CHAPITRE V
MADAME l>K MIRAMION PREND LA RÉSOLUTION DE RESTER VEUVE
I. Poursuites contre Bussy. — Le prince île Condé. — II. La baronne de Chantai. — Conseils de Vincent de Paul. — III. Demandes en mariage.— MM. Lecoigneux, Boucherat et de Gaumartin. — IV. Mu« Legras, institutrice des tilles de la Charité.
Je tâcherai de posséder mon Ame en pai \ afin qu'elle possède Dieu. •
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Au retour de mon enlèvement, a dit M"" de Miramion dans un récit qu'elle a l'ait de sa vie pour son confesseur, et avec cette modestie et cette réserve qu'elle mettait toujours à parler d'elle), je fus malade à la mort et reçus l'extrême -onction . Cependant Dieu permit ma guérison.
Je poursuivis alors en justice M. <!<' Bussy pendant deux ans; puis j£ lui pardonnai en vue de Dieu1.
1 Récit rapporté •> l'Appendice, parmi les écrits de M"1" de M raraion.
Mais elle lui avait pardonné même avant de le poursuivre; car nous savons, et par M. de Bussy lui-même, qui l'a dit dans ses Mémoires, que si la justice informa, ce ne fut qu'à la requête de M. de Rubelle et contre la volonté de sa sœur.
Dans ses dépositions, elle ne voulut pas faire de serment , et se montra toujours aussi favorable au coupable qu'elle le put, sans trahir la vérité.
Plusieurs fois elle supplia sa famille de pardonner comme elle au comte. Mais on était d'autant moins disposé à céder à ses instances , que depuis cette tentative elle se montrait plus rebelle que jamais à toute proposition de mariage.
Cependant, dès que le prince de Condé eut écrit aux parents de Mme de Miramion une lettre aussi polie que pressante, dans laquelle il demandait grâce pour Bussy, on eut égard aux sollicitations d'un héros qui, par la victoire de Lens1, venait encore une fois de sauver la France, et les poursuites furent suspendues. Mais lorsque Condé et Bussy, tous deux du parti de la cour, tirent la guerre au parlement et à la Fronde, les familjes Bonneau et de Miramion, toutes deux parlementaires de race et de cœur, reprirent les hostilités, et ne s'apaisèrent qu'en apprenant, par leur ami commun, M. Mole de Champlatreux, la généreuse protection
1 Victoire pour laquelle un Te Deum lut chanté à Notre- Dame, le 7 ;toût 1648.
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que Bussv venait d'accorder, dans cette guerre de représailles, au château de Rubelle, terre considérable que possédait Mm de Miramion auprès de Melun, et qu'on avait voulu incendie!
Cette noble conduite fit tomber aussitôt toute animosité et cesser contre lui les poursuites commencées, mais à une condition toutefois, que M. de Bussy n'a pas cru devoir mentionner dans ses Mémoires : c'est qu'il promettait de ne jamais reparaître devant M"'e de Miramion. ((Quelque humiliante que fût cette promesse, il la fit cependant, dit Choi>\ . el il y resta fidèle. »
Ainsi s'acheva cette audacieuse aventure; nous l'avons racontée avec détails parce qu'elle nous a paru reproduire fidèlement le caractère et les mœurs d'une époque qu'on se montre curieux de connaître aujourd'hui.
Sans doute, pour M. de Bussy, ce ne fut qu'un épisode de plus au milieu de sa vie galante; mais dans l'existence de celle qui venait d'en être victime, cet événement devait avoir une intluence décisive.
Revenue à la vie, et non point a la sauté, après la maladie si grave qu'elle venait d'éprouver, Mm" de .Miramion fut condamnée, par une convalescence pénible, à garder longtemps la chambre. Mais, durant les longues heures de souffrances qui affaiblissaient son corps, son esprit, actif et toujours élevé verja Dieu, sut puiser <l<m> la réflexion une fermeté et une con*stance de résolution qui lui
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avaient manqué jusque-là, et qui devaient rester désormais le trait distinclif de son caractère.
« Souvent, lorsqu'un accident interrompt ainsi subitement le cours de notre destinée, notre âme, étonnée du coup qui la frappe, semble d'abord douter d'elle-même, et l'altération qu'elle éprouve réagit sur tout ce qui nous environne. Le monde nous apparaît sous un nouvel aspect; toutes nos illusions s'évanouissent.
« Dans nos longues rêveries, nous soumettons alors à un nouvel examen nos idées, nos opinions et même nos affections. Nous interrogeons nos souvenirs, et le passé se montre sons un jour tout nouveau.
« Il semble qu'après avoir terminé toute une existence, avant d'en recommencer une antre et de s'élancer vers un douteux avenir, on éprouve le besoin d'examiner autour de soi le sol sur lequel on se trouve transporté, et les écueils qu'il faudra surmonter dans cette nouvelle carrière où le sort nous précipite.
