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CHAPITRE VIII

MADAME DE MIRAMION SUPERIEURE PERPETUELLE DES FILLES DE SAINTE-GENEVIÈVE

Mlle de Bellefond, prieure des Carmélites. — Mme Scarron. — II. Les premiers évêques de la Chine. — La duchesse d'Aiguillon. — III. Mme de Miramion ouvre un asile au repentir. — IV. Elle fonde la communauté de la Sainte-Famille et l'unit aux filles de Sainte-Geneviève. — V. Création des refuges de la Pitié et de Sainte-Pélagie.

« Qui trouvera une femme forte? Sou prix passe tout ce qui vient des pays les plus éloignés. • (Prov., m.)

Après avoir marié sa fille suivant ses désirs, après avoir assuré son bonheur par tous les moyens que la tendresse maternelle peut inspirer, Mme de .Miramion, libre de tous soins domestiques, « crut ne devoir plus songer qu'à elle-même et à son propre perfectionnement ».

S'abandûDoant alors à cet immense amour de Dieu qui l'avait toujours portée \ci's la solitude, le

recueillement et ta pénitence, elle revint a la peu-

sée qu'elle avait eue déjà d'entrer en religion et de se faire carmélite.

Cette sainte maison du Carmel, dont la riche chapelle et les cérémonies imposantes l'avaient séduite dès sa jeunesse, l'attirait aujourd'hui par ses austérités, ses vertus et les amitiés précieuses qu'elle y avait conservées.

M. Cousin, dans son attrayante histoire de Mme de Longueville, nous a fait connaître ce qu'était au xvne siècle ce monastère des Carmélites de la rue Saint-Jacques ; « et cette échappée de vue sur ce couvent célèbre, par où l'œil plonge sur la vie religieuse à cette époque, met en lumière un des caractères particuliers de ce temps, c'est-à-dire le lien qui, par la communauté du sentiment religieux , unissait la société mondaine à la société du cloître. Tant de filles de grandes maisons qui, sous l'empire de la foi vive de ce siècle, préféraient la pauvreté volontaire à tout l'éclat de la cour, formaient naturellement ce lien. »

La reine, les princesses et toutes les femmes d'une grande piété , étaient en rapport continuel avec le Carmel , et venaient y chercher sans cesse des conseils ou des consolations.

Parmi les pieuses amies que Mme de Miramion comptait aux Carmélites, la première était leur vénérable prieure, la mère Agnès de Jésus-Maria fM1,ede Bellefond ), l'amie de Mme de Maintenon , celle dont l'esprit a été si vanté par Bossuet et Mme de Sévigné. Mais, pour apprécier tout ce qu'il y avait

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de force, d'élévation et de délicatesse en elle, il fallait des circonstances heureusement, rares, comme la longue lutte de Mlle d'Épernon contre sa famille, ou le désir d'arracher à la cour Mlle de Lavallière pour la purifier dans les pénitences du Carmel. C'est alors que l'humble servante de Dieu trouvait ces accents persuasifs et touchants qui revivent dans plusieurs lettres de Bossnet. Mais d'ordinaire elle ne laissait voir qu'une nature distinguée, une honte parfaite et une grande justesse de raisonnement.

Pleine de confiance et de respect pour les avis d'une si digne amie, c'est à elle que Mme de Miramion alla confier la première le projet de retraite qu'elle se plaisait à former. La mère Agnès, loin de l'approuver, l'en détourna autant qu'elle put, mais l'engagea cependant à ne s'en rapporter entièrement qu'à la décision de son directeur et aux sages avis de M. Vincent. « On ne s'égarait pas, dit Bossuet, en suivant ses conseils, car ils étaient précèdes par ses exemples. »

Suivant cette recommandation, M deMiramion alla consulter d'abord MM. du Festel et Vincent, et ensuite la mère Eugénie et le premier président de Lamoignon. Tous la dissuadèrent dedonner aucune suiteà ce projet, l'assurant qu'elle ferait plus de bien en restant dans le monde, «et que son esprit vif, pénétrant, capable d'affaires, oe devait pas être enfermé dans l'obscurité d'un cloître .

Kn présence d'une telle unanimité d'opinion .

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venant d'amis si éclairés et si respectables , Mme de Miramion dut renoncer à prendre le voile. Mais tout en se résignant par obéissance à rester dans le monde, elle résolut du moins d'y vivre dans toute l'austérité du cloître. En effet, ayant appris quelques jours après que vingt-huit religieuses de Picardie, dont le couvent avait été ruiné et détruit par la guerre, languissaient sans ressources sur le pavé de Paris, elle les recueillit chez elle et pourvut à tous leurs besoins; ce leur servant elle-même le repas du soir, faisant avec elles la prière et des lectures pieuses, transformant enfin sa maison en un véritable monastère, jusqu'à ce qu'elle eût trouvé le moyen de les replacer dans d'autres couvents ou de les faire rentrer dans leurs familles; ce qui dura plus de six mois. »

C'est à cette époque, et à l'occasion de ces pauvres religieuses , dont elle s'occupait sans cesse , que Mme de Miramion entra en relation avec Mme Scarron, cette belle veuve qui, sous le nom de marquise de Maintenon, devait occuper plus tard une si grande place à la cour de Louis XIV.

