LES LETTRES NEI'CHATELOISES
... Ce n'est qu'une bagatelle, assurément. Mais c'est une très jolie bagatelle. Mais il y a de la facilité, de la rapidité dans le style, des choses qui font tableau, des idées qui restent. Mais il y a dans les caractères cet heureux mélange de faiblesse et d'honnêteté, de bonté et de fougue, d'écarts et de générosité, qui les rend à la fois attachants et vrais; il y a une sorte de courage d'esprit dans tout ce qu'ils font ; et je soutiens qu'avec une âme commune on ne les eût point inventés. Mais il y a une très grande vérité de sentiment : toutes les fois qu'un mot de sentiment est là, c'est sans effort, sans apprêt ; c'est ce débordement si rare, qui fait sentir qu'il ne vient que de la plénitude du cœur...»
Il cite une page à titre d'exemple, puis s'écrie :
« Malheureuses gens qui parlez sans cesse de sentiment, comment n'en reconnaissezvous point ici le vrai langage ? Estce peut-être parce qu'il n'y a ni exclamations, ni grands mots ?
Il cite encore avec admiration les plaintes de Juliane :
« Oui, mesdames, ajoute-t-il, c'est précisément ainsi que raisonnent les filles qui vous servent, qui vous habillent, qui vous coiffent ; et au fond, ont-elles si grand tort ? »
Puis, ayant énuméré toutes les scènes et les détails qui l'ont charmé, Chaillet s'écrie :
« j'aime l'idée de faire des Lettres neuchâteloises, je veux dire de fixer le lieu de la scène, et d'y approprier si bien tout ce qu'on dit, que l'on se reconnaisse à chaque page. Elle est très heureuse,