‹ Madame de Beauharnais de MiramionChapitre 15 sur 55 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ŒUVRES CHARITABLES DE M m e DE MIRAMION

I. Son dévouement pour l'hôpital général. — Charité de la princesse de Conti. — II. Mort du président de Nesmond pendant le procès de Fouquet. — III. Les Mirarnionnes à Amiens.

Tout ce qui est fait pour Dieu est grand

(Mra« DE MlKAHION.)

Maigre la magnificence, l'éclat et la grandeur que présentèrent les commencements du règne de Louis XIV; malgré l'ordre et la sagesse que son ministre Colbert apporta dans l'administration des finances, l'année 1662 lut encore une des époques de disette les plus cruelles que Paris ait eue a supporter.

« Le roi lit construire des fours au milieu même de la cour des Tuileries, afin d'adoucir par des secours tirés de son épargne la misère et la famine. .Mais tout était insuffisant; on désertait le- campagnes, on amenait a l'Hôtel -Dieu beaucoup de

480 madame de mîramion.

pauvres qui survivaient à peine quelques jours, tant ils avaient souffert avant, et qui étaient tellement infectés de plaies et de vermine, que les prêtres du séminaire de Saint -Nicolas étaient obligés de les y conduire eux-mêmes en bateau, parce que les bateliers ne voulaient pas s'en charger ' . »

En quelques jours tout fut encombré. L'hôpital général qui regorgeait aussi de malades, ne sachant plus comment faire face à une si grande dépense, se vit, au plus fort de l'hiver, sur le point de fermer ses portes et de cesser d'exister. M. de Lamoignon, qui avait la haute direction de cet hospice, vint confier ses craintes à Mme de Miramion, et lui en parla comme d'une catastrophe inévitable.

En présence d'un événement qu'elle considérait comme la plus grande calamité qui pût accabler la clause pauvre, elle ne craignit point d'aller solliciter de nouveau la charité de quelques personnes éprouvées. Sa première visite fut pour Mme la princesse de Conti ( Marie- Anne Martinozzi, nièce du cardinal Mazarin , qui joignait à une rare beauté la douceur la plus aimable, et dont la piété et la bienfaisance lui étaient déjà connues.

Elle lui exposa la position critique de cet établissement d'une manière si touchante, que cette princesse, plus illustre encore par ses vertus que par son rang, lui promit de faire tout ce qu'elle pourrait pour soutenir l'existence de ce précieux hospice, et la

i Histoire de Colbert, par M. Clément , 1846.

MADAME DE MIRAM10N. 181

pria de revenir le lendemain. En y allant, >Ime de Miramion s'attendait bien à recevoir une aumône considérable. Mais quelles ne furent pas sa joie, sa surprise et sa reconnaissance, quand la princesse lui mit entre les mains un billet de cent mille francs, en lui disant : « N'en parlez point, Madame , je suis trop heureuse que Dieu ait voulu se servir de moi pour sauver la vie à tant de personnes. »

La princesse de Conti, à l'exemple de sa bellesœur, la duchesse de Longueville, qui était alors livrée à la plus austère pénitence , pratiquait de grandes charités. Dans cette même année 1662, n'ayant plus d'argent et voyant la misère augmenter, elle donna à Mlle de Lamoignon un collier de perles et de pierreries, que celle-ci vendit quarante mille écus pour nourrir les pauvres \ Trois ans plift tard, elle écrivait à son directeur:

y janyier 1665.

(( Nous travaillons pour nos pauvres du Beny, « et j'espère, s'il plaît à Dieu de bénir nos soins, « que nous les empêcherons de mourir de faim. Je « ne vous ai pas écrit jusqu'à présent le détail des « aumônes que j'ai faites, parce que je ne croyais pas a que vous le souhaitassiez. J'ai tâché seulement dp

1 Collier que le roi acheta, niais en respectant le secret (te la princesse de Conti. La charité, excitée par ce grand exemple. fit faire des sacrifices inattendus en argent et en bijoux, et on estima que pendant cette disette M|,e d«> Lamoignon ivait distribué 500,000 livres en aumônes.