«Cettenécessité réveille souvent en nous une puissance de réflexion, une force de résolution que nous n'avions pas connues; notre nature même semble changée. On a vu des personnes soumises aune telle influence acquérir tout à coup, comme par un don surnaturel, les qualités et les vertus nécessaires à leur nouvelle vie. Ces heureuses et étonnantes métamorphoses sont peut-être encore plus fréquentes et plus remarquables chez les femmes que chez les
hommes. Quelque timide que soit une femme, il est rare qu'elle ne surprenne pas ceux qui la connaissent par une énergie et une présence d'esprit propres à la tirer des crises les plus difïiciles, lorsqu'un sentiment profond l'anime, et surtout lorsque ce sentiment est l'amour maternel1. »
Telle fut L'influence qu'exerça sur l'esprit de M"" de Mira m ion la cruelle épreuve qu'elle venait de traverser.
Elle s'interrogea longuement, et trouvant toujours vivante dans son cœur la flamme qu'y avait allumée l'amour conjugal, elle résolut d'en reporter désormais toute l'ardeur sur sa fille et vers Dieu.
Dieu seul, en effet, pouvait occuper et guérir cette âme, portée vers lui dés sa naissance, et que les affections humaines avaient blesser déjà -i cruellement. Nul antre sentiment, nul autre amour, elle le sentait, ne pouvait renaître en son cœurel y efface*r l'image de M. de Minimum. Sa vie entière ne devait plus être qu'un souvenir de lui , et une espérance en Dieu.
« Considérant alors tout ce qui s'était passé comme un avertissement du Ciel, •> toutes ses hésitations, hmte- ses faiblesses cessèrent, et la résolution de ne jamais se remarier qu'elle n'avait point encore osé prendre, fut des ce moment irrévocablement arrêtée dan- son esprit.
' Réflexions de M. Walckcnaer sur M »l • Miramion dans la
Vie de .1/""' de Sâvignê.
78 MADAME DE MTRAMION.
A peine sa santé était-elle rétablie, qu'on fit courir le bruit autour d'elle que M. de Bussy, honteux de sa déconvenue, voulait essayer de l'enlever de nouveau. Mmede Miramion , saisissant ce prétexte, supplia sa famille de la laisser se retirer pour quelque temps au couvent de Sainte-Marie.
Rien n'était plus habituel alors, parmi les femmes du monde, que ces retraites spirituelles dans quelque maison religieuse; et le couvent des filles de la Visitation de Sainte -Marie, dans la rue Saint- Antoine, était particulièrement adopté pour cela par les dames de la cour.
C'était sous les cloîtres de ce monastère que naguère encore la vertueuse Lafayette était venue ensevelir à jamais cette beauté, cette jeunesse et cette pureté d'âme, qui avaient si profondément touché le cœur de Louis XIII. C'était à la grille de son modeste parloir que ce roi trop faible, mais malheureux, avait passé de longues heures près de l'humble religieuse, la suppliant de demander à Dieu la guérison d'un amour qu'il ne pouvait oublier.
La famille de Mmc de Miramion, au milieu des troubles que la Fronde excitait à Paris, craignant véritablement quelque nouvelle tentative de la part de Bussy, consentit sans peine à ce qu'elle se mît pendant quelques mois à l'abri derrière les hautes murailles de Sainte-Marie.
Après avoir embrassé sa fille, qu'elle confiait à la sollicitude dévouée de sa belle-mère, Mme de Mi-
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ramioD courut s'enfermer avec joie dans cet asile, dont la paix profonde et la sainte austérité devaient répondre si pleinement à tous les besoins de son cœur.
Quelle âme fatiguée du monde, quel cœur plié sous la douleur n'a pas envié le silence et le calme pénétrant de ces saintes retraites, que les bruits i t les soucis de la terre ne viennent plus troubler?
L'ordre de la Visitation, inspiré par saint François de Sales, et fondé à Annecy en 1610 par la baronne de Chantai (grand' mère de .M"" de Sévigné , n'avait été établi par elle à Paris que vers 1 Gt2'> ; il \ «lait donc relativement nouveau, et les pieuses filles qui le composaient étaient encore toutes remplies de l'esprit de leurs saints fondateurs, c'està-dire de ce zèle et de cette charité aimable qui gagnent tous les cœurs.
De plus, la maison qu'il occupait dans la nie Saint-Antoine avait reçu, peu d'années auparavant > la dernière visite de la réi («rende mère de Chaulai; « et tout dans ses murs conservai! encore comme la bonne odeur du passage et des vertus de cette saiiiit1 femme'. »
1 M"1 <l<i Chantai, à la prière d'Anne d'Autriche, vint pa à Paris quelques semaines du mois de novembre 1641, el o'esl en retournant à Annecy qu'elle tomba malade, et mourut ï
Comment une âme aussi naturellement éprise de piété que l'était celle de Mmc de Miramion n'eût-elle pas été touchée par tant de pieuses séductions?
