‹ Madame de Chatillon (Isabelle-Angélique de Montmorency)Chapitre 9 sur 30 · MONTPENSIER, II · texte numérisé non relu

MONTPENSIER, II

(3) Marie-Louise de Montmorency-Bouteviîle eut, de son mariage avec Dominique d'Estampes, marquis de Valençay, trois fils et quatre filles L'un des fils, Henri-Dominique

sit d'ailleurs nullement à modérer ses appétits lubriques. Le poète Bouillon nous la montre, après la Fronde, partageant gaillardement, au château de Saint-Fargeau, l'exil de Mademoiselle (i). Au seuil même de la caducité, elle se tue à convertir l'abbé de Belesbat au culte archéologique de ses formes ruinées :

Valençay par son vieil éclat Soutenu d'un peu de magie Prétendoit forcer Belesbat D'adorer sa triste effigie; Mais par un coup de baguette, L'enchanteur luy fit bien voir Que du costé des braguettes.

Il fallait perdre l'espoir (2).

Sans doute les tristesses de son existence, traînée en un quasi-dénuement Tincitent-elles à se donner ces distractions brutales (3). Elle in-

d'Estampes, devint un singulier personnage au dire de Bussy-Rabutin, Correspondance, édit., L. Lalanne, passim^ et de Mme de Sévigné, Lettres, édit. des G. Ecriv., VI, 290- 291. V. aussi, Journal du marquis de Dangeau, 1854, III, 167, 268, 281. L'une des filles, Isabelle-Angélique d'Estampes, abbesse et réformatrice de l'aidjaye des Çlérets, mourut le 23 décembre 1707. Nous aurons l'occasion de parler des autres. Sur ces jeunes filles, intelligentes et belles, v. Mme de SÉVIGNÉ, II, 69; IV, 449, 450, 493 ; V, 338; X, 88, 89.

(1) Les Œuvres de M. de Bouillon, 1663, pp. 116, 229, 232,

(2, B. N., ms. n" 11618, f" 1."); Bibliothèque de la Rochelle, ms. n" 673, f" 147 V". V. aussi, B. N., ms. n° 12G19, f" 440; 12639, f" 37.

(3) A. G. P. X, p. 85, Le Marquis de Valençai] à M. le Prince, 23 février 1651: P. XXV, p. 428, Ibid., U décembre 1661 ; P. XXX, p. 351, Ibid., 22 décembre 1662 ; P. XXX,

voqueraiL, avec un semblant de justice, cent excuses valables. Et Isabelle, sa sœur, ne saurait trouver en elle le moindre argument pour lui donner tort. Car, déjà elle suit son exemple.

A Sainte-Menehould, M. le Prince attablé en compagnie des petits-maîtres, exige que chacun, pour le distraire d'avoir renoncé à la tendresse de Marthe du Vigean, compose et dise sur-lechamp son couplet gaillard. Le marquis de Jarzé qui compte parmi les têtes les plus folles du temps, sur un mode aigu, entonne ces railleries :

Le gros baron de Jarzé Enfin n'est plus méprisé De la Chastillon Comme de Marton :

Il va prendre la place.

Si ce rousseau n'a pas de couillon Il a la fesse grasse Hogué!... (1)

p. 339, Ibiil, 22 décembre 1663; P. XXXIV, p. 141, Ibid., 7 mars 1666; P. LXXIII, p. 56, Ibid., 21 avril 1679; P. XXXVI, p. 549, Ibid., s. d. V. aussi P. XXIII, p. 237, La Marquiae de Valençay à M. le Prince, 7 juillet 1660 ; P. XXV, p. 430, Ibid., s. d. Toutes ces lettres inédiles, que nous ne pouvons, faute de place, analyser, disent la médiocrité dans laquelle vit la sœur d'Isabelle, son mari et ses enfants. Elles sont mélancoliques, emplies de doléances contre la mauvaise fortune, surabondantes de requêtes auxquelles, parfois, le prince de Condé donne une suite heureuse. Sans doute veut-il ainsi récompenser M. de Valençay d'avoir suivi son parti durant la Fronde, comme en témoignent les papiers de Lenet et divers mémoires du temps. V. B. N., ms. n" 6709, f> 112, 189, etc.

(1) B. N., ms. n° 12637, f" 108. « Après celte chanson, ajoute

MADAME DE CIIATILLON

Voilà Isabelle déjà chansonnée. Pourtant le gros baron de Jarzé devra se contenter de vagues œillades. C'est peu. Un autre, avec son astuce, irait sans doute jusqu'au cœur de la jeune duchesse. Mais Mme de Chatillon garde toute sa vie conscience que Ton ne doit pas, sans en tirer avantage, aliéner sa liberté. A cette heure, elle joue de sa beauté, désireuse surtout d'en assurer le triomphe. Elle hait à la mort Mme de Bregy, dame d'honneur de la reine, uniquement pour cette raison féminine qu'elle promène avec satisfaction une splendeur physique appréciée des hommes. Elle l'écrase de sarcasmes tout en lui prodiguant les caresses (i).

