‹ Madame de Charrière et ses amis d'après de nombreux documents inéditsChapitre 56 sur 70 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Romans vécus

«J'ai un sentiment intime de l'égalité de tous les individus. »

(M""de Charrière à M"" L'Hardy).

Le roman d'une femme de chambre; naissance de Prosper. — La Demi- Reine. — Henriette L'Hardy à Berlin. — Avis et conseils de Mn" de Charrière. — La comtesse Dœnhoff arrive à Auvernier. — Son portrait. — Lettres à « Lucinde ». — Le fatalisme de Mmc de Charrière. — L'enfant de. la Demi-Reine. — La Demi-Reine à Bahr ; elle retourne en Allemagne.

« J'ai un petit roman de commencé, écrit Mme de Charrière à son ami de Turin, le 4 février 1792 ; mais des scènes tristes et trop réelles m'ont distraite. Cette fille que vous vîtes rire ici de si bon cœur, ne fait depuis quelque temps que pleurer... Une fois je pourrai vous raconter des scènes bien extraordinaires, mais c'est trop long à écrire ; je n'ajouterai pas : et trop peu intéressant, car je crois qu'ainsi que moi vous mesurez votre intérêt sur le caractère et non sur le rang des personnages. »

Un mois plus tard, elle lui dit encore :

« Le froid tour à tour acre et humide que nous avons depuis quelque temps, joint à de petites persécutions qu'on me fait en la personne d'une autre, ont redoublé mes migraines, et l'une ne finit pas plus tôt qu'une autre recommence. Je dis cela des migraines ; je le pourrais dire des persécutions. Les hommes sont en vérité pour la plupart de sottes ou méchantes bêtes. » (ier mars 1792.)

On sent qu'elle hésite à parler de façon plus précise, et veut préparer son correspondant à apprendre ce qu'elle n'ose lui dire. Mais elle est moins réservée avec ses amies, notamment Mme de Sandoz-Rollin, qui n'ignorait pas l'événement attendu à Colombier. Cette excellente amie était elle-même dans l'attente d'un événement semblable : elle mit au monde, en février 1792, son premier enfant, après des couches extrêmement difficiles. M. de Sandoz annonce à Mlle L'Hardy cette naissance, qui explique le silence de sa femme :

« On voulait vous écrire, sans l'accouchement, une histoire fort détaillée et qui vous aurait intéressée : c'est relativement à la grossesse d'Henriette Monachon. Apparemment que Mmc de Charrière vous en aura parlé, mais ce qu'elle ne vous aura pas dit (car elle est fort prévenue pour cette fille), c'est qu'il est très apparent qu'elle fait des tracasseries sans nombre dans la maison. Il y a tout lieu de croire que ladite H. M. a un mauvais caractère et que Mme de Ch. en est la dupe. Caroline aurait beaucoup voulu pouvoir désabuser son amie, mais cela ne se pouvait pas ; il n'y avait rien de positif à alléguer contre cette fille, et Mme de Ch. ne revient pas facilement de l'amitié qu'elle a une fois ressentie pour quelqu'un. Il serait horrible qu'une aussi bonne maîtresse fût trompée. Ne dites rien de tout ceci à Mme de Ch. ; que nos doutes, qui ne sont cependant pas sans fondement, restent entre nous. Caroline fera tout ce qu'elle pourra pour débrouiller ces vilaines affaires. »

Mme de Charrière avait adopté son Henriette, et n'entendait pas abandonner la pauvre fille à ses détracteurs. Elle écrivait à Mme de Sandoz cette lettre vraiment touchante :

« J'ai une grande indulgence pour les défauts d'Henriette Monachon, pour sa brusquerie, son impatience, l'exagération avec laquelle elle apprécie, sent, exprime chaque chose, et cela non seulement parce qu'elle m'est d'ailleurs très agréable, mais aussi parce qu'elle me ressemble dans toutes ces choses-là et que je crois devoir expier avec elle ce que j'ai fait souffrir à d'autres par ces mêmes défauts, plus inexcusables en moi qu'en elle, vu la différence de nos éducations. Mais cette indulgence ne m'empêche pas de la voir comme elle est, de souffrir et d'être quelquefois blessée, d'autres fois étonnée seulement, qu'avec tant d'esprit, elle ait si peu de sens, de prévoyance et de capacité pour saisir une chose dans son ensemble, prenant son parti sur ce qui est inévitable, pour s'attacher aux ressources qui lui restent et qu'on lui offre... Elle voudrait que tout se passât comme si elle n'était pas grosse.... »