« faire selon vos vues, et comme j'ai cru que vous « me les auriez fait faire. J'ai donné presque tout « le revenu de cette année ; il reste peu de chose , « c'est-à-dire dix mille livres, et je crois bien « en avoir donné six cent mille. Les misères sont ce extrêmes. On a trouvé des gens morts de faim, « d'autres qui se voulaient tuer, et un nombre incc fini qui mourront de faim si on ne leur donne du « pain. On n'a nul fonds, il faut donc trouver des « moyens pour les secourir. Pour cela il faut voir « du monde, il faut trouver des expédients; ceux « que j'ai trouvés jusqu'ici ont réussi fort bien; je « m'occupe donc de cela. Mais au lieu de ne le faire « qu'en vue de Dieu, j'en parle, je suis bien aise « d'en être estimée, je me dissipe; enfin je ne fais # rien qui vaille. Je fais de même dans les autres « choses que Dieu m'envoie pour servir le prochain. « Il faut que je sois souvent au Louvre, et je crains « que ce commerce avec le monde, quoique avec de « bonnes intentions , ne me fasse perdre cette préce cieuse familiarité que Notre-Seigneur m'a donnée a avec lui 1 . »

Cette lettre , dans laquelle Mme de Conti met son Ame à nu devant son confesseur, montre mieux que ne le pourrait faire tout éloge, quelles étaient la modestie, l'humilité et toutes les vertus chrétiennes de cette princesse.

Mme de Miramion alla porter le billet de cent mille

i Mme de Sablé , par M. Cousin.

MADAMt DE MIRAMION. 183

francs à M. le premier président, qui l'employa aux

nécessités les plus pressantes de l'hôpital général; et, grâce à la munificence de la princesse, cet établissement à peine créé put échapper à la ruine.

C'est en 1656, et à la sollicitation de Vincent de Paul, qu'avait été établi l'hôpital général, par lettres patentes portant que M. Vincent et sa congrégation de missionnaires y seraient chargés de la direction temporelle et spirituelle, et les Filles de la Charité du soin des malades. Il étaii administré par vingt - cinq directeurs, ayant à leur tête l'archevêque de Paris, le premier président du parlement et le procureur général.

« Qui ne sait, dit Fléchier, que l'établissement d'un grand hôpital dans cette capitale du royaume, qui renferme tant de grandeurs et tant de misères tout ensemble, a été un des plus grands ouvrages de ce siècle?

« On en prévoyait l'utilité; on en reconnaissait l'importance depuis longtemps ; personne ne distinguait plus les pauvres de nécessité d'avec ceux de libertinage. On ne savait en donnant l'aumône, si on soulageait la misère, ou si l'on entretenait l'oisiveté. Les plaintes et les murmures confus excitaient plutôt l'indignation que la pitié. On voyait des troupes errantes de mendiants, Bans religion et sans discipline, demander avec plus d'obstination que d'humilité, voler souvent ce qu'ils ne pouvaient obtenir, attirer les yeux du public par des infirmités contrefaites, et venir jusqu'au pied des autels troubler la

dévotion des fidèles par le récit indiscret et importun de leurs besoins ou de leurs souffrances.

« On se contentait de se plaindre de ces désordres, qu'on croyait non -seulement difficile, mais encore impossible de corriger. Il fallait de la sagesse pour disposer les moyens, de la fermeté pour surmonter les obstacles, de grands biens pour fournir les fonds; une piété encore plus grande pour établir un ordre et une discipline salutaires parmi des hommes pour la plupart déréglés. Où se trouvaient ces qualités, qu'en la seule duchesse d'Aiguillon?

« Elle fut l'âme de cette entreprise ; elle encouragea les uns, elle sollicita les autres, elle donna l'exemple à tous. Elle joignit le zèle des particuliers avec l'autorité des magistrats, et n'oublia rien de ce qu'elle crut nécessaire pour achever ce qu'elle avait heureusement commencé l. »

L'hôpital général % créé pour mettre un terme à la mendicité dans les rues , était donc un asile ouvert surtout à la vieillesse, à la maladie et aux infirmités incurables.