Aussi, tout lui plut dans la vie religieuse, et bientôt elle en aima jusqu'aux austérités et aux humiliations. L'oflice divin, surtout, faisait ses délices. Il est vrai de dire qu'on lui avait enseigné le latin, pour cela seul que c'était la langue de l'Église, et qu'elle pouvait ainsi comprendre toutes les beautés de notre liturgie.
Chaque jour elle suivait avec une exactitude scrupuleuse tous les exercices de la communauté, et le temps qu'elle ne consacrait pas à la prière, elle le passait d'habitude à lire ou à méditer. L'Évangile et la Vie des saints étaient ses lectures familières. Mais parmi les vies édifiantes qu'elle aimait à se proposer pour modèles, aucune ne l'attirait à la vie religieuse plus irrésistiblement que celle de la révérende mère de Chantai. Elle y trouvait, avec sa propre existence, ses chagrins et ses aspirations, des analogies qui la touchaient et lui donnaient le désir de l'imiter en tout.
La vie de sainte Chantai offre, en effet, avec celle de M,ne de Miramion, quelques points de ressemblance, qui permettent de croire qu'elle a servi d'exemple à celle-ci dans la voie (pi 'elle a suivie plus tard. A
Moulins, le 13 décembre suivant. (Vu de sainte Chan lai , par M"" de Coligny. )
MADAME DE MIHAMIoV *1
ce titre, nous en esquisserons rapidement ici quel
ques (rails.
Françoise Frémiot, fille d'un président à mortier de Dijon et sœur de l'archevêque de Bourges, fut, dès son enfance, un modèle de piété . Ayant perdu sa mère de bonne heure, elle reporta toute son affection sur son père, qui, après l'avoir élevée avec le plus grand soin, la maria à vingt ans à messire Christophe de Rabutin, baron de Chantai. Au moment où elle commençait à goûter dans cette union tout le bonheur que donnent une estime et une affection réciproques, M. de Chantai mourut subitement d'un coup de feu reçu a la chasse, de la main d'un ami maladroit.
En apprenant ce malheur, Mme de Chantai, folle de douleur, courut à l'endroit où son mari venait de tomber expirant. Et comme, agenouillée près de lui, elle le pressait dans ses bras en s' écriant : « Seigneur! prenez tout ce que j'ai au monde; mais laissez -moi l'époux que vous m'avez donné ! n \l. de Chantai, avec ce calme sublime el cette résignation virile que la loi seule peut inspirer en face de la mort, lui dit: a L'arrêt du ciel est juste, Madame, il le faut aimer el mourir. — Non, non, il faut vivre! o s'écriait-elle encore. « Ah! Madame, murmura-t-il, respectons Tordre de la Providence; » et il expira en pardonnant à celui qui l'avait tue.
Veuve ii vingt- huit ans, .M" de Chantai distribua sur l'heure ses plus riches habits aux pauvres, et-
s'ensevelit dans la retraite, voulant désormais consacrer sa vie à Dieu et à ses enfants. Quelques années après, elle eut le bonheur d'entendre prêcher à Dijon, et de voir ensuite chez M. Frémiot, son père, le célèbre évèque de Genève , François de Sales. Mme de Chantai , comme l'avaient éprouvé Henri IV, Richelieu, Vincent de Paul et tous ceux à qui il avait été donné d'entendre et de voir de près le saint prélat, fut profondément touchée de « cette exquise douceur que Dieu avait répandue en son âme, en son visage, ses yeux et ses paroles ' » , et qui faisait, a dit le baron de Gusy, qu'on ne pouvait le voir, sans qu'il répandît la dévotion dans le cœur.
Bientôt elle obtint qu'il dirigeât sa conscience. Sous un maître si habile dans la piété, ses progrès devaient être rapides; aussi, après avoir marié sa fille aînée et vu entrer en religion les deux autres, nesongea-t-elle plus qu'à se donner elle-même tout entière à Dieu. Se jetant aux genoux de son père, elle le supplia de lui permettre de se faire religieuse, et lui demanda de se charger de son fils, qui avait quinze ans; le vieillard, comprenant à quelle vocation irrésistible Mme de Chantai obéissait, répondit en pleurant : « 0 mon Dieu! il ne m'appartient pas de trouver à redire à ce que vous m'ordonnez ; mais il m'en coûtera la vie! Cependant, Seigneur,
i Lettres de Mme de Chantai, et Vie de cette sainte, par Mme de Coligny, sa petite-fille.