ROMANS VKCl'S

Après une description minutieuse de l'état physique et moral de la malheureue, elle constate ce qui suit :

« Son attachement pour moi se fait à peine jour au travers de tant de sensations douloureuses, et comme je ne puis lui ôter sa grossesse, je crois qu'elle ne m'est dans ce moment obligée de quoi que ce soit. Ce n'est pas là ingratitude ; c'est incapacité d'imaginer les maux dont je la délivre par mes soins, tandis qu'elle sent si fort ceux que je ne puis lui épargner... Si elle accouche heureusement, elle vaudra beaucoup mieux qu'elle ne valait avant cette sottise. Elle sera plus indulgente, moins décidée à ne suivre que sa tête, elle aura un peu plus de défiance d'elle-même ; outre cela, j'espère qu'elle se portera mieux.

Mlle Henriette [de Charrière] a un visage d'une aune. Ml,e Louise a bien de la peine à concilier dans sa tête tous les différents intérêts, préjugés, convenances, ressentiments, etc. Nous ne parlons de rien. Je suis aussi prévenante que je puis avec Mlle Louise, mais je traite haut la main l'air prude et sévère et retrait et redressé de l'autre. Quand je compare sèche pruderie, habitude sale et égoïste, cœur glacé, précautions dépravées, — et grossesse, c'est à grossesse que je donne la préférence. Chasteté céleste qui coûtât un peu, mais ne parût pas coûter, serait une plus belle chose sans doute, mais elle est si rare !... » (7 janvier 1792.)

Elle fit tête vaillamment aux indignations qui éclataient autour d'elle, dans la maison, au salon et à l'office ; au village et à la ville. Car ce fut un gros scandale, dont le Consistoire, gardien des mœurs, eut à s'occuper. Quand s'approcha le terme d'Henriette, sa bonne maîtresse l'envoya faire ses couches à

LOUISE DE CHARRIKRE

Auvernier chez la mère Ambos, sage-femme estimée dans toute la contrée. Entre temps, nous l'avons vu, Mme de Sandoz avait mis au monde une fille et l'avait nommée Isabelle, à cause de Mme de Charrière, qui lui écrit le 19 mars 1792 :

« Recevez mille remerciements et bénédictions de moi pour vous, pour votre mari et votre enfant, que je regarde comme ma filleule, sans préjudice de quelque autre, dont, s'il plaît à la Providence de le faire naître, et de me faire continuer de vivre, je serai la marraine de très grand cœur... Henriette est à Auvernier depuis dix jours. Elle m'écrit et je lui réponds tous les jours. Il y a ici un sursis de mic-mac domestique, mais des cuisines, le mic-mac a un peu passé dans les appartements des maîtres. Mlle Tulleken m'a trouvée froide et trop peu confiante, et il est bien vrai, soit dit fort entre nous, qu'un certain mélange de subtilité, de romanesquerie et de mijaurisme s'est mis à m'impatienter beaucoup; mais je dois et elle mérite, etc., etc., etc.. Vous devinez le reste. »

Le 3 avril, elle annonce l'événement :