1 Oraison funèbre de la duchesse d'Aiguillon, par Fléchier.

2 II se composait de quatre maisons distinctes :

lo La maison de Sainte-Marthe , dite Scipion , qui servait d'économat , boulangerie , boucherie , etc.

2° La maison de Saint-Denis, dite la Salpêtrière, destinée aux femmes incurables de tout âge.

3° La maison de Bicêtre, pour les hommes.

4<> La maison de la Pitié ou l'hôpital proprement dit, pour les malades.

L'ensemble contenait ordinairement sept mille pauvres.

Mme do Miramion, dont la générosité avait beaucoup contribué au soutien de cet établissement, lui donna plusieurs fois les mêmes preuves d'intérêt et de dévouement.

Il eût donc été permis de dire, en souvenir de ses bienfaits, comme Fléchier pour Mme d'Aiguillon :

« Durez sur le fondement des aumônes chrétiennes, vastes bâtiments de cette sainte maison , où Dieu, créateur des pauvres et des riches, est honoré par la patience des uns et par la charité des autres. Durez, s'il se peut, jusqu'à la fin des siècles, et soyez d'éternels monuments des soins et des libéralités de votre première bienfaitrice. »

Toute la vie de Mme de Miramion a été mêlée, on le voit, si étroitement à la fondation <-u au soutien de toutes les œuvres charitables publiques ou privées de son temps, (pie la raconter, c'est raconter inévitablement la vie de tous les établissements pieux du xvne siècle. Car il n'eu est pas un auquel elle son restée étrangère.

C'était toujours, pour les amis de M"1*1 de Miramion et sa famille, un spectacle nouveau et singulièrement attachant que celui de cette âme toujours • mi peine d'un bien à faire et d'un devoir à remplir; de cette femme débile el malade, qui semblait douée dans ses actions d'une force surnaturelle.

«On admirait en silence cette piété, cette foi, ces vertus, tant de compassion, tant de puissance dans la faiblesse, et quand elle parlait, c'était une antre surprise. On eût dit qu'elle avait passé sa vie non à agir, mais à lire et à méditer1. »

C'est auprès des mourants qu'éclatait mieux encore la tendresse de sa charité. On eût dit une mère au chevet de son enfant malade. Elle les exhortait, non par de longs discours qui les eussent fatigués, mais par quelques courtes aspirations qu'elle leur laissait le temps de méditer, leur disant par exemple :

« Mon Dieu! que votre volonté soit faite, et non la mienne!

« Dieu, mon Père, je remets entre vos mains mon âme, ma santé et ma vie ; je m'abandonne à vous, je vous aime et me repens de ne vous avoir pas toujours aimé! »

Elle les rassurait dans leurs inquiétudes, elle les consolait dans leurs afflictions. Les veilles, les fatigues, le danger même, rien ne l'arrêtait, pour peu qu'elle fût utile à l'un de ses frères en Jésus-Christ.

Mais les premiers sur lesquels elle épanchait cette suprême charité, c'étaient ses parents et ses amis.

Vers la fin du mois de novembre 1664, elle fut appelée à rendre ce pieux office au père de son gendre, M. le président Nesmond, qui venait d'être pris d'un érésipèle à la tête. C'était pendant le cours du procès de l'infortuné Fouquet, qu'on jugeait en

i Mme de Montagu de Noailles.

dernier ressort devant la grand'chamhre du parlement, et M. de Xesmond siégeait comme second président, nommé parmi les juges do la chambre de justice.

Ce procès, commencé depuis trois ans déjà, et que ses longues péripéties ont rendu un des événements curieux de cette époque, occupait alors tout le monde , et passionnait surtout la haute société.

Soupçonné et accusé devant le roi à l'heure même où il donnait à Louis XIV et à toute sa cour une fête splendide dans son château de Vaux , le fastueux et léger surintendant Fouquet s'était vu , peu de jours après, arrêter et jeter en prison, comme coupable du désordre des finances de TÉtat.

