi , ne put maîtriser un mouvement de surprise, que Madeleine aperçut.

O Annette, reprit la malade, c’est en me regardant que tu as jeté un cri; et la Lison en a fait autant. Pourquoi? qu’y a-t-il?

— Mais!... firent ensemble les deux femmes.

— Vous ne voulez point parler? Eh bien, donnez-moi un miroir; je verrai moi-même. »

Elles se taisaient encore; Madeleine alors ne .s’adressa plus qu’à la servante :

« Lison, je vous commande de me donner un miroir. Obéissez-moi...

— Oui , notre maîtresse, voilà, » dit la vieille, qui alla prendre une petite glace suspendue à la croisée, et l’apporta.

La jeune femme tendit une main impatiente, saisit le miroir, qu'elle plaça devant elle, et sur lequel ses regards avides se précipitèrent :

«Oïl! n’ayez puinl peur, » dit-elle. J’ai du courage.

D’abord elle ne s’expliqua pas le cri d’Annette et l’ébahissement de la Lison. Elle voyait un visage pâle, il est vrai, mais non décharné; des yeux battus, mai.s non éteints; des lèvres blêmies, mais non livides. En .somme, rien de ce qui annonce la mort prochaine; déjà , môme elle allait rendre le miroir, lorsqu’à son tour elle laissa échapper une exclamation, — mais de simple suq)i’i.se; — puis, après être demeurée un instant à regarder son reliât :

« Eh quoi! n’est-ce que ça? dit-elle avec un doux sourire; — au lieu d’avoir, comme hier, des cheveux blonds, j’ai aujourd’hui sur la tête des écheveaux d’argent. Le bon Dieu ne pouvait mieux s’aviser. Vieille je devais être, vieille il m’a rendue. Merci au bon Dieu!... » Et, en elle-même, elle ajouta ; « Le Seigneur m’avait dit : « Vieillis ton cœur, » et comme j’avais bien souffert pour lui obéir, il a eu peur que je ne me démentisse un jour; et il a vieilli mes cheveux, afin d’empêcher mon cœur de rajeunir jamais! »

Quinze jours écoulés, Madeleine, convale.scente. pouvait se rendre à l’église, où s’accomplissait, sans aucune pompe, le mariage de Simon et d’Annette.

S’ils furent heureux?...

Trois ans plus tard , Simon disait à sa femme :

« Enfin c’est fait! Je viens de décider ton père à vendre les biens ; ça n’a pas été sans peine. Depuis un an, c’est-à-dire depuis la mort de ton grand-père, qui le rendait maître d’agir en son propre nom, je le tourmentais. 11 a cédé. C’est entendu, on vendra, on remboursera. En ces trois ans nous avons sauvegardé la maison, et les meubles, c’est bien joli I Nous louerons des terres qui nous coûteront moins cher que les autres, dont l’intérêt était à payer. Nous serons fermiers, au lieu d’être ainsi propriétaires, et peut-être. Dieu aidant, le redeviendrons-nous petit à petit, mais alors pour tout de bon... Ah mais! ç’a été dur à faire entrer dans la tête de ton père!...

— Que veux-tu ! mon brave Simon, à son âge on ne se change pas; il avait pris coutume de cette appartenance dès sa jeunesse. La chose malheureuse , c’esl que mon grand-père ait eu la manie d’acheter sans avoir de quoi payer.

— Non, mordieu! cette chose n’est point malheureuse, entends-tu, femme? Si M. Claude n’avait pas eu cette manie, je ne serais pas venu chez lui, tout ce qui est arrivé ne .serait point arrivé, et je serais aujour-

Page 1