« Je me sens soulagée d'un grand fardeau. Henriette, qui avait encore passé ici une grande partie du jour d'avant-hier, qui m'avait coiffée et habillée, et ne s'en était retournée à Auvernier qu'à 6 Y2 heures, appuyée sur l'une ou l'autre des deux petites Lisettes, est accouchée heureusement 24 heures après d'un garçon, qu'on m'a dit être fort gros et fort bien conformé... Je viens d'envoyer du lait pour l'enfant, de l'eau de Vaud (?) et de la soupe au gru pour la mère, qui, j'espère, reviendra auprès de moi dans une quinzaine de jours... Elle aura fait (avec peine et risque, il est vrai) un saut heureux de l'inquiète jeunesse à la sage maturité. Homme, enfant; coquetterie, plaisir, regrets; honneur et honte, — elle sait ce que c'est que tout cela, et ne sera ni une curieuse, triste, prude fille, ni une plate, soucieuse, malheureuse femme. Il lui resterait encore, ce qui serait le pis de tout, à être libertine et effrontée, mais je suis très persuadée que cela n'arrivera pas. L'enfant restera ici au village, et le voyant pour ainsi dire tous les jours, elle aura toujours sa faute devant les yeux, en même temps qu'elle la réparera, et se montrera aussi bonne mère qu'elle a été une imprudente fille. Tout ceci s'est bien arrangé selon mon humeur. La faute, le déshonneur, n'ont point été palliés ni diminués par aucun mystère, mais des vertus seront offertes en sacrifice expiatoire et désarmeront le public, s'il est assez juste pour qu'il vaille la peine de le vouloir désarmer.

Demandez, je vous prie, à M. Alphonse s'il est besoin d"un parrain pour faire baptiser un enfant. »

ROM VNS VECU;

Elle s'était constituée marraine du petit garçon, qui fut baptisé, sous le nom de Prosper Monachon, le 14 avril. Le secrétaire du Conseil d'Etat, M. de Sandoz-Rollin, figure dans l'acte comme parrain à côté de Mme de Charrière. Nous possédons une jolie lettre sur ce baptême, adressée à d'Oleyres :

« Aujourd'hui, en dépit des méchants, des prudes, des sots, des incléments, je fais baptiser un enfant dont le père est inconnu à moi-même, et je reprends sa mère, cette femme de chambre que vous vîtes rire de si bon cœur avant qu'on l'eût rendue malheureuse... Elle n'a pas voulu attendre plus longtemps à revenir auprès de sa maîtresse, qui est aujourd'hui sa seule parente, sa seule amie.... M. Alphonse Sandoz a bien voulu être le parrain, et je le fais représenter par un vieux vigneron, tandis qu'une petite fille, la fille de la sage-femme, me représente. Voilà, Monsieur, la nouvelle du jour dans ces quartiers. Que ne m'a-t-on pas fait souffrir dans cette occasion ! Henriette revient à pied d'Auvernier. J'entends dans cet instant le chariot qui ramène le paravent, le lit, la bassinoire... Si vous n'étiez qu'un homme diplomatique, que l'homme de vos fonctions, combien ne vous devrais-je pas d'excuses de vous avoir entretenu dans mon attendrissement de niaiseries pareilles ! Mais je connais votre cœur, Monsieur. »

La recherche en paternité s'exerçait alors dans notre pays. Selon l'usage, la Seigneurerie avait donné l'ordre de recueillir, au moment des couches, « la déclaration en paternité à faire par Catherine-Henriette Monachon, ci-devant fille de chambre chez M. de Charrière, aujourd'hui domiciliée à Auvernier. »

« Nous étant transportés, dit le procès- verbal, dans son dit domicile, où l'ayant trouvée en travail d'enfant, et lui avoir fait les exhortations requises en cas semblables, elle nous a déclaré que l'enfant mâle qu'elle venait de mettre au monde, elle le gardait pour son compte... »

Mme de Charrière avait déposé à l'avance le cautionnement garantissant que l'enfant ne tomberait jamais à la charge de la Seigneurie '. Henriette ne fut pas inquiétée davantage, et sans doute Mme de Charrière demeura seule avec elle à connaître le secret de la naissance de Prosper : on renonça à rechercher le séducteur. (Nous avons bien notre idée au sujet de ce père inconnu, mais elle est trop incertaine pour être exprimée.) Elle écrivait à Mlle L'Hardy, le 5 avril 1792 :

1 Manuel du Conseil d'Etat, 7 février 1792.

« De quels tourments n'ai-je pas été témoin ! Que de larmes j'ai eu à essuyer nuit et jour ! Quelques personnes me priaient de la renvoyer, comme si c'était une complaisance à avoir, une politesse à leur faire. Ils diraient bien qu'ils me conseillaient, mais je n'appelle pas conseil ce qui n'est ni motivé, ni raisonné. »