je vous l'offre, cette chère enfant, recevez-la et me consolez! o puis il lui donna sa bénédiction. Elle allait partir, quand son fils vint se coucher en travers devant la porte en criant : « Je suis trop faible, Madame, pour vous retenir; maisau moins sera-t-il dit que vous avez passé sur le corps de votre fils unique pour l'abandonner. » Mme de Chantai, attendrie, pleura longtemps, mais passa, disant: « Je quitte mon père et mon lils pour jamais; mais je trouverai Dieu partout. »
Depuis ce jour, en effet, trouver Dieu et le servir, fut l'unique vœu de cette sainte, qui, pour le glorifier même après sa mort, nous a légué l'ordre de la Visitation, dont l'utilité, la ferveur et la régularité n'ont pas cessé d'édifier le monde jusqu'à ce jour.
Entraînée par un si noble exemple, et séduite de , plus en plus par cette paix du cloître, qu'elle goûtait san> mélange à Sainte-Marie, .M"" de Miramion, comme elle nous l'apprend dan- ses Confession*, « s'occupait à des pensées d'être religieuse, el songeai! encore à se \^\vo carmélite dans quelque province éloignée où elle tut inconnue. »
M;us, quand au lieu d'un tils de quinze ans, syn imagination lui montrait, couchée devantsa porte, sa petite Marie, tendant vers elle ses mains débiles, tout son être tressaillait d'amour el se fondait en tendresse maternelle. Elle fermait alors ses bras sur sa poitrine, comme si elle eût voulu y retenir a jamais ee vivant souvenir de celui qu'elle avait tant
aimé. Devant cette barrière si fragile, mais infranchissable, tous ses projets de retraite monastique „ s'évanouissaient comme un rêve, et elle sentait que son premier besoin, comme son premier devoir, était de se dévouer d'abord à cette enfant, dont elle avait à fortifier l'âme aussi bien que le corps, contre les difficultés de la vie.
Au milieu de ses perplexités, Mme de Miramion demanda conseil au vénérable et saint abbé Vincent de Paul, qui, bien qu'Agé de soixante-treize ans, et accablé par tous les soins que demandaient les œuvres nombreuses qu'il avait créées, était encore directeur du couvent de Sainte -Marie. Ce digne serviteur de Dieu, dont on pouvait dire, comme de son ami M. de Bérulle, « que son seul aspect inspirait la vertu, » l'encouragea vivement dans la détermination qu'elle avait prise de sanctifier son veuvage par la piété. Mais il la dissuada d'entrer en religion , . en indiquant à sa foi et à son dévouement un autre but, qui, tout en conciliant et ses devoirs religieux et les soins qu'elle devait à sa fille, pourrait rendre sa vie dans le monde aussi méritante devant Dieu , en même temps que plus utile aux yeux des hommes.
Ces sages conseils devinrent dès cet instant la règle de sa conduite ; et digne élève de saint Vincent de Paul, elle ne retint de son inclination naturelle que le feu sublime de la charité chrétienne.
Elle avait toujours été d'une bienfaisance admirable; mais au contact de ce cœur qui était le foyer
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même de toute charité, ce sentiment grandit encore en elle, et devint dans la suite l'âme et comme la passion de toute sa vie.
La première satisfaction qu'elle résolut de se donner, dès qu'elle rentrerait dans le monde, fut de s'y dépouiller, comme L'avait fait sainte Chantai , de ses plus riches vêtements , d'abandonner ses meubles somptueux, ses carrosses et tout ce luxe inutile et d'apparat, qui l'entraînait à de si grandes et si stériles dépenses. Mais ce n'était pas assez encore, elle voulait aussi se dépouiller elle-même, et devenir l'humble servante des pauvres.
Déjà trois mois s'étaient écoulés depuis son entrée à Sainte-Marie; trois mois qui avaient passés calmes et rapides comme trois journées heureuses. C'était le terme qu'elle-même avait assigné d'avance à cette retraite. Aussi, quand ses frères et M. de Choisy, qui ne pouvaient vivre sans la voir, vinrent la supplier de revenir au milieu deux, obéit-elle sans résistance. Le besoin de revoir sa tille, et l'espoir de lui être utile, l'y portaient d'ailleurs d'ellemême.
Bile partit doue, vivement regrettée de toute la communauté, pour laquelle elle avait été, pendant trois mois, un sujet d'admiration autant que de respect. Chacun reçut d'elle quelque marque d'affection, et le prix de si pension au couvent lut un témoignage magnifique de si reconnaissance et de sa libéralité.
Abu-, tout en quittant volontairement cette sainte
demeure, que de fois encore ne tourna-t-elle pas ses regards attristes vers l'autel dont il lui fallait s'arracher î Elle gardait dans son cœur sa vocation tout entière, et son seul espoir était de se faire, au milieu d'elle-même, une solitude intérieure et secrète , où le monde ne pourrait la troubler.