Sans doute les dilapidations du ministre étaient coupables, mais le désordre des temps et l'exemple étaient une excuse; aussi son caractère aimable et généreux, son esprit vif et brillant, son amour pour les lettre^ et les arts lui avaient-ils t'ait beaucoup d'amis qui lui restaient fidèles dans le malheur.

Mais la vanité, les succès du surintendant, le luxe insolent qu'il affichait, lui avaienl attiré des inimitiés plus nombreuses encore, qui conspirèrent sourdement sa ruine. Des le commencement du procès, le projet de le perdre fut tramé avec un art si odieux, et la conduite de ses ennemis, dont plusieurs étaient ses juges, fut si passionnée, qu'on se serait intéressé à lui , même quand il eût été plus coupable qu'il ne l'était.

Parmi ces juges était M. de Pussort, oncle du président de Nesmond et l'un des plus acharnes ennemis de Fouquet. M. de Nesmond, qui aurait pu le récuser, et y avait d'abord songé , ne le fit pas. Le chagrin qu'il en conçut fut, dit-on», la cause déterminante de cet érésipèle qui, se portant à la tête, mit aussitôt sa vie dans le plus grand péril. Mais comme il ne semblait se préoccuper que du sort du surintendant1 et oublier son état, Mme de Miramion fut chargée par sa famille de lui annoncer sa mort prochaine et de l'y préparer.

M. le président de Nesmond mourut, en effet, peu de jours après (le 29 novembre 1664), dans les bras de Mme de Miramion, au milieu de toutes les consolations de la religion.

« Le bruit courut alors , dit Conrart dans ses Mémoires, que dans son testament il avait chargé ses héritiers de demander pardon pour lui à M. Fouquet et à sa famille2, de ce qu'il avait opiné contre la récusation qu'avait faite le surintendant de MM. Voisin et Pussort : disant qu'il n'avait émis cette opinion que pour sauver leur honneur, et d'après l'assurance qui lui avait été donnée qu'aussitôt

1 Fouquet fut condamné par le plus grand nombre de ses juges à la peine du bannissement; quelques-uns avaient opiné pour la mort, mais le roi commua l'exil prononcé contre lui en une dé-

4 tention perpétuelle. Conduit à la forteresse de Pignerol, il y resta jusqu'à sa mort, arrivée en 680.

2 Mme Kouquet mère , née de Meaupou , âgée de soixante-douze ans, et Madeleine de Castille de Villemareuil, seconde femme de Fouquet.

MADAME DE MIIIAMION. 180

que la chambre aurait prononcé en leur faveur ils se récuseraient d'eux-mêmes. »

Ce bruit est ai^si confirmé par une lettre de Mme de Sévigné à M. Arnaud de Pomponne, en date du 3 décembre 1 66 i , disant : « On dit que M. de Nesmond a témoigné en mourant que son plus grand déplaisir était de n'avoir pas été d'avis de la récusation de ces deux juges ; que s'il eût été à la fin du procès, il aurait réparé cette faute; qu'il priait Dieu qu'il lui pardonnât celle qu'il avait faite. »

Les Mémoires de Conrart mentionnent encore que « M. le premier président de Lamoignon, frère de la femme du président de Nesmond, fit, dès le lendemain de grand matin, nommer son neveu, fils du défunt président, en présence de MM. les présidents Lecoigneux et de Mesme. Tout cela se fit avec précaution, à cause du fils aine du président de Longueil de Maisons, qui prétendait prendre cette place avant M. de Nesmond. » Ce dernier devint , en effet, à cette dale, présidente mortier au parlement de Paris, au lieu et place de son père.

M""' la présidente de Nesmond, qui était déjà

malade depuis longtemps, mourut peu de jouis après son mari.