Son frère cadet, Vincent de Tuyll, qu'elle avait renseigné sur cette pénible affaire, se montra plus compatissant. Il écrivait de Hollande, le 30 juin 1792 :

« Pauvre fille que votre Henriette ! Mais qu'elle est heureuse de vous avoir pour maîtresse ! Chez une autre elle serait perdue. Je ne conçois rien à son histoire : être enceinte, ne point vouloir de secours du père de l'enfant, ne pas vouloir se marier, et savoir se taire, tout cela est pour moi un problème inintelligible. Peut-être qu'il y a dans sa conduite beaucoup de vertu. L'on ne peut que vous louer et la plaindre... Votre bon cœur vous a rendue indulgente. Et ne seriez-vous pas indulgente, avec votre sensibilité ! surtout envers une personne d'un caractère comme vous le dépeignez. Pourquoi désapprouve-t-on une bonne action, qui n'a pour but que de la faire et de récompense que de l'avoir faite. On ne peut contenter tout le monde et son père. »

Mme de Charrière avait pris son parti de l'aventure avec un optimisme que plusieurs taxèrent de coupable indulgence et de légèreté morale. L'austérité du pasteur Chaillet fut fort scandalisée de ce que sa spirituelle amie ne l'était pas davantage. Mais la plus vive indignation fut celle de Mme DuPasquier, mère de Susette, alors à Berlin. Mme de Charrière se « dégonfle » contre elle dans une page d'une verve singulière, adressée à Mlle L'Hardy (8 mai 1702) :

« Henriette a certainement fait une imprudence, une faute, mais non commis un crime. D'ailleurs, je ne lui connaissais qu'un défaut, et celui-là devait diminuer ou disparaître après la faute commise, et en effet je ne l'aperçois plus : c'était une fière et opiniâtre confiance en elle-même. Je suis peu sensible à ce défaut-là. Je le trouve naturel et très excusable chez une jeune personne qui ne s'est pas encore souvent observée, qui ne sait pas combien les objets peuvent avoir d'autres faces que celles sous lesquelles elle les a envisagés. Les vieux opiniâtres, les vieux présomptueux sont nécessairement des hommes qui n'ont pas su voir leurs erreurs, ni profiter de leur expérience ; mais les jeunes gens ne doutant de rien trouvent grâce entière devant moi. Je fus étonnée quand je vis Mme DuPasquier

ROMANS VECUS 4OÛ,

choisir de préférence pour la servir un enfant très doux et très timide ; je l'en plaisantai même. Pour moi, qui ai un sentiment intime de l'égalité de tous les individus de même espèce, je ne désire point de trouver une obéissance aveugle et passive. Il n'y a pour moi ni grand seigneur que je respecte Parce qu'il est grand seigneur, ni polisson que je dédaigne Parce qu'il est un polisson. Mme DuPasquier a trouvé Henriette impertinente d'avoir son avis et de le soutenir contre moi ; mais il me plaît de voir et sentir une personne à mes côtés, et non un automate ou une esclave. Si elle a raison contre moi, c'est à moi à céder ; si j'ai raison, j'espère la convaincre. Cela m'est plus aisé à présent qu'autrefois, parce qu'elle a un sentiment très vif de l'erreur où elle est tombée et de l'utilité dont lui ont été mes soins et mes directions pour la lui rendre la moins fâcheuse que possible. Elle a beaucoup d'esprit, beaucoup de sens, un agrément extrême dans sa manière de s'exprimer. C'est quelque chose que cela pour moi, et une docile sotte n'est pas du tout ce qui me convient. Mais savez-vous qui est vraiment une impertinente ? C'est Julie DuPasquier. »

Mme de Sandoz avait raison d'appeler son amie de Colombier une « incomparablement bonne maîtresse, unique de son espèce. » C'est dans une lettre à Mlle L'Hardy que je rencontre ces mots, qu'elle explique :

