MUSE HISTORIQUE DU 26 JUIN 16C
Mardi, ôe saint Jean l'antiveille , Miramion , jeune merveille, Et de biens ayant un grand fond, Epousa monsieur de Nesmond; Nesmond, le maître des requêtes .
Et fils d'une des bonnes tètes Et d'aussi grand entendement Qu'il en soit dans le parlement ; Et dont la bonne renommée Par tout l'univers est semée.
1 Choitsy.
Ledit Nesmond , amoureux Autant profus et généreux Que plein d'esprit et de sagesse , Fit un présent à sa maîtresse, En titre de futur époux Outre les bagues et bijoux , Gants parfumés et babioles , De quatre ou cinq mille pistoles Dont à l'hôpital général Cette belle au cœur libéral , En bonnes actions fertile , En envoya, ce dit-on, mille.
Mme de Miramion, de son côté, voulut, à cette occasion, fonder une œuvre pieuse et durable. Déjà, « en allant à l'Hôtel-Dieu, où tout ce qui frappait ses yeux lui servait d'édification et de mortification , elle avait remarqué plusieurs fois que des prêtres étaient confondus dans les salles avec les gens les plus grossiers et les plus méprisables. La grandeur de leur caractère, qu'elle voyait des yeux de sa foi , lui parut exposée ainsi au mépris public ; et elle avait conçu de là l'idée de créer une salle particulière pour les prêtres malades. » Pensée généreuse qu'elle résolut de mettre alors à exécution. Mais comme cette œuvre était difficile et coûteuse à réaliser, elle alla consulter M. le premier président de Lamoigribn, qui l'aida très -efficacement dans cette entreprise. D'après ses avis, elle ne donna d'abord que la somme nécessaire à la fondation de deux lits, et fit ensuite une quête dans sa famille et chez ses amis. «. Personne ne la refusait, et elle recueillit bientôt de
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quoi fonder dix autres lits, avec un domestique chargé de faire le service de cette salle; » fondation qui a subsiste depuis cette époque jusqu'à la révolution.
Aussitôt après le mariage de sa fille , Mme de MiramioD eut le chagrin de la voir quitter sa maison pour aller habiter chez les parenls de son mari. Cette nomelle séparation fut pour elle pleine d'amertume. Elle éprouva tout ce que souffre une mère en voyant l'enfant pour laquelle elle a vécu jusque-là, la quitter pour suivre un époux, hier étranger pour elle, aujourd'hui seul arbitre de son bonheur. Mais dissimulant sa tristesse de peur d'augmenter celle de M""' de Xesmond , elle la conduisit elle-même dans sa nouvelle famille, et en la quittant elle lui dit :
Votre premier soin, ma chère enfant, après Dieu, doit être votre mari. La douceur, la complaisance, VOUS attireront sa tendresse. Je son/mite que VOUS m'aimiez, ma chère fille, mais vous devez l'aimer davantage. If devoir et la relif/ion vous obligent à lui donner la préférence. Il vous pressera par amitié, peut-être par besoin politique, de vous livrer au
monde, en mus jetant dans le tourbillon des plaisirs ; résistez eouruf/eusement , il vous en estimera davantage, et ne vous en aimera pas moins, ('/est la fausse creuse de lu plupart des femmes, qui ne smit ajustées, disent - elles , et ne vmf nu speefuele (pie par complaisance / our leurs maris.
« Elle lui rendit ensuite compte de sa tutelle, et
souhaita que la jeune femme prît soin de ses biens elle-même. Mme de Nesmond n'avait pas encore quinze ans accomplis; mais sa capacité dépassait son âge, et l'éducation avait secondé la nature; la famille de M. de Nesmond, en étant persuadée, y consentit. Mme de Miramion vint alors elle-même faire établir des tablettes dans le cabinet de sa fille, lui rangea ses papiers, lui dressa un livre de compte, sur lequel elle inscrivit les pauvres comme premier article de dépense.
ce Enfin, en quelques années, elle la mit à même, par ses conseils, d'administrer seule sa fortune et sa maison avec une convenance qui l'établit dans le monde sur un pied d'estime et de considération qu'elle y a conservé toute sa vie l. »
1 Ghoisy.