C.olligite frigmenlil , ne perçant
Compte rendu tie M'"e de Miramion à If. Ferrel , son directeur,
sur les grâces que Dieu lui Faisait pendant ses 01 -tisons.
Quelques jours avant la fête de la .Madeleine en 1674, la personne que vous savez ' étant en oraison dans un bois, et s'occupant de la grâce qu'elle avait d'être un peu dans la solitude, sentit un grand désir d'aimer Dieu et de ne s'occuper que de lui seul ; il la favorisa, ce lui semble, de quelques grâces d'union ei d'abandon a lui, et quelque temps après il lui lit voir que la retraite extérieure était quelquefois: bonne et nécessaire; mais qu'il fallait qu'elle lut
1 M»" «le Miramion, pour se cacher en quelque façon , parlait
d'elle à la troisième personne dans ses écrits.
toujours en retraite intérieure, dans toutes les occupations que la Providence lui présenterai», en s'unissant toujours à lui ; qu'il ne tenait qu'à elle de le faire; que si elle avait de la fidélité, elle serait toujours en sa présence, faisant tout pour lui, sans précipitation et en paix.
La veille de la Madeleine, la nuit, à son oraison, Dieu enleva son cœur par cette pensée qu'il était tout-puissant et indépendant , n'ayant besoin d'aucune chose; elle s'en réjouit avec lui; la confiance vint aussitôt et ensuite l'amour, ou au moins le désir de l'amour et la confiance presque assurée qu'il lui ferait la grâce de l'aimer parfaitement, de vivre et mourir dans l'amour et pour l'amour de lui seul : Dieu lui fit voir que pour parvenir là il fallait êlre extrêmement recueillie, unie à lui, douce, charitable, humble, dégagée et dénuée de toutes choses.
Elle revenait toujours à dire : O/ez, Seigneur, et mettez en moi selon votre bon plaisir; et s'étant recouchée après son oraison, qu'elle faisait toujours à genoux, elle demeura si transportée de la grâce de Dieu qu'elle avait ressentie, qu'elle ne pouvait s'endormir.
Elle dit son Credo avec une grande foi, et elle en fut fort touchée; cela continua presque jusqu'à ce qu'elle retournât à l'oraison du matin, et ensuite à la messe, où elle communia. Pendant tout ce temps et même à son action de grâces, elle fut occupée devant Dieu de ces pensées; il lui semblait que ce n'é-
tait pas elle qui s'occupait, mais Dieu en elle, qui lui lit un détail de toutes les vertus et de la manière dont elle les devait pratiquer, commençant par sa sainte présence. 11 lui sembla qu'il lui disait au fond du cœur, qu'en travaillant pour lui elle pouvait être unie à lui, faire les choses les unes après les autres sans être empressée, qu'elle l'était encore trop, qu'elle devait se souvenir qu'il était au milieu de son cœur, qu'il fallait être douce, charitable, cordiale et prévenante envers les sœurs, les porter dans ses mains et agir avec elles comme Jésus-Chri>t avait fait avec ses apôtres, reprendre doucement et pardonner aisément. A l'égard des personnes du dehors, être honnête, civile, et leur témoigner de 1 amitié; entrer dans leurs moindres intérêts et pensées avec patience et avec charité, leur parler doucement à chacun selon sa force; il faut exceller en cette vertu de charité.
Dieu lui fit voir qu'il fallait être dans la mortification, et comme elle voulait voir en quoi, on lui dit au fond du cœur de proposer ses besoins et de l'aire avec fidélité re qu'on lui permettrait. Dieu lui inspira aussi qu'il la voulait dégager, non-seulement de tout ee qui n'est pas lui, de Bile, de frères, de sieurs, de tous amis, de biens, d'honneurs, de plaisirs, mais encore de choses spirituelles, de loul goût à l'oraison, de la sensibilité de la foi, (lu délaissement apparent de la grâce et soutien de Dieu, du goût de la communion.
Le lendemain, étant encore en oraison dans le
bois, remplie de toutes ces grâces, surtout de ces vues de la foi , de l'espérance et de la charité, Dieu, ce lui sembla, la fit souvenir des pensées qu'il lui avait données il y avait trois ou quatre ans, qu'il fallait qu'elle vécût et mourût clans l'amour et pour l'amour de son Dieu.
Résolutions de Mme de Miramion pour son salut
Dieu est si grand, qu'il occupe tout, et je suis si peu de chose : je ne me puis passer de sa présence , et j'ai toujours besoin de lui.
Le plus grand de tous les maux, c'est d'être privée de Dieu, et le plus grand bien, c'est d'être unie à lui, ce que je ne puis faire ici -bas que par la foi animée de la charité.
Résolution avec la grâce de Dieu de me souvenir très-souvent de sa présence, qu'il est en moi et moi en lui, et en toutes choses le croire, l'adorer, l'aimer et m'anéantir en lui.