Mme Scarron 1 , qui venait de perdre son mari et se trouvait à vingt-quatre ans veuve, sans famille et sans fortune , s'était retirée au couvent des Hospitalières, près de la place Royale, où la maréchale

1 Françoise d'Aubigné , née à Niort en 1 636 , fille de Constant d'Aubigné, baron de Surimeau, et de Jeanne de Cardillac, mariée, en 1658, à Paul Scarron, homme de lettres, célèbre par son esprit et ses infirmités; veuve en 1660, marquise de Maintenon en 1590, mariée secrètement au roi en 1684 et morte à Saint-Cyr en 1719.

d'Aumont, sa parente, avait une chambre meublée qu'elle lui prêtait. C'est là qu'elle habitait, paisible et retirée, occupée de lectures graves et de bonnes œuvres, quand Mme de Miramion la vit pour la première fois, et fut charmée de sa grâce et de sa beauté. La reine mère, ayant appris bientôt dans quel dénûment et cependant avec quelle dignité vivait ainsi la petite -fille d'Agrippa d'Aubigné, l'ami fidèle d'Henri IV, continua à Mme Scarron la pension qu'elle faisait à son mari, et même l'augmenta d'un quart , ce qui la mit à même de se loger chez elle1, mais en donnant ce quart aux pauvres, a car à toutes les époques de sa vie, l'économie fit sa richesse 2. »

Mme Scarron était alors admirablement belle; mais comme « malheureusement pour elle ce n'est qu'à un âge déjà trop mûr que son élévation l'a exposée à nos regards , nous ne la connaissons que vieille et devenue Mme de Main tenon. Nous nous la figurons toujours dans sa robe feuille morte et dans ses coiffes noires... Son portrait même le plus connu, celui où elle fut peinte par Mignard en sainte Françoise Romaine, alors qu'elle avait soixante ans , ;i une expression noble el digne, niais en même temps chagrine ri triste, qui contribue à la fixer sous ces traits dans notre imagination. Il faudrait (comme M" de Miramion) l'avoir connue jeune.

1 Rue des Tournelles, auprès de Ninon <l«i Lem Los.

2 m* d'Àumaie.

Heureux ceux dont l'image arrive à la postérité sous l'emblème de la grâce et de la beauté; la postérité en est pour eux plus indulgente1.

« Quelques lettres de ses premières années et quelques souvenirs de ses contemporains ne nous la laissent qu'entrevoir telle qu'elle était à cette époque ; il est vrai qn'ils nous la montrent comme une personne charmante, pleine de grâce, d'esprit et d'enjouement, aussi bien que de sagesse, de réserve et déraison.

« Une figure ovale, des cheveux châtains, un teint d'une grande blancheur, des sourcils noirs avec de longs cils, des yeux bruns et presque noirs fendus en amande, à la fois brillants et doux, des traits réguliers et fins, un port de tête élégant et noble, et de très-belles épaules en faisaient une personne d'une rare distinction et d'une beauté toute particulière. » C'est ainsi que la représentent les portraits de Mignard2 et de Petitot3, ainsi que l'a vit Mme de Miramion au couvent des Hospitalières lorsqu'elle noua avec elle ces premiers rapports de

1 Histoire de M^ede Maintenon , par le duc de Noailles.

2 Un portrait en pied de Mme Scarron à vingt -quatre ans, peint par Mignard, et provenant de la maison que possédait Mme de Maintenon à Fontainebleau, se trouve aujourd'hui onlre les mains de l'auteur. Niort, ville natale de Mm« de Maintenon, possède également un portrait d'elle dans sa jeunesse.

:i M. le duc de Noailles, dans son Histoire de Mme de Maintenon, a donné un portrait d'elle gravé d'après une miniature de Petitot, et ce portrait ressemble exactement à celui de Mignard.

charité que l'estime et la considération entretinrent, et que l'élévation et la piété de M™6 de Maintenon ne firent que rendre encore plus fréquents dans la suite.

Jamais époque en France, depuis le règne de saint Louis, ne fut plus célèbre dans les annales de la religion que cette première moitié du xvne siècle. Jamais on ne vit naître à la fois tant d'institutions charitables et tant d'oeuvres de piété. Mmede Miramion s'intéressait à toutes. Cependant il en était une parmi elles qui lui paraissait plus importante que toutes les autres, parce qu'elle ne soulageait pas seulement la souffrance physique, mais qu'elle s'adressait surtout à l'âme pour la consoler et la mener à Dieu. Kn un mot, c'était l'œuvre de la Propagation de la foi qui faisait son admiration et qu'elle aurait voulu (tendre et soutenir sur toute la surface de la (eue el particulièrement dans les Indes et en Chine.

Depuis plus d'un siècle déjà, on prêchait la religion de Jésus-Christ dans les royaumes les plus reculés de l'Orient'. Elle avait fait surtout de grands progrès en Chineet au Japon , où le sang des mari\ i s

l'avait cimentée. Les pères de la compagnie de Jésus

\ avaient eu beaucoup de part, et il semblait que saint François Xavier leur eût mérité les grâces particulières «nuls avaient mises en œuvre. Il s'élait

fait déjà beaucoup de conversions; mais comme la religion chrétienne était encore souvent persécutée, les prêtres européens, qui étaient aisément reconnus, étaient emprisonnés, martyrisés ou chassés, et les nouveaux chrétiens, abandonnés à eux-mêmes, retombaient dans l'idolâtrie. Le seul moyen de remédier à un si grand mal eût été d'avoir des évêques sur les lieux qui pussent faire des prêtres parmi les néophytes du pays.