Dès qu'elle fut rentrée dans sa famille, son premier soin fut de s'occuper des intérêts de sa fille avec son tuteur, M. le président de Pontchartrain \ cousin germain de M. de Miramion. « Celui-ci, reconnaissant bientôt, dit Choisy, toute la sagesse et toute la maturité de jugement de cette mère dévouée, ne crut point avoir besoin de se mêler beaucoup de ses affaires, et lui laissa le soin de remplir la plupart des fonctions de cette tutelle. »
Mrae de Miramion avait alors près de vingt ans, et les quelques années qu'elle avait passées dans la retraite n'avaient fait qu'ajouter à sa beauté. Son visage, en prenant une légère plénitude, avait acquis une pureté de lignes plus grande ; sa taille et toutes ses attitudes, avec plus d'assurance, avaient gagné plus de grâce et de dignité; enfin ses yeux, moins voilés de tristesse, laissaient mieux paraître l'exquise
1 Jean Phélipeaux, chevalier, seigneur rie Pontchartrain , pré aident de la chambre des comptes, fils de Paul P. de Pontchartrain, et d'Anne de Reauharnais do Miramion.
pureté de son àme. A ces avantages extérieurs Dieu avait ajouté tous les dons qui inspirent l'affection : un caractère aimable et toujours bienveillant, une bonté sans limite et par- dessus tout une sérénité inaltérable, qu'elle devait à l'élévation de ses pensées.
On ne pouvait la voir sans l'admirer, ni la connaître sans l'aimer et souhailer son estime. Ses frères, sa famille, les personnes qui composaient l'intimité de l'hôtel de Choisy, tout le monde avait pour elle autant d'affection que de respect.
Ce fut le moment de sa vie où on la pressa le plus de se remarier. Parmi les nombreux gentilshommes qui sollicitaient sa main , M. de Rubelle lui présenta d'abord M. le président Lecoigneux, marquis de Plailly1; et, en second lieu, M. le conseiller Boucherat, chevalier, seigneur de Compans, qui devait être plus tard chancelier et garde des sceaux de France2; c'étaient l'un et l'autre des partis excellents et pleins d'avenir à la cour. « Mais elle ne voulut écouter aucune proposition \ )>
La famille de Choisy, qui entretenait depuis longtemps d'autres espérances de mariage pour elle, ne voulut voir dans ces refus que de la répugnance pour les personnes, et se flatta de lui faire épouser
1 Jacques I»' Coigneux, marquis de Plailly, de Montmélian «m il«* Mortfontaine, président aui enquêtes.
'' Louis Boucherat, conseiller au parlement, intendant en Bretagne, conseiller d'État, puis chancelier.
'• Choisy.
M. de Caumartin, cousin germain de son mari. Ce seul espoir comblait de joie les deux familles, qui, également riches et influentes, désiraient vivement cette seconde alliance entre elles.
M. de Caumartin x et M. de Miramion avaient été élevés ensemble sous les yeux de M. de Choisy, leur grand -père; et tous les deux, partageant les mêmes études et les mêmes jeux, avaient grandi au milieu des mêmes affections, sans jamais s'être séparés. Leurs goûts , leurs aptitudes étaient les mêmes, et leur amitié l'un pour l'autre était toujours restée aussi vive que sincère. La mort prématurée de M. de Miramion fut leur première et suprême séparation. On vit alors éclater dans toute sa force le dévouement et l'affection de M. de Caumartin; car jamais ami, jamais frère, ne pleura plus sincèrement son frère et son ami.
Mais le temps avait passé, et M. de Caumartin, confident et témoin du bonheur de son cousin, n'avait pu le voir sans l'envier, et encore moins connailre MI,U' de Miramion sans l'apprécier et sans l'aimer.
Son respect pour la mémoire de M. de Miramion , et la tristesse dans laquelle il voyait sa veuve plongée, avaient seuls retenu jusque-là l'aveu qu'il brûlait de lui faire.
i Louis-François Lefèvre, chevalier, seigneur de Caumartin, maître des requêtes et conseiller d'État, ami du cardinal de Retz et de M"i^ de Sévigné-, hls de Louis L. de Caumaitin et de Madeleine de Ghoisy.
MADAME DE MIRAMION. #.i
Enfin , un jour, encouragé par sa famille, et enhardi par l'air plus résigné que montrait M"1' de Miramion, il alla la trouver dans le jardin à l'heure où il savait qu'elle y était seule avec sa fille. L'enfant, dès qu'elle aperçut M. de Caumartin, lui tendit les bras, et, comme en la lui donnant à embrasser, la jeune mère le regardait avec une affectueuse confiance, il osa lui avouer ses sentiments, et la supplier au nom de cette enfant qu'il aimait déjà comme un père, de l'accepter pour époux.