Dieu agit continuellement en moi, et en tout lieu pour sa gloire, je dois toujours agir à même fin pour sa seule gloire, et n'avoir qu'une même volonté avec lui, et que toutes mes paroles, actions et pensées soient conformes aux siennes.
Lui demander qu'il ôte de moi tout ce qui pourrait lui déplaire, et qu'il y mette par sa puissance
APPENDICE. Mol
tout ce qui lui plaît; le priant de se contenter pleinement, sans regarder ma satisfaction sensible; il ne m'importe pas que je sois contente, pourvu que Dieu le soit.
J'ai conçu un grand désir d'être unie à Dieu , nonseulement par acle, mais par abandon ; j'ai prie Dieu de me tirer à lui , de me perdre , abîmer, el de consumer ma volonté dans la sienne, pour que je ne sois plus qu'un avec lui.
Avoir une si grande estime de tout ce qui est Dieu, que je méprise tout ce qui n'est point lui et ne m'y attache aucunement, en disant : Cela n'est point mon Dieu, et tout ce qui n'est pas Dieu ou ne mène pas à lui, nous doit être comme rien; sacrifier tous les jours à son amour tout ce qui m'est de plus cher sans réserve.
Me tenir plus recueillie, point emportée en paroles et en actions; lorsque je parlerai à nos sœurs en particulier et en général , je demanderai à Dieu sa grâce, et le prierai de leur parler par ma bouche, et attendre tout de lui seul.
Quand je serai dans quelque assemblée de piété, ne dire mes pensées que lorsqu'on me les demandera, et avant de les dire, me recueillir et demander à Dieu ses lumières, afin de ne rien dire que selon ses inspirations; si Ton me demande conseil eu particulier, faire la même chose ; si c'est une affaire importante, demander du temps pour prier Dieu el pour y penser devant lui, prenant toujours l'Evangile pour nia règle.
Je tâcherai de n'être point empressée dans mes actions ni pour les bonnes œuvres que Ton me commettra; n'en pas entreprendre d'un peu considérables de moi-même, mais par obéissance; les faire avec paix et patience, sans désirer par humeur de les terminer plus promptement.
Je ferai mille fois plus de cas de la vie intérieure que de la vie extérieure, et tâcherai de faire en sorte que toutes mes actions extérieures deviennent des actions intérieures par la purelé de mes intentions, les faisant purement pour Dieu seul, sans vouloir y prendre d'autre part que la peine et l'humiliation, s'il y en a.
Je tâcherai de posséder mon âme en paix , afin qu'elle possède Dieu.
Je ne perdrai pas le temps de mon oraison pour une cause légère , et si je suis obligée de le perdre, je tâcherai, dans les vingt -quatre heures, de reprendre au moins deux heures.
Je ferai mon possible lorsque je prierai , pour ne point m'occuper volontairement de distractions et de pensées inutiles, parce qu'elles tiennent dans mon cœur la place que Dieu seul doit occuper; je les retrancherai avec le secours de sa miséricorde par esprit d'amour et dans le désir d'être unie à lui.
Pardonner, aimer, supporter et faire du bien à mon prochain, le servir avec douceur et charité pour l'amour de Dieu, sans témoigner ni répugnance ni peine, dans la seule vue d'honorer Dieu en lui.
Dieu est vérité, je tâcherai de l'honorer par une
grande simplicité et vérité, surtout ne disant jamais rien contre ces deux vertus.
Comme la plus grande partie de mes fautes vient d'un très-grand fonds d'orgueil, je veux travailler, avec le secours de la grâce de Notre-Seigneur, à le détruire pour rendre hommage à la Divinité par des actes d'humilité, d'anéantissement et de mort à moimême, et accepter dans cette vue le mépris qu'on pourra avoir pour moi.
Questions de Mrne de Miramion à son directeur. M. Ferret, et réponses de ce dernier.
Comme vous êtes la personne du monde pour qui Dieu m'a donné le plus de confiance et d'estime , je vous prie de me dire, en cas que Dieu veuille que je lui fasse le sacrifice de votre vie avant celui de la mienne, ce que vous croyez de mieux pour sa gloire sur ce que je vais vous proposer.
Question I. — Savoir qui je proposerai à nos sœurs pour supérieur de notre communauté?
Réponse. — MM. Jolly, Benjamin, Chamillart, Coursier, Itezard, Dumai , Tronçon et Chesnard.
Question II. — S'il ne faut pas que je fasse connaître il nos sœurs la faiblesse de ceux qu'elles pourront me proposer, en cas que j'en connais
Réponse. — Il faut dire le bien et le mal que vous connaîtrez aux conseillères de la communauté.
Question III. — Après que le supérieur sera élu , ne faut-il pas que je lui dise le fort et le faible de la communauté?
Réponse. — Il faut dire au supérieur ce que vous connaîtrez de votre communauté sans blesser le secret.