Le père Alexandre de Rhodes, jésuite célèbre par son dévouement à la religion, après avoir exercé longtemps son ministère dans le Tonquin, était venu en 1653 en faire la proposition au pape; mais elle n'avait pas été favorablement écoutée.

Quelques années après, plusieurs ecclésiastiques français d'un grand mérite, et à la tête desquels se trouvait M. l'abbé Pallu1 (ce jeune théologien, neveu de Mme Bonneau , avec lequel Mme de Miramion et ses frères avaient été élevés), allèrent à Rome offrir au pape de partir eux-mêmes comme simples missionnaires pour les Indes et la Chine, et le saint-père fut si touché de leur dévouement, que non -seulement il leur accorda l'autorisation qu'ils demandaient, mais encore voulut conférer à trois d'entre eux le titre d'évêques et vicaires apostoliques. De plus, il choisit M. l'abbé Pallu pour

1 11 était fils d'un conseiller au présidial de Tours, et d'une famille extrêmement pieuse. Trois de ses frères étaient jésuites, et trois de ses sœurs religieuses; lui -môme était alors chanoine de l'église Saint-Martin de Tours.

être élevé en sa présence et à ses fraisa la dignité épiscopale, et le fit préconiser en grande pompe à Rome, sous le titre d'évêque d'Héliopolis, par Son Éminence le cardinal Antonio, chef de la congrégation de la Propagation de la foi. Les deux autres vicaires apostoliques nommés pour accompagner M. d'Héliopolis en Chine, étaient M. l'abbé de Lamothe-Lambert1, qui fut sacré à Paris sous le titre d'évêque de Bérithe, et M. l'abbé Cotolandi2, évêque <li' Métellopolis , qui reçut la mitre à Aix en Provence et vint ensuite à Paris se réunir à ses deux amis.

.Mme de Miramion, pleine d'admiration pour ces futurs martyrs de la foi, voulut faire tous les frais du sacre de M. de Lamothe-Lambert , dont elle connaissait beaucoup la famille. Cette cérémonie, qu'elle lit célébrer dans l'église de la Visitation, fut magnifique et attira toute la magistrature de Paris.

Pensant ensuite que le silence et la solitude de la campagne conviendraient mieux que le tumulte de Paris aux nouveaux évèques pour concerter avec leurs missionnaires les moyens d'assurer le succès d'une si grande entreprise, elle mil à leur disposition le château de la Couarde, qu'elle possédait à dix lieues de la ville.

1 Pierre de la Mothe-Lambert était conseiller à la OOW aides de Rouen, lorsqu'il se démit de sa charge pour entrer ilans les ordres. Il mourut en Chine, vicaire apostolique.

2 Ignace Cotolandi, cuit'- de Sainte-Madeleine d'Aix, d'un lèle rare et d'une austère piété.

La grande fortune, et surtout le zèle si connu de Mme de Miramion, permettaient d'accepter son offre. Les trois prélats allèrent donc s'établir à la Couarde, accompagnés de vingt autres ecclésiastiques, et passèrent chez elle près de dix-huit mois, pendant lesquels elle pourvut à tous leurs besoins, voulant qu'ils n'eussent à s'occuper uniquement que des affaires de la religion.

Ce fut du château de Mme de Miramion, et comblés de ses bontés et de ses vœux, que partirent, en 1660, ces dignes messagers de la parole de Dieu, qui, renonçant aux joies de la famille et aux douceurs de la patrie, allaient courageusement affronter la mort et tous les genres de supplices, pour convertir au Dieu de vérité , de charité et de paix quelques pauvres barbares.

Les débuts de ce voyage furent des plus malheureux; le vaisseau qu'on avait frété à grands frais en Hollande pour conduire les missionnaires aux Indes, sombra dès sa sortie du port, mais avant qu'ils y fussent embarqués.

Les espérances qu'avait conçues Mme de Miramion,. les sommes considérables qu'elle avait péniblement recueillies pour l'exécution de cette entreprise , tout se trouvait anéanti à la fois ; et maintenant il lui fallait recommencer d'autres démarches, implorer de nouveaux secours. Une âme ordinaire en eût été ébranlée. « Mais l'âme chrétienne, appuyée sur l'esprit de foi, s'encourage au milieu même des difficultés, parce qu'elle sait que Dieu

supporte , aime et secourt les malheureux qui espèrent en lui a. »

Affligée, mais non point abattue, Mme de Miramion alla trouver Mme la duchesse d'Aiguillon, avec laquelle elle était en grands rapports de charité, et qui avait déjà puissamment contribué au succès de cette œuvre, soit par sa haute influence dans la société, soit par les ressources inépuisables de sa bienfaisance.