.M"" de Miramion voulut l'arrêter, lui apprendre la résolution qu'elle avait prise; mais, en entendant les paroles bridantes qui s'échappaient malgré lui de ses lèvres, le souvenir de son mari se ranima dans son cœur, et, troublée, émue jusqu'aux larmes, elle demeura sans parole, n'ayant plus de forces que pour saisir sa fille dans ses bras, et s'enfuir avec elle dans sa chambre, où elle éclata en sanglots.
Cependant elle avait pressenti depuis longtemps de quelle nature étaient les sentiments qu'elle avait inspirés à M. de Caumartin. Ses regards, sescares» à 9a fille, tout les lui avait révélés cent fois. Mais comme elle n'avait jamais laissé échapper une occasion de manifester devant luison éloignemenl pour un second mariage, «'lie avait espéré qu'il renoncerait peu à peu à l'idée de l'épouser, et que ses sentiments, en devenant plus désintéressés , resteraient pour l'avenir ceux d'une fraternelle amitié.
M. de Caumartin, au contraire, qui était plus
épris d'elle que jamais, en la voyant s'éloigner tout en pleurs, mais sans courroux, avait interprété son silence de la manière la plus favorable à ses désirs. Transporté de joie, il était allé confier ses espérances à M. de Choisy, et celui-ci, les partageant aussitôt, demanda à Rome les dispenses que leur parenté rendait nécessaires, afin que le mariage pût être célébré sans retard, dès que la belle veuve y aurait donné son consentement.
Sans doute, si la pensée d'un second mariage eût pu naître dans le cœur de Mme de Miramion, c'est à M. de Caumartin qu'elle eût accordé sa main. Elle savait combien il était aimé de toute sa famille, et, de son côté, elle n'avait pu le connaître si longtemps sans apprécier ses rares qualités, et lui donner toute son estime.
M. de Caumartin avait, en effet, tout ce qu'il faut pour plaire,. aussi bien que pour attacher. « C'était, a dit le duc de Saint-Simon, qui n'était pas un flatteur, un grand homme, beau, bien fait, fort capable dans son métier de robe et de finance ; qui savait tout en histoire, en généalogies, en anecdotes de cour; avec une mémoire qui n'oubliait rien de ce qu'il avait vu ou lu. De plus, il était fort du grand monde, avec beaucoup d'esprit, obligeant et fort honnête homme. »
Mme de Miramion, en parlant de lui dans ses Confessions, avoue aussi « qu'il lui fallut une grande force pour résister à ses sollicitations. »
Mais Celui qui l'avait choisie dès longtemps pour
MADAME DE MIRAMIOX i»1
son épouse, ne pouvait permettre que ce cœur, digne de lui seul, fût partagé désormais avec aucune créature.
Sa résolution demeura donc inébranlable. Le courage d'affliger ceux qu'elle aimait lui manquait seul, et retenait encore sur ses lèvres le refus qui devait leur causer tant de peine.
« Dans Sci faiblesse elle eut recours à Dieu , et le pria avec larmes de lui faire connaître sa volonté. »
C'est le propre des âmes pieuses, dans les conjonctures difficiles de la vie , de sentir le besoin de s'entretenir conlidentiellement avec Dieu, d'écouter ses inspirations et de les suivre!
8 La prière de M"" de Miramion fut exaucée, et le jour do Noël 1 6 ïH , comme elle était en prière devant le saint Sacrement dans l'église Saint-Nieolas-des- Champs, elle crul entendre Dieu parler à son cœur, et lui dire ini 'rieurement :
« Vous venez m 'adorer, enfant; mon abaissement n'est-il pas une marque de ma toute-puissance? Ne puis -je pus \<>u< soutenir dans tous les états ou je veux que vous soyez? Pourquoi donc tardez-vous tant à vous donner tout a moi, moi <|iii nu1 donne tout à vous ! )>
a Cette voix lui saisit si tort le cœur, qu'elle demeura tout absorbée en Dieu pendant plus de deux heures, et ne revint a elle que lorsqu'on vint l'avertir qu'on allait fermer l'église.
« Huit jours après, le 6 janvier 1649, jour des
Rois, comme elle était encore dans la iném<Y église,
92 MADAME DE MIRAM10N.
devant le saint Sacrement, et dans l'indécision de ce qu'elle devait faire, elle demanda à Dieu ce qu'elle pouvait lui donner en souvenir de ce jour, où les rois lui avaient offert ce qu'ils avaient de plus précieux; » et bientôt, se sentant tout émue, elle crut entendre :
« C'est ton cœur que je veux, et qu'il soit à moi sans partage. »
« Elle eut en même temps comme une perception vive et pressante de ce que Dieu voulait d'elle, et demeura ensuite plusieurs heures presque en extase. » Plus tard, son confesseur l'ayant interrogée à ce sujet. On sent bien, lui répondit- elle, quand c'est Dieu qui parle, par V impression que cela fait sur le cœur.