Celle-ci, d'ailleurs ne s'y laisse point prendre. C'est, en partie, à son influence que Mme de Chatillon attribue la froideur de la reine à son endroit (2). Anne d'Autriche, en effet, Técarte systématiquement de son entourage immédiat. Mais elle a, pour motiver cet ostracisme, des raisons d'ordre plus particulier. Son fils, Louis XIV, encore enfant, musarde déjà parmi les cotillons. A dix ans, cela ne présente guère

le ms., M. le Prince qui ne vouloit pas entendre parler du baron de Jai'zé s'en engoua au point de ne vouloir souper sans lui, ni faire aucune partie. » Voilà de la délicatesse.

(1; A. C. R., II, 197-198, Mme la Comtesse de Longeron à la reine de Pologne, 29 octobre 16-lS, publiée par d'Aumale, V. 643. Cette haine persiste longtemps. Nous en trouvonstrace dans Les Souvenirs de Jean Bouhier, s. d., p. 76.

(2) A. C. R., Il, 197-198, La Comtesse de Langeron à la reine de Pologne, précitée.

d'importance. Néanmoins, il se faut défier de ces imaginations puériles. Le roi futur marque un g'oùt trop vif de mêler perpétuellement Isabelle à ses jeux. Il délaisse volontiers, pour les poupées vivantes^ les poupées inertes. A l'observer, on le surprend parfois, jouissant de recevoir, si les mains sont belles, des caresses et les rendant furtivement.

Des gens malavisés grossissent l'événement:

Belle, ne blâmez nullement De nostre prince la faiblesse, Il peut bien, malgré sa jeunesse, Faire le devoir d'un amant.

Des rois la taille et la fortune Passent la mesure commune Et si, dans le siècle innocent, Salomon, à dix ans, perdit son pucelage, (^uomme Louis n'est pas moins sage Il n'est pas aussi moins puissant (1).

On n'accorderait aucune créance à ces railleries si Benserade, poète que la reine et ses filles d'honneur chérissent pour sa gentillesse, ne les prenait à son compte et n'en assurait la diffusion :

Chastillon, gardez vos appas Pour quelqu'autre conqueste,

Si vous estes preste.

Le Roy ne Test pas ;

(1) B. M., M. 16082, A Mme de Chatillon, noxemhrelGtë. Ces vers inédits nous ont été aimablement communiqués par M. A. d'Artois, conservateur de la Bibliothèque Mazarine.

Avecque vous il cause, Mais en vérité Il faut quelqu'autre chose Pour votre beauté Qu'une minorité (1).

Dès lors toute la cour se préoccupe de la tendresse bénigne qui naît sur les marches du trône. Mlle de Neuillan avertit charitablement Isabelle et son mari du bruit qui en résulte. La jeune femme ne peut qu'en rire et en rit. Mais M. de Ghatillon, dénué d'indulgence, accoste l'imprudent poète et lui dit :

— Mon petit ami, s'il vous arrive jamais de parler de Mme de Ghatillon, je vous ferai rouer de coups de bâton (2).

La menace apaise l'ardeur écrivassière du poète. Bien qu'elle en doive prendre sa part, Mme de Ghatillon ne s'en émeut pas. Elle continue à fréquenter les jeux du roi, mais son attention désormais s'attache au prince de Galles qui y participe. La révolution d'Angleterre vient de chasser de son île ce doux jeune homme de dix-

(1) B. iN., ms. n" 12G38, f" 161. V. aussi, 12656, f" 165, qui donne la musique de ces vers. V. encore. Bibliothèque de Chantilly, ms. n" 798, f" lOG.

(2) Tallemant, VI, 128; Bussy-Rabutin, op. cit., 1, 176-177; Brienne, Mémoires, édit. Barrière, 1828, II, 307 ; Scarron, Œuvres, 1786, VII, J30. Plus tard, Benserade, Œuvres, 1697, I, 257, écrivit un sonnet en bouts rimes, d'ailleurs aussi familier qu'élégant, où il rappela l'amour innocent du roi pour Mme de Ghatillon. La duchesse non plus que le monariiue ne songèrent à s'en offenser.

sept ans, long et mince, timide, emprunté, bégayant, agréable de visage. Isabelle, parce qu'il l'écoute et l'admire, lui voudrait insinuer l'audace des propos et des gestes. Elle sent pour lui une pitié mélangée de douceur. Peut-être seraitil héroïque d'accorder quelques joies à cet exilé qui endure silencieusement un malheur immérité (i).

Elle n'en a point le temps. La duchesse de Montpensier, poursuivant ses chimères matrimoniales, l'en écarte et aussi les événements. Bientôt, en effet, le prince, muni d'un bagage d'espoir, traverse la Manche, appelé par l'Ecosse patriote, et ne s'inquiète plus de frôler les belles avides de s'illustrer par des amours royales. El Mme de Chatillon trouve, dans son propre ménage, de graves diversions à ses entreprises galantes.

Car, parmi les filles de la reine, Gaspard a distingué et tout aussitôt conquis la belle, et blanche, et succulente demoiselle de Guerchy (2). C'est une Bourguignonne dont les yeux pétillent comme le vin de sa province et qui passe la vie en aventures amoureuses. Coquette et ambitieuse, elle cherche, parmi les hommes, un nom qui éclaire son obscurité, une fortune qui la libère de servir même une souveraine. Elle a mal-

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