La duchesse d'Aiguillon 2, nièce du cardinal de Richelieu, avait fait longtemps par sa beauté, ses grâces et son esprit, l'ornement et le charme principal des brillantes réceptions du Palais -Cardinal et du château de Ruel. Mais depuis la mort de son oncle, elle vivait fort retirée au palais du petit Luxembourg, où sa douceur et son amabilité attiraient cependant autour d'elle tous les hommes de lettres, les savants et les gens du monde, qui, depuis l'absence de Mme de Montausier, ne se réunissaient plus à l'hôtel de Rambouillet.

« Là, désabusée des vanités et des folies trompeuses du monde, elle passait sa vie a distribuer ses richesses sans se mettre en peine d'en jouir. » El c'est sans flatterie que Fléchier1 a pu dire, m parlant de sa bienfaisance : « Parcourrai-je les sommes in-

1 Saint François de Sales.

' Man.' Je Wignerod, tille d'une MBur de Richelieu, veuve d'Antoine de Beauvoir-du-Roure, deCombalet, créée duchesse d'Aiguillon en 1638, morte en 1675.

3 Oraison funèbre de la duchesse d'Aiguillon.

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croyables qu'elle a distribuées en divers temps, les fondations qu'elle a faites en divers lieux? Je lasserais votre imaginatiou et votre mémoire, si j'entreprenais d'exprimer tous les travaux et toutes les formes de cette ingénieuse et infatigable charité. Je me contente de vous dire que le zèle de la foi y eut toujours la meilleure part, et que la conversion des cœurs fut le motif et le fruit ordinaire de ses aumônes. »

En apprenant le naufrage qui engloutissait le vaisseau et toutes les espérances qu'elle avait conçues pour le salut de tant d'âmes égarées, Mme d'Aiguillon s'écria :

« Je reconnais, Seigneur, ce que vous avez dit dans votre Évangile, qu'après avoir travaillé selon nos forces, nous sommes encore des serviteurs inutiles. Vous savez mieux que nous en quoi consiste votre gloire; toute la nôtre est d'être soumis à vos volontés. C'était votre œuvre; vous l'accomplissez quand le temps et les moments que vous avez marqués pour cela seront arrivés. Nous avons essayé d'envoyer par mer des ouvriers à votre vigne; vous nous avez fermé ce chemin, vous pouvez nous en ouvrir d'autres; et lors même que nous adorons la sévérité de vos jugements, nous espérons en votre miséricorde. »

En elfet, s'encourageant et se fortifiant l'une l'autre, Mme d'Aiguillon et Mme de Miramion redoublèrent de zèle pour trouver et fournir aux pauvres missionnaires de nouveaux moyens de transport. Et

Dieu, après avoir éprouvé leur foi, récompensa leur soumission par des succès qui surpassèrent leur attente.

Quelques mois après, l'expédition évangélique entreprenait par terre son immense voyage, et malgré beaucoup d'obstacles elle atteignait le but. Malheureusement, M. Cotolandi, évèque de Métellopolis, dont la santé était délicate, mourut des suites de cette pénible route, en arrivant sur les côtes du Bengale. Mais MM. d'Héliopolis et de Bérithe arrivèrent en bonne santé jusqu'à Siam. Bientôt même, à l'aide des secours de toute nature que leur envoyaient constamment ces dames, ils purent établir dans cette ville un séminaire qui y devint florissant, et servit plus tard d'entrepôt à toutes les autres missions.

a M '" de Miramion les servait en toutes manières, fournissant les médicaments, les livres, les objets de dévotion, et faisant faire chez elle les ballots et les expéditions; quand l'amitié et la parenté n'eussent l>.i- lait si liaison avec .M. d'Héliopolis, elle eût été portée a l'obliger de la même manière, rien qu'en vue de la plus grande gloire de Dieu l. »

Ainsi ee que le Saint-Esprit a dit de la femme forte s'est accompli pour elle : son prix a été appelé de loin, et sa valeur a été connue jusqu'aux extrémités de la terre. Car son zèle l'a transportée en esprit au delà des mers pour la conversion des infidèles; et si elle n'a pu y aller elle- même, elle \ a envoyé du moins ses bonnes œuvres,

1 olioisy.

164 madame de miramion.

Tant qu'il y aura des missionnaires en Chine, et que des hérétiques y seront convertis à la religion catholique, ils devront donc la considérer comme leur première bienfaitrice et leur mère spirituelle; car elle a été pendant toute sa vie, par son initiative et par ses libéralités, le soutien principal de l'œuvre de la Propagation de la foi.

Mais tout en portant son imagination et ses espérances au delà de tant de mers, tout en préparant des voies nouvelles à ces hommes apostoliques qui allaient acquérir au loin de nouveaux héritages à Jésus-Christ, Mme de Miramion n'oubliait pas sa patrie. Elle voyait avec douleur combien d'âmes, autour d'elle, étaient perdues par la corruption des mœurs, et songeait souvent à ramener à Dieu ces cœurs égarés, en leur ouvrant la voie du repentir.

La longue minorité du roi et les troubles inséparables d'une guerre civile, n'avaient que trop laissé grandir le désordre et la licence. Aussi , malgré la paix, voyait- on le vice et la débauche se montrer souvent jusque dans les rues , sans qu'on osât s'y opposer. Le guet, au milieu de rixes bruyantes , avait bien essayé de jeter en prison quelques-unes des femmes les plus scandaleuses; mais ces scènes de violence n'avaient amené aucun résultat satisfaisant.