Obéir à la voix qui l'appelait, et s'avancer rapidement dans la voie de la perfection chrétienne, devint dès lors l'unique désir de Mmede Miramion. Dans ce but, « elle prit pour directeur M. l'abbé du Festel, prêtre habitué de Saint-Nicolas-des-Champs, homme sévère, et dont les doctrines n'étaient pas suspectes. »
D'après ses conseils , elle ouvrit son cœur à sa bel le- mère, qui avait toujours été pleine de bonté pour elle, et, après lui avoir fait connaître l'engagement qu'elle avait pris avec elle-même, elle la chargea d'apprenlre à M. deCaumartin et à sa famille l'unique cause de son refus l.
1 M. de Caumartin regretta longtemps cette décision et ne consentit à se marier que cinq ans après. Il épousa Marie-Urbaine
Mmt de Miramion, qui pleurait toujours la mort de son fils, devait pardonner plus que personne à sa belle-fille de ne pouvoir oublier un tel époux. Cependant elle crut devoir combattre d'abord une résolution précipitée; mais, la trouvant toujours aussi résolue, elle lui promit de faire connaître elle-même sa pieuse détermination.
Comprenant ensuite tout ce que la position d'une si jeune femme devait avoir d'embarrassant vis-àvis de M. de Caumartin, surtout après l'aveu qu'il lui avait fait, et demeurant dans la même maison, sa belle-mère lui proposa de se retirer de nouveau dans un couvent. Elle espérait que pendant son absence, M. de Caumartin et ses parents s'habitueraient à l'idée de son éternel veuvage, et la reverraient ensuite avec moins de peine.
M"" de Miramion accepta celle offre avec reconnaissance, et le 19 janvier 1649 elle entra, sur la recommandation de l'abbé du Festel, dans la communauté des Sœurs grises.
Cette maison, établie en 1 6 12 , par M. Vincent, auprès de Saint-Lazare, avail été fondée et était
de Sainte-Marthe, qui mourut en 1654, en lui donnant an iil>. Il resta veut "pendant <lix ans, et Fléchier. préeepteui de BOB Ois, lit une élégie sur sa résistance à l'amour, Enfin, en 1664 . il épousa ''ii secondes noces Catherine - Françoise de Verthamon.
94 MADAME DE Ml RAM ION.
encore dirigée par Louise de Marillac, veuve de M. Legras ( secrétaire de la reine Marie de Médicis), pieuse femme, qui a coopéré avec le plus grand zèle à toutes les œuvres créées par Vincent de Paul.
Mlle Legras, ainsi qu'on l'appelait ( parce qu'il n'y avait encore que les personnes nobles qui portassent le nom de dames, et que les autres, même mariées, conservaient celui de demoiselles], avait commencé par recueillir clans sa propre maison, dans la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet1, quelques filles pieuses, qui, sous la direction et l'inspiration de l'abbé Vincent, se vouèrent avec elle au service des pauvres, et se formèrent peu à peu en une petite communauté, sous le nom de Filles de Charité, servantes des pauvres. Maison les appelait plus communément Sœurs grises, en raison de la couleur de leur vêtement.
Avant de les constituer ainsi en communauté , M. Vincent avait beaucoup hésité, longuement réfléchi, et souvent prié Dieu de l'aider; car il s'agissait de créer là une chose toute nouvelle alors dans l'Église.
Jusqu'à ce jour, les femmes réunies en congrégation avaient été défendues contre les distractions , les regards et les séductions du monde, par les murs de leurs monastères, et par leur retraite même; mais n'était-ce pas une nouveauté étrange, et en
1 M"c Legras prononça la formule de sa consécration le 25 mais 1684.
quelque sorte téméraire, que de vouloir tonner une communauté de pauvres jeunes filles qui n'auraient d'autres vœux que leur conscience, d'autres voiles que leur modestie, et d'autres clôtures que les rues où devaient les appeler sans cesse leurs charitables offices.
En présence de toutes les difficultés que présentait l'exécution d'un tel projet, de tous les dangers, des scandales même qu'il était bien permis de craindre, quel homme, s'il n'eût été inspiré par Dieu , n'eût pas hésité ?
Aujourd'hui que cette institution est heureusement réalisée, consolant et édifiant le monde chrétien tout entier par les miracles incessants de sa charité; aujourd'hui que le nom de saint Vincent de Paul est béni de tous, dans chacune des saintes filles qui continuent son œuvre, cette création parait toute simple; mais qu'elle était loin d'avoir le même caractère aux yeux de ses contemporains!