« Il y avait trente ans qu'elle secourait rt visitai! assidûment les pauvres de la paroisse de Saint- Nicolas; l'abbé Ferrel ordonna à M"" de Miramion (Wn] prendre soin à sa place, el comme elle ne refusai! jamais rien de ce qui pouvait plaire à Dieu,

elle ajouta cette charge à toutes celles qu'elle avait déjà1. »

Quelques personnes pieuses avaient craint que les deux communautés que Mme de Miramion avait réunies ne s'accordassent pas toujours ensemble. Mais Dieu a permis de voir dans la suite que cette union était son ouvrage, par la paix et la charité qu'il a fait régner entre toutes les sœurs, qui, selon l'expression du prophète-roi , « n'ont jamais eu qu'un même cœur et un même esprit ».

Par son crédit elle obtint, en récompense des services rendus par cette maison, que le contrat légal d'union entre les deux communautés fût définitivement conclu , en présence et avec l'agrément de l'archevêque de Paris, M. Hardouin de Péréfixe2; et, en 1668, cette institution, grâce à elle, fut approuvée et confirmée par Mêr le cardinal de Vendôme, légat à latere du Saint-Siège en France.

ce Les filles de Sainte -Geneviève, de leur côté, sentaient vivement les obligations qu'elles avaient à Mme de Miramion. Leur reconnaissance voulait éclater en toutes manières , et un jour elles s'avisèrent, sans la consulter, de passer un acte par-devant notaire , par lequel elles la reconnaissaient

1 Ghoisy.

2 Le 14 septembre 1G65.

MADAME DE MIKAMION. 101

pour leur institutrice et leur bienfaitrice. M. Ferre t, leur supérieur, l'approuva ; mais à peine Mme de Miramion le sut-elle, qu'elle envoya quérir un notaire et déclara qu'elle renonçait à des qualités qu'elle n'avait pas méritées; que c'élait MUe de Blosset qui avait institué les filles de Sainte-Geneviève, et que si elle leur avait rendu quelques services, la gloire en était due à Dieu, et qu'elle les priait seulement de lui donner part dans leurs prières. »

Sous la direction dune supérieure si modeste et si sage, la communauté des Miramionnes, ainsi qu'on l'appelait généralement, n'avait pu manquer de prospérer rapidement. Aussi, malgré toute sa modestie, M"* de Miramion fut-elle bientôt obligée de reconnaître que le bon ordre et l'économie avaient déjà mis cet établissement en état de se soutenir par lui-même et de vivre désormais de ses propres ressources. C'était l'unique but qu'elle s'était proposé d'atteindre. L'avenir de cette maison, et la durée de cette œuvre après sa mort, avaient été longtemps son plus grand sujet d'inquiétude; mais, en la voyant désormais si solidement établie, elle fut rassurée, et ne songea plus qu'à en affermir davantage l'existence en lui procurant de nouvelles ressources.

Dans ce but, elle lit acheter, par la communauté elle-même (qu'elle desirait ainsi substituer peu a peu à sa personne), une troisième maison, contiguë aux deux premières, sur l<i quai de la Tournelle, et donna pour l'aider dans cette acquisition une soumit'

de dix mille francs; au moyen de cet agrandissement on ajouta une classe payante aux deux classes gratuites qui existaient déjà, ce qui permit de porter à irois cents le nombre des enfants admis dans la maison. On reçut en même temps quelques religieuses de plus, et on prit plusieurs grandes pensionnaires, dont la dot et les annuités vinrent grossir les revenus de la communauté.

Au milieu de ses succès, « son humilité était extrême; elle ne manquait jamais de s'accuser de ses fautes, comme la dernière fille de la communauté. C'était une pratique qu'elle avait établie et qu'elle a toujours observée. Elle y songeait auparavant avec beaucoup d'attention, mettait ses fautes par écrit et les lisait en plein chapitre. Voici l'un de ces billets; il fera juger des autres1 : »

Je dis très-humblement ?na coulpe f faute) , de mon peu de fidélité à la grâce , de mes distractions et de mes dissipations , de mon peu de recueillement ; de n'avoir pas été assez exacte à prendre du temps pour prier , de n'avoir pas été assez occupée de la présence de Dieu et de ne lui avoir pas assez offert toutes mes actions.