En présence de tant de dissolution, MT de Miramion, dont le don particulier était une charité sans bornes qui s'attachait surtout au salut des âmes, résolut de créer un asile où les femmes tombées et repentantes , où les cœurs coupables et blessés, pussent être accueillis par la douceur et l'indulgence chrétiennes, relevés et soutenus par la miséricorde de Dieu.

Le Seigneur n'a-t-il pas dit : « Que celui de vous qui est sans péché, lui jette la première pierre? »

« Ce dessein (Hait nouveau et paraissait difficile dans l'exécution; elle voulut en faire néanmoins Fessai à ses frais. »

Elle loua une maison dans le faubourg Saint- Antoine, et y fit conduire, avec la permission des magistrats, sept ou huit des filles qu'on voulait enfermer pour servir d'exemple aux autres. La surveillance en fut confiée à deux femmes prudentes, qui étaient capables de soutenir les premiers efforts de ces natures violentes, et de les gagner ensuite pur la douceur. Chaque jour elle allait elle-même les instruire et leur parler de Dieu , comme elle en savait parler. Mais sa sagesse lui faisait choisir les moments les plus favorables pour les toucher, et leur faire horreur du vice; car on peut dire aussi • l»1 M"" (h» Miramion « qu'il y axait une loi de douceur qui conduisait sa langue, et un esprit de prudence et de discernement qui réglait toutes Bea paroles \ »

1 Proverbes, m.

Au lieu de leur donner l'uniforme grossier des hôpitaux , elle les fit habiller proprement suivant leur condition. Leur nourriture était saine et abondante. Elle ne laissait punir que les insolentes et les insubordonnées, et d'ordinaire les aimer, prier avec elles et pour elles, étaient ses plus grands moyens de persuasion; sachant bien que l'affection est la plus grande force à employer, celle qui réussit toujours quand toutes les autres ont échoué. Plusieurs rentrèrent ainsi en elles-mêmes, et montrèrent un repentir aussi sincère que durable. Pour celles-là elle était remplie d'égards; car si l'innocence est digne de respect/ le repentir l'est aussi. Elle leur fournissait les moyens de s'établir honnêtement, et les aidait à se maintenir dans la bonne voie. Les incorrigibles étaient remises à l'autorité, qui les remplaçait par d'autres. Cette maison rendit ainsi les plus grands services à la moralité publique. Toute modeste qu'elle ait été, elle a donc eu le mérite d'être la pierre d'attente, courageusement posée, de tous les établissements que le temps et la nécessité ont fait élever depuis, dans le même but.

Un jour, une de ses amies lui ayant dit qu'elle prenait bien de la peine pour obliger des gens sans reconnaissance, elle lui répondit: Ah! ma bonne, j'ai reçu bien plus de grâces de Dieu que ces gens-là ri ont reçu de services de moi, et c'est une grande miséricorde qu'il me fait en me donnant ces petites occasions de satisfaire à sa justice.

MADAME DE MIRAM10N. 167

D'ailleurs la crainte de faire des ingrats ou le déplaisir d'en avoir trouvé ne l'ont jamais empêchée de faire tout le bien qu'elle a pu; la suite de sa vie en est un témoignage éclatant.

Saint Paul a dit: « Si quelqu'un ne travaille pas, il ne doit pas manger. » Il semble que M"1' de Miraniion ait eu ce précepte continuellement présent à la mémoire, tant sa vie a été constamment occupée, ta ni sa charité s'est maintenue dans une perpétuelle activité. Comme la femme forte dont parle l'Écriture, « elle n'a pas mangé son pain dans l'oisiveté ». Nous l'avons vue d'abord ouvrir sa main à l'indigent, et tendre ses bras vers les pauvres. Nous allons la trouver maintenant « considérant un champ et l'achetant, plantant une vigne du fruit de ses mains ».

Il y avait plusieurs années déjà que, songeant à remédier à l'ignorance qu'elle voyait régner dans les campagnes, elle avait voulu fonder une petite communauté, dont l'œuvre, en souvenir du bien que lui avait fait sa première gouvernante, eût été d'instruire l'enfance et de secourir les pauvres. Mais l'éducation de sa Bile, son mariage, et d'autres préoccupations, l'avaient empêchée jusque-là de réaliser cette pensée.

468 MADAME DE MIRAM10N.

(( Enfin, au commencement de l'année 1661 , elle exécuta une partie de son dessein , malgré tous les obstacles qui s'y opposèrent. Il lui fallut pour cela quitter ses frères qu'elle aimait fort , et ce ne fut pas pour elle un petit sacrifice. » Mais dès qu'il s'agissait de servir Dieu, rien ne pouvait l'arrêter. Elle leur laissa sa maison de la rue Saint- Antoine, et s'en alla vivre dans une habitation plus modeste de la même rue, avec quelques pieuses filles qu'elle établit en communauté, sous le nom de la Sainte -Famille (voulant honorer la vie laborieuse et charitable de Jésus-Christ).