Peu d'années cependant suffirent pour montrer tout le bien que pouvait faire cette œuvre modeste; et bientôt elle eû( de si nombreux prosélytes, que, la maison de M11, Legraa étant devenue insuffisante,
l'abbé Vincent eut la satisfaction d'établir celte
communauté dans de plus vastes bâtiments auprès de Saint-Lazare.
C'est à ce momenl qu'on avait commencé à \
admettre quelques darnes pour faite des retraites spirituelles; et M1" la présidente Goussault, Ml amy, tille d'un administrateur de l'hôpital général, et
M,ne de Miramion, furent les premières à en profiter. « Mlle Legras les reçut à bras ouverts, » dit l'abbé deChoisy. Mais le patronage bienveillant, les soins et les libéralités constantes de ces dames pour les Filles de Charité, contribuèrent aussi beaucoup au succès de cette institution; il est donc juste de les en considérer comme les premières bienfaitrices.
Depuis lors, la Providence, qui dans ses admirables desseins avait sans doute marqué l'heure de cette nouvelle création, n'a plus cessé de la couvrir d'une protection spéciale , la faisant plus forte que les révolutions et les attaques, afin de l'opposer encore de nos jours, apologie vivante de l'Évangile, aux détracteurs de la foi.
Pendant que Mme de Miramion suivait, avec toute la ferveur dont elle était capable, cette première retraite chez MUe Legras, que voulut prêcher luimême M. Vincent, elle reçut de Dieu comme un nouvel avertissement.
« Dans la nuit du 18 au 19 janvier 1649, a-t-elle <( écrit plus tard sur l'ordre de son confesseur, « entre deux et trois heures du matin, étant en (( retraite chez MUe Legras, et couchée, il me sembla « qu'on me donnait un coup assez fort sur l'épaule. a Je m'éveillai en disant : Je m'en vais, croyant que « c'était une sœur qui était venue m'éveiller pour « descendre à la chapelle. En ouvrant les yeux, je «. vis une grande lumière dans mon lit, comme aua raitfait le soleil ; je fus fort surprise, croyant qu'il
« était forl tard; j'entendis une voix qui me dit du « fond du cœur : « Ne t'étonne pas, c'est moi qui a suis ton Seigneur et ton Maître. » Je me jetai à « genoux sur le lit. « Ne cherche plus ma volonté, et « n'en sois plus en peine; je t'assure que je te veux « tout entière, sans partage, ton cœur n'est pas « trop grand pour moi. Je veux que tu sois toute à <( moi, que tu ne t'occupes que pour moi; je serai « ton époux, et toi mon épouse; engage- toi à l'être. « Renonce aux faux plaisirs; tu auras des peines, « sois fidèle à les dire , et elles ne te feront point de « mal ; j'aimerai ton humiliation , je serai au milieu a de ton cœur : ne diffère plus, le temps est venu, « c'est ma volonté. »
« J'adorai Dieu et sa miséricorde, et le remerciai « de m'avoir tirée de l'état pénible où j'étais, en a me faisant connaître sa volonté. Il me prit alors « une grande défiance de moi-même; mais il me « sembla que Dieu me dit : « Ne suis-je pas assez « puissant. » Je fus consolée et fortifiée, je me sentis q toute prête à faire vœu de chasteté; mais il me « sembla qu'on me répondait : « Attends, dis à Celui a qui te conduit ce que je t'ai dit, et obéis- lui ; a mais dis tout ce qui s'est passé. » Je promis de le a dire; aussitôt la lumière se passa, ce dont je fus a fort surprise, parce que je croyais qu'il était « grand jour; et comme j'étais toute pleine de cette « pensée, je me levai pour remercier Dieu et foire «. mon oraison, trois heures sonnèrent; cette orai- « sou oe l'ut qu'une action de grâces; je me recou-
« chai, mais je ne pus dormir. Le lendemain, j'étais « dans un grand froid pour Dieu, ayant peine à « croire ce qui s'était passé la nuit. J'avais peine à « me résoudre à le dire. Je ne laissai pas cependant a de le déclarer à mon directeur, qui ne douta pas « que ce ne fût Dieu. Il me fit écrire ce qui s'était « passé, consulta à ce sujet M. Vincent, et il fut « conclu que je ferais vœu de chasteté; ce que je ce fis le 2 février suivant. Depuis je n'ai jamais « douté de ma vocation; j'ai eu des peines, mais « jamais de doute sur la volonté de Dieu; et ce qui ce s'est passé dans cette nuit a toujours été présent « à mon esprit. »
« Un si grand pas, dit l'abbé de Choisy, l'attacha tout entière au service de Dieu ; et depuis ce moment, jusqu'au dernier de sa vie, elle avança toujours dans la vertu. »