LETTRES
NEUCh. ■ DISE
D'Oleyres. qui voit les choses de plus loin, et dont la tète n'est pas échauffée par l'indignation ambiante, écrit dans son journal :
« On m'a envoyé de Genève une brochure qui fait grand bruit à Neuchâtel et y révolte toutes les têtes. On l'attribue à Mme de Charrière, qui est à Genève actuellement.
Les Lettres neuchâteloises, petit roman fort trivial, sert de cadre à des observations fines et justes sur nos mœurs et usages locaux. » (2 avril 1784.)
Ce jugement plus calme est à peu près celui de la postérité. En ce temps-là, on s'obstinait sottement à voir dans un pareil livre une transcription de la réalité toute pure ; on cherchait parmi ses connaissances les originaux des personnages, on croyait retrouver leurs aventures réelles sous les épisodes imaginés par
le romancier. Evidemment, les Lettres sont une image fidèle de la société neuchâteloise, mais cette image n'est point la plate copie qu'on y cherchait. Il n'est d'ailleurs pas certain que les lecteurs d'aujourd'hui fussent beaucoup plus intelligents ; du moins seraient-ils, grâce à l'accoutumance, un peu moins susceptibles...