Dès que Mme de Miramion fut logée avec ses filles, elle commença à manger en commun, à apprendre avec elles à saigner, à panser les plaies, à faire toutes les drogues et onguents qui sont d'un usage journalier. Et elle leur donna l'exemple de l'application aux règlements, qu'elle avait fait dresser par M. du Festel et approuver par M. Vincent, très -peu de jours avant la mort de ce saint homme1.

1 Vincent de Paul, né en 1576 , était mort le 27 septembre 1660, et ses funérailles avaient été faites en grande pompe dans l'église de Saint-Lazare le 28 à midi, « en présence du prince de Gonti , du nonce du pape, Piccolomini, de six évêques, des présidents de Nesmond et de Mesmes, et d'un grand nombre d'ecclésiastiques. Là étaient aussi la princesse de Conti, la duchesse d'Aiguillon, et une foule de dames de qualité, de celles, particulièrement, que M. Vincent avait, depuis tant de temps, assemblées les mercredis, pour l'assistance des malades de l'Hôtel-Dieu, » dit Bossuet, témoin oculaire de la cérémonie; parmi celles-là

A peine cette petite communauté était-elle établie, que M. l'abbé du Festel, qui était très- âgé, vint à mourir. Mme de Miramion le regretta sincèrement; il avait été quatorze ans son directeur, et lavait toujours sagement conseillée et utilement aidée. Elle prit alors pour confesseur l'abbé Ferret, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, docteur en théologie, grand vicaire de Paris, supérieur des grandes Carmélites, et déjà choisi par elle comme supérieur de sa communauté.

L'abbé Ferret, l'un des hommes les plus considérables et les plus estimés du clergé métropolitain, était en même temps supérieur d'une autre petite communauté, qui avait été fondée dans sa paroisse trente ans auparavant par Mlle de Blosset, sous le nom de Filles de Sainte -Geneviève (en raison du lieu qu'elles habitaient au pied de la montagne sur laquelle reposent les reliques de la sainte bergère ').

Cette communauté avait été instituée à peu près

étaient aussi Mme de Miramion et ses pieuses amies. Le 16 juin 1737, le pape Clément XII publia la bulle de canonisation de Vincent de Paul.

1 On lit dans la Vie de saint Vincent de Paul qu<' les filles de Sainte-Geneviève, avant de se constituer en communauté, étaient allées consulter M. Vinrent, qu'elles regardaient comme un saint et un homme plein de lumière et de prudence, et qu'il leur avait dit : i Dieu veut s»* servir de vous p. un- donner une nouvelle compagnie à son Église; Notre-Seigneur en tin ploire, et il en reviendra au prochain beaucoup d'avantages . paroles prophétiques que le temps el la Providence confirmèrent.

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dans le même but que celle de la Sainte-Famille, c'est-à-dire pour l'instruction et le soulagement des pauvres; mais les revenus de ce couvent étaient si minimes, que c'est à peine s'ils pouvaient suffire à le faire vivre. M. Ferret, connaissant la bonté et le désintéressement de Mme de Miramion, lui peignit la détresse de cette pauvre maison , et la supplia de s'intéresser à son sort. Son cœur n'était pas difficile à toucher, il l'attendrit jusqu'aux larmes, et lui proposa alors de réunir sa communauté naissante à celle des Filles de Sainte -Geneviève, en l'assurant que c'était le seul moyen de fonder un établissement utile et durable.

Mme de Miramion, qui ne pensait jamais qu'au bien qu'elle pouvait faire, sans envier le vaniteux honneur d'être fondatrice d'un Ordre nouveau , accepta cette proposition , et confondit ses filles avec celles de ce petit monastère, sous le nom général de Filles de Sainte- Geneviève.

La maison dans laquelle elle avait établi la Sainte- Famille, rue Saint-Antoine, était trop petite pour contenir deux communautés. Obligée de la quitter, elle voulut du moins se rapprocher de sa fille, et s'empressa d'acheter deux maisons contiguës qui se trouvaient à vendre dans le voisinage de Mme de Nesmond, près de l'église de Saint-Nicolas-du- Chardonnet \

1 Elle acheta ces maisons d'un sieur Desgranges, au prix de cinquante mille livres.

MADAME DE MIRAMJOX. 171

Ces maisons, qui occupaient un espace considérable sur le quai de la Tournelle, n'étaient séparées de l'hôtel qu'habitait la famille de Nesmond , que par un corps de bâtiment appartenant à l'évêque de Baveux, frère du président de Nesmond, qui le vendit quelques années plus tard à Mme de Miramion.

L'hôtel de Nesmond, bâti en retraite au fond d'une cour et flanqué de deux ailes, s'élevait à l'angle de la rue des Bernardins et du quai de la Tournelle, en face le pont de l'évêché ' . Et chose rare après deux siècles, la maison qui occupe aujourd'hui cet emplacement porte encore en lettres d'or sur marbre noir, au-dessus de la porte cochère, la dénomination d'hôtel de Nesmond, qu'il avait autrefois. Peut-être est-ce en souvenir de l'origine et de l'influence que le malicieux duc de Saint-Simon, dans ses )îr moires, a attribuées à cette inscription.