Question IV. — Ne serai -je pas obligée de lui obéir pour tout ce qui regarde la communauté, et aussi pour mon particulier?
Réponse. — Cela est sans doute.
Question V. — Ne ferais -je pas bien de me défaire de plusieurs petits emplois et occupations extérieures, qui m'obligent à beaucoup de dissipation par mon peu de recueillement, et aussi que je n'aurai personne pour me soutenir et me conseiller, comme vous me faites la grâce de faire, sans quoi je n'aurais pas, ce me semble, l'esprit en repos, et ferais bien des fautes?
Réponse. — Il ne faut point que vous fassiez d'instance pour ne point agir au dehors, vous seriez contre la grâce de Dieu en vous. Si votre supérieur vous le défend, vous lui obéirez.
Question VI. — Ne puis-je pas en conscience demander d'être déchargée de la charge de supérieure, lorsque j'en verrai de propres à remplir cette place plus utilement que je ne fais?
Réponse. — Cela ne peut pas être encore si tôt.
Question VII. — Ne dois-je jamais songer à me faire religieuse?
Réponse. — Otez-vous de l'esprit d'être religieuse, Dieu ne veut pas cela de vous.
Question VIII. — Je vous prie de me déterminer si je dois prendre un directeur, ou si vous croyez (|ue je m'en puisse passer, auquel cas je vous demande ce que je dois faire et comment je dois agir.
Réponse. — Il est bon que vous ayez quelqu'un qui vous conduise.
Question IX. — Si vous jugez que je doive prendre un directeur, dois-je prendre le supérieur que la communauté élira, nr abandonnant à la Providence de Dieu, ou si j'en dois choisir un; auquel cas je vous supplie de le choisir vous-même, je nVen fie plus à vous qu'à moi.
Réponse. — 11 e>t plus parfait que vous preniez celui que la Providence vous enverra. Je ne \ous y oblige pas, et vous en pouvez prendre un autre, si celui-là ne vous convient pas, c'est-à-dire que vous ne vous trouviez pas d'ouverture de cœur pour lui ; je ne puis vous en nommer de particulière; prie/ beaucoup Dieu; la mère Agnes, des carmélites, vodfl peut fort aider, confiez- vous en elle entièrement soit pour vous, soit pour votre communauté.
Question X. — Comment accommoderai -je Des deux autorités de supérieur et de directeur?
Réponse. — Si vous en prenez an antre que le supérieur, vous obéirez à l'un pour votre extérieur,
et à l'autre pour votre intérieur, et vous prierez celui que vous aurez choisi d'avoir égard aux sentiments et aux ordres de votre supérieur.
Question XL — En cas que je prenne un directeur particulier, lui ferai-je vœu d'obéissance? Vous savez les raisons pour et contre.
Réponse. — Ne lui faites point vœu d'obéissance , cela vous pourrait embarrasser à cause de votre supérieur.
Question XII. — Dois-je m' ouvrir à mon directeur nouveau de toute ma vie passée, de toutes les grâces que Dieu m'a faites? dois-je lui faire une confession générale ? Je ne saurais me résoudre pour bien des raisons à dire les grâces que Dieu m'a faites, sans auparavant faire ma confession; j'avoue que par mon grand orgueil j'aurais une grande peine à faire une confession générale; mais, s'il le faut, j'espère que Dieu me fera la grâce de passer par- dessus mon amour-propre. Vous savez ma plus grande difficulté, et ce qui m'a causé de grandes peines pour la faire entre vos mains , et que sans une presse extraordinaire de Dieu, je ne l'aurais pas faite; vous savez quelles étaient mes raisons, je vous prie de me déterminer là -dessus. Premièrement, dites -moi si je puis en conscience me confesser ouvertement du passé, et, secondement, si vous me conseillez de le faire.
Réponse. — Il est nécessaire que vous disiez à celui qui vous conduira toutes les grâces que Dieu vous a faites; mais il ne faut pas que vous lui fas-
siez de confession générale; je ne vous le conseille point du tout, vous devez vous contenter de celles que vous avez faites; autant que je le puis je vous le défends, à moins que celui qui vous conduira ne vous l'ordonne, ce que je ne crois pas; faites une revue de quelques années et une tous les ans.
Question XIII. — Irai-je toujours à confesse à la paroisse, quoique celui qui me conduise n'en soit pas? J'avoue que je n'aime guère cela, mais n'importe.
Réponse. — Vous devez l'exemple d'aller à confesse à la paroisse, et vous ferez très-bien d'aller au confesseur de la communauté, cela sera plus parfait de dépendre de l'ordre de la Providence et de celui de votre supérieur; vous pourrez , pour vos confessions extraordinaires, aller à celui qui vous conduira.
Méditations pieuses de Mm° de Miramion pendant ses retraites spirituelles: première retraite sous la lirection de M. Ferret