‹ Madame de Chatillon (Isabelle-Angélique de Montmorency)Chapitre 10 sur 30 · MOTTEVILLE · texte numérisé non relu

MOTTEVILLE

(2) A. G. R., II, 197-198, La Comtesse de Langeron à la reine de Pologne, précité.

heureusement contre elle la faiblesse de. sessens et la véhémence de ses désirs. Si bien que toujours les conclusions physiques précèdent et font oublier les préoccupations matrimoniales. Le commandeur de Jars, Joyeuse et vingt autres ont déjà jalonné d'ivresses ses jeunes années. Mais ils n'ont point éteint le foyer qu'elle porte en elle. Son cœur est semblable, pour la combustion, à celui de ces christs ingénus dont l'imagerie catholique dévoila la sainte anatoraie.

Les médisances accompagnent ainsi qu'une musique le sillage de ses jupes et les chansons naissent devant elle comme jadis les fleurs naissaient sous les pas des princesses légendaires,

Guerchy en fesse Saint-Maigrin en cul Sont deux bougresses Qu'on fout pour un escu (1).

Pour pallier l'exagération des bardes orduriers, les poètes de la délicatesse lui tressent heureusement une auréole. Loret se torture la cervelle à lui consacrer des louanges toujours nouvelles ; Boisrobert vante le miracle de sa claire carnation ; Beauchasteau la classe parmi les divinités de l'Olympe ; Benserade l'invite à

(1) B. N., ms. 12638, f» 2-10. V. aussi pp. 131, 147, 150, 173, 243, 244,267, 268,273, 291. V. également, ms. n« 12637, pp. 95,. 153, 215.

méditer sur une jouissance qu'il rêve de vivre avec elle (i).

Mais ni les murmures médisants, ni les strophes laudatives ne troublent M. de Cliatillon. Il se désaltère à la coupe de nectar que lui tend, d'un mouvement spontané et gracieux, la subtile demoiselle. Il ne traverse plus que comme une ombre boudeuse l'alcôve conjugale. Et c'est pourquoi Isabelle qui, déjà, avait, non sans colère, souffert que la Guerchy aguichât le prince de Galles (2), entretient, à ce moment, contre cette voleuse d'époux, une rancune formidable. Une autre, pour s'en venger, à l'exemple de la duchesse d'Aiguillon, lui ferait couvrir le visage d'un liquide corrosif. Mais cela ne ramènerait point le transfuge. Isabelle préfère utiliser une autre méthode.

Elle rencontra de tout temps, à l'hôtel de

(1) LoRET, Muse historique des 18 et 2-i août, 8 octobre, 19 novembre, 18 décembre 1650; 5 mars, 6 et 20 août, 26 novembre 1651; 14 janvier, 2 novembre, 28 décembre 1652; 8 mars, 5 avril, 6 décembre 1653 ; 14 mars 1654 ; Boisrobert, Les Epistres, 1659, p. 286; La Muse naissante du petit de Beauchasteau, 1657, 2' part., p. 39; Benserade, Œuvres, 1697, I, 122, 135. Son proverbe de cour est : Elle ne dit mot, mais elle n'en pense pas moins. V. B. A., ms. Conrart, t. IX, in-f°, p. 1239. V. encore, sur cette personne, Motteville, 1, 316; MoNTPENSiER, 1,108; Gui Patin, Lettres, édit. Reveillé-Parise, III, 225; Bussy-Rabutin, Carte du pays de la Braquerie, etc. Mlle de Guerchy mourut dans des conditions tragiques : la place nous manque pour en rapporter les circonstances. Ses épitaphes traînent, accompagnées du fameux sonnet d'Hesnault : V Avorton, dans vingt manuscrits et autant de recueils collectifs.

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