«M™6 la présidente de Nesmond2, dit-il, fut la

i « La première maison remarquable qu'on trouve sur le quai de la Tournelle en sortant de la rue des Bernardins, est l'hôtel de Xesrnond. Il y a peu d'hôtels dans Paris qui aient aussi souvent changé de nom que celui-ci. Anciennement on le nommait l'hôtel de Tyron, puis de Bar, de Montpensier, du Pin, e1 enfin • le Nesmond, quand MM. de Nesmond, qui ont rempli les pren ières charges du parlement, en devinrent propriétaires et lui donnèrent leur nom. Cette famille s Y-tant éteinte au commencement de ce siècle, son hôtel a été vendu à feu Blondy, fameux danseur à l'Opéra. » (Extrait de la Description de l'avis, de Piganiol de la Force.)

3 La tille de |fnM <!,> Miramion, qu'il n'aimait pas parce qu'elle était dévote et bien vue de M""" de Maintenon , qu'il détestait.

première femme de son état qui ait fait écrire sur sa porte : Hôtel de Nesmond ; on en rit, on s'en scandalisa; mais l'écriteau resta, et est devenu l'exemple et le père de tous ceux qui , de toute espèce, ont à peu près inondé Paris. »

C'est là , près de sa nUe et de ses meilleures amies ( Mlle de Lamoignon et la présidente de Nesmond), que Mme de Miramion vint établir et fonder à nouveau cette communauté des Filles de Sainte- Geneviève *, dont elle fut élue supérieure perpétuelle, et que le peuple dans sa reconnaissance pour elle appela du nom de Miramionnes.

D'après les constitutions de l'Ordre dressées par MM. Ferret et Vincent de Paul , ces religieuses devaient principalement tenir gratuitement des écoles de filles , et former des maîtresses pour les campagnes, assister les pauvres et les malades, saigner, panser les plaies et distribuer gratuitement des remèdes.

Leur costume consistait en une robe de laine noire, une guimpe de toile blanche, avec la cornette semblable, recouverte d'une coiffe noire; les cheveux non coupés.

Leurs obligations religieuses étaient de dire chaque jour en commun un petit office de la Vierge, de faire une heure d'oraison à deux heures du matin et à deux heures de l'après-midi, de s'assembler une fois par semaine pour s'accuser de leurs

i Voyez les lettres patentes reproduites à l'Appendice.

fautes devant leur supérieure , enfin de taire une retraite de huit jours chaque année.

Ce fut en observant elle-même sévèrement la règle de ces constitutions, que Mmt de Miramion contribua solidement à l'établir. Son humilité, sa bonté, encourageaient tout le monde, et pas une religieuse n'eût osé se plaindre après avoir vu sa supérieure , dont la vie avait été entourée de tant de douceurs, se servir elle-même, se lever sans feu l'hiver, et n'accepter aucune distinction.

Après avoir payé tous les frais d'acquisition et d'appropriation de ce nouvel établissement, elle donna, en outre, à la communauté, à titre de fondation pour l'entretien de douze religieuses, une somme de soixante -dix mille francs, à la seule condition qu'à mérite égal les filles nobles y seraient admises de préférence aux autres. Mais elle spé< -i!ia que dans le cas où la communauté voudrait un jour changer ses constitutions et se cloîtrer, cette fondation passerait tout entière à l'hôpital général de Paris.

Malheureusement les travaux qu'il ;i\;iit fallu surveiller et les diflicultés qu'elle avail eu a vaincre pour la réunion de ces deux communauté^, n'avaient pu s'accomplir sans de grandes fatigues et beaucoup de préoccupations. Aussi, quoique M de Miramion ne se plaignît jamais de s;i santé, ne fut-il pas difficile d<> voir bientôt combien elle s'était altérée. La sollicitude de sa fille s'en alarma , et linit par obtenir dCllc la confidence d'un mal dont

elle souffrait depuis quelque temps en secret. « C'étaient des vomissements qui , depuis le jour de Noël 1661, lui faisaient rejeter tous les aliments qu'elle prenait, a la réserve d'un morceau de pain sec qu'elle mangeait le matin1. »

Mme de Nesmond , inquiète des progrès que semblait faire le cancer dont sa mère souffrait depuis huit ans, et auquel elle attribuait cette nouvelle indisposition , appela près d'elle les plus habiles médecins: MM. Daquin, premier médecin du roi, « grand courtisan, avare et avide, » a dit Saint- Simon ; Fagon , médecin de la reine , et Vésou , dont Mme de Sévigné parle comme dune autorité trèsrespectée. Mais tous les remèdes qu'ils conseillèrent furent employés inutilement. M. Vésou, qui était le médecin habituel de la communauté, l'engagea alors à ne plus manger de viande, mais seulement des œufs, des légumes et quelques potages gras. Elle suivit ce conseil, qui, sans la guérir, apporta quelque soulagement à son mal.

« Cette incommodité dura seize ans, dit Choisy, sans qu'elle parût beaucoup plus faible, agissant à l'ordinaire, et toujours pleine de feu quand la gloire de Dieu ou le service du prochain l'appelaient. »

i Ghoisy.