« Je ne saurais vous dire tout ce qu'elle a fait pour cette fille. Je défierais l'amie la plus tendre d'en faire davantage pour son amie. Pendant la grossesse, Mme de Charrière a passé plusieurs fois la journée au lit pour lui éviter la peine de le faire...; tout le reste à l'avenant. Si, après tout cela, cette fille pouvait encore donner le moindre soupçon qu'elle n'a pas pour sa maîtresse les sentiments qu'elle lui doit, il faudrait qu'elle fût un monstre, le rebut de la nature. »

Cependant, le bruit peu à peu s'apaisa, et l'on oublia l'accident. Henriette reprit sa place auprès de Mme de Charrière et l'on ne parla plus d'elle... jusqu'à la prochaine fois.

Les tracas et les soucis de cette affaire ébranlèrent gravement la santé de l'indulgente maîtresse. Lorsque, pendant l'été 1792, Benjamin vint lui faire quelques courtes visites, il la trouva malade, énervée. L'état de la pauvre femme alla en empirant ; elle fit, pendant l'automne, une assez grave maladie, sur laquelle nous n'avons que des renseignements vagues. Ses rares lettres de ce moment ont été dictées. Déjà bien souffrante, elle travaille encore à un petit roman dont nous parlerons plus loin :

<< Henriette et Richard sont allés leur train, malgré le triste état de l'auteur, J'ai un peu écrit, et M. de Charrière a beaucoup copié. »

Puis, à peine convalescente, nous la retrouvons à son clavecin, travaillant à ses éternels opéras, Zadig et le Cyclopc ; elle est tout heureuse d'avoir écrit «une marche funèbre et très lugubre, et quelques airs naïfs et champêtres dans Polyphèmc, et une marche pompeuse et brillante dans Zadig.»

Toutes ces occupations réussissaient à peine à apaiser l'amer ressentiment qu'elle gardait au cœur, des <• persécutions » infligées à son Henriette. Ce qui irritait son sentiment d'égalité et de justice, c'était de voir, justement alors, ces Neuchâtelois, si sévères pour une pauvre femme de chambre, se montrer pleins de prévenances pour la maîtresse d'un roi.

La comtesse Dœnhoff, que nous verrons bientôt à Neuchâtel, n'était autre, en effet, que la favorite du roi de Prusse, Frédéric- Guillaume II, neveu du Grand Frédéric, à qui il avait succédé en 1786. Marié à 21 ans avec Elisabeth de Brunswick, il avait divorcé, puis épousé une princesse de Darmstadt ; cette seconde union fut aussi malheureuse que la première. Le prince avait une maîtresse en titre, la femme du valet de chambre Rietz, plus tard comtesse de Litchenau, qui survécut à tous les mariages et à tous les divorces. Il s'éprit entre temps de Mlle de Yoss, qui était cousine du ministre de Finkenstein, et qui cachait sous ses airs d'ingénue le goût de la volupté : ce mélange pervers avait séduit le prince. Lorsqu'il devint roi, Mlle de Voss réclama un mariage de la main gauche, le consentement écrit de la reine et l'éloignement de la Rietz : le monarque accorda les deux premier points. — mais la Rietz demeura. L'affaire fut soumise au Consistoire, qui trouva le précédent de Philippe de Hesse en I539, et l'exemple rassurant de la tolérance de Luther et de Mélanchton. Frédéric-Guillaume épousa en 1787 Mlle de Yoss, qui devint comtesse d'Ingenheim, et mourut deux ans après. Mais, en 1790, Mlle Dœnhoff fut présentée à la Cour. Elle était délicieusement blonde, — comme Mlle de Voss ; — elle avait le même ragoût de piétisme et de sensualité... Il fallut encore épouser, et il se trouva un prédicateur de Cour pour bénir ce nouveau mariage ! La reine offrit à la fiancée des girandoles de diamants ; la reine douairière la reçut..... mais Mme Rietz resta.

Ainsi, le roi, veuf de Mllc de Voss, avait en 1790 trois femmes vivantes : la princesse de Brunswick répudiée, la princesse de Darmstadt séparée, mais gardant la qualité de reine, et la comtesse Dœnhoff, épouse morganatique.

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