Je n'ai pas eu assez de charité pour le prochain , j'ai eu de l impatience contre des visites inutiles.

A l'égard de notre communauté , je me sens coupable de la plus grande partie des fautes qui s'y commettent par le mauvais exemple que je lui donne.

Je n ai pas été assez fidèle aux exercices quand je Va% pu.

1 Ghoisy.

MADAME DE MIRAMI<>\. 193

le n'ai pas eu assez de zèle pour son bien spirituel ; je n'ai pas eu assez de douceur, de support et de prévenance pour ?ws sœurs.

Je leur ai parlé d'un air trop fier; f ai senti des mouvements d'impatience contre quelques-unes (Telles, je m'y suis laissée aller contre la rue que Dieu me donnait, et quelquefois je ne les ai pas averties par lâcheté , par lassitude et à cause de la peine que j'avais de ce qu'elles ne faisaient pas tout ce que je souhaitais.

Quand j'ai eu à leur parler, je n'ai pas été assez fidèle a demander a Dieu tout ce dont j avais besoin pour cela.

Je n'ai pas assez obéi, j'ai fait quelque chose sans permission ; je fais souvent ma propre volonté, et presque toujours dans les petites choses ordinaires.

Je ne pratique presque point lu mortification , et j'en sens de ht peine extérieure , ni la pauvreté , car rien ne me manque.

Il me semble que je dispose de plusieurs choses selon mon inclination ; je ne sais ce que c*est que de garder le silence; je suis superbe, je suis bien aise d'être louée

ri aimée.

J ai eu de la peine et un peu de trouble pour dett.r

affaires, pane qu'on parlait contre moi et qu'on trouvait ù redire sur ma conduite ; j'en ai eu beaucoup de peine, et cela par orgueil , j'en suis toute pleine.

Celte humilité, ce zèle et ce respect pour la règle,

joints à tant de charité , ne tardèrent p;ts à étendre

la réputation de M"" <!<* Miramion, non- seulement

dans tout Paris, m;ii> encore dans plusieurs villes

voisines; et, vers la fin de 1669, une communauté, qui était établie depuis longtemps à Amiens, lui envoya deux religieuses chargées de lui demander ses conseils sur la direction de leur maison. Mme de Miramion pensa que l'exemple et la pratique leur seraient plus profitables que toutes les théories. Elle les retint chez elle pendant plus d'un mois, et les renvoya si charmées de tout ce qu'elles y avaient vu et entendu , que peu de semaines après, d'autres sœurs revenaient la supplier, au nom de leur supérieure, de vouloir bien réunir leur communaulé à celle des filles de Sainte-Geneviève, et de leur en donner l'habit et les constitutions.

Mme de Miramion résista d'abord; mais levêque d'Amiens et M. de Chauvelin, intendant de Picardie, étant venus joindre leurs prières à celles des religieuses, elle céda. Peu de jours après elle était à Amiens, où l'union des deux communauiés fut faite suivant les règles voulues. Toutes les religieuses firent leur noviciat et leur profession sous ses yeux , et elle ne partit qu'après leur avoir fait ouviir des écoles, visiter et panser les malades, et mettre enfin en pratique toutes les œuvres ordinaires de sa communauté. Pour assurer même après son éloignement le maintien de cette bonne direction, elle laissa à la tête de la maison deux religieuses très -capables qu'elle avait amenées avec elle, et s'en retourna seule à Paris. Mais les acclamations et. les bénédictions de tous les habitants d'Amiens l'accompagnèrent jusqu'aux portes de la ville, et les

MADAME DE MIRAMIOX. 195

lueurs des feux de joie qu'on avait allumés en son honneur, la suivirent encore plus loin.

Les libéralités, les soins, et surtout les exemples donnés par Mm de Miramion avaient porté leurs fruils et, en moins de dix ans, sa communauté était devenue l'un des établissements religieux et charitables les plus importants et les plus avantageusement connus de Paris et de la province.

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