Trop occupée désormais des soins que réclamait sa communauté, pour surveiller utilement la maison de refuge qu'elle avait créée dans la rue Saint- Antoine, Mme de Miramion pensa qu'il valait mieux la fermer. Elle en voyait la nécessité ; mais cette pensée la rendait malheureuse, et les succès qu'elle avait obtenus, les services qu'elle avait rendus pendant plus de deux ans, ne pouvaient la consoler de ce sacrifice.

« C'est la gloire de l'humanité qu'il y ait des âmes ainsi faites, elles souffrent plus que les autres; mais leurs souffrances sont fécondes, et toutes les grandes œuvres de la charité clir. tienne sont le fruit de leurs douleurs J . »

A force d'y penser et île prier Dieu, M"" de .Miramion trouva un moyen qui, tout en donnant la possibilité de continuer son œuvre, permettrait encore « de fonder en grand el aux liais du trésor public ce qu'elle avait essayé de Faire en petit et a ses dépens ». C'était de faire un appel à la générosité du roi et à la charité particulière. Quelque pénible (pie fût pour elle celle tentative, elle Se décida néanmoins à L'essayer. Elle alla soumettre son projet à M. Le premier président de Lamoignon, qui, toujours porté aux bonnes œuvres, l'approuva Fort , h

• M'»o de Montagu.

176 MADAME DE MIRAMIOlSf.

se chargea même de le faire accueillir favorablement par plusieurs grandes dames dont la charité et la piété lui étaient connues.

En effet, peu de jours après, une réunion nombreuse de dames , parmi lesquelles étaient Mmes la duchesse d'Aiguillon, de Farinvilliers et de Traversay, s'assembla pour en délibérer chez M. Mazure, docteur en Sorbonne, curé de Saint -Paul. A la première idée dune œuvre de refuge et de préservation, toutes ces dames trouvèrent que le projet était excellent; mais en entrant davantage dans les détails, elles jugèrent qu'il présentait tant de difficultés dans l'exécution qu'il était impossible d'y songer. « Mme de Miramion étant arrivée au moment où on prenait cette décision, son zèle s'enflamma à cette nouvelle, et lui fournit des paroles si vives, si touchantes et si persuasives, que toute l'assemblée se rendit alors à son avis, avouant que l'Esprit de Dieu avait parlé par sa bouche1. »

Cependant, comme tous ceux de Vincent de Paul, son premier directeur, ses discours n'étaient pas longs. « Le cœur ne déclame pas; tout son génie, toute son éloquence étaient dans sa charité; et ses préceptes , comme ceux de saint Jean , se résumaient en un seul: Aimez- vous les uns les autres2. »

Heureuse d'être la première à fonder un asile qu'elle avait toujours eu si à cœur d'ouvrir au re-

• Choisy.

'* Lamartine.

MADAME DE MIRAMIOX. 177

pentir, elle offrit de donner de suite dix mille francs pour cette Œuvre, et d'apporter tous ses soins à sa bonne direction. « Mmes d'Aiguillon, de Farinvilliers et de Traversay, entraînées par son exemple, en donnèrent chacune autant, et le contrat de fondation fut passé en leur nom. »

On acheta un terrain , rue Goppeau , auprès de l'hôpital de la Pitié, sur lequel on bâtit deux grands corps de bâtiments, séparés entre eux par une cour. Dans l'un furent logées toutes les femmes que l'autorité ' faisait enfermer de force pour sauvegarder la moralité publique, et comme il touchait l'hôpital, on l'appela le refuge de la Pitié. Dans l'autre on mit celles qui, lassées de la vie honteuse et misérable qu'elles menaient, venaient d'elles-mêmes demander à s'y retirer; ce qui lui lit donner le nom de Sainte- Pélagie, qu'il a conservé jusqu'à nos jours.

M"8 de Miramion, après avoir dressé la règle de cet établissement, alla s'y établir et en surveiller elle-même la première application. Puis quand l'ordre régna partout, les administrateurs de l'hôpital général, à sa prière, prirent la direction de cette maison. Trois ans après (en luY>.v> , le roi, instruit des services que rendait ce refuge, en confirma l'établissement perpétuel. Ainsi se trouva fondé, et pour toujours, cet asile que la charité et le zèle d'une femme vertueuse avait ouvert au repentir.

1 Le prévôt de Paris »>t Les ju^es du Ch&telet ou du parlement.

178 MADAME DE MlllAMION.

Si nous récapitulions maintenant combien d'OEuvres importantes Mme de Miramion a instituées, et cela dans un si petit nombre d'années, rien ne semblerait plus étonnant dans sa vie que cette continuelle et féconde application à tant de choses , dont chacune eût suffi à remplir et ennoblir la vie de toute autre personne.

« Mais, comme Ta dit Fléchier pour Mme d'Aiguillon, elle avait cette charité vive, libérale, universelle, qui ne cesse de faire du bien, et ne croit jamais en faire assez, qui donne beaucoup et donne toujours avec joie, qui ne rejette aucune prière, qui prévient souvent le désir et qui ne manque jamais au besoin.

« Elle savait aussi que les biens des riches sont un dépôt sacré qui doit être dépensé avec une fidélité digne de Dieu ; et que ceux qui ont beaucoup doivent donner beaucoup, puisque la mesure de leurs aumônes doit être celle de leurs richesses. »

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