‹ Madame de Chatillon (Isabelle-Angélique de Montmorency)Chapitre 14 sur 30 · MONTPENSIER, I · texte numérisé non relu

MONTPENSIER, I

d'un œil attentif les épisodes de la guerre. Ses correspondants la tiennent minutieusement au courant des faits. Par eux, elle connaît, heure par heure, les incidents de la romanesque équipée de M. le Prince, traversant la France au milieu des embûches et des traquenards. Il vient prendre le commandement des troupes que Nemours lui amena des Flandres et qu'il joignit à celles du duc de Beaufort. Il installe son quartier général sur les terres et au château de Chatillon-sur-Loing.

Cela déjà inquiète la duchesse. Elle gémit à la pensée de ce que deviendront ses grasses cultures au passage des infanteries et des cavaleries. Elle n'ignore rien des atrocités que commettent les troupes rebelles. Partout c'est le pillage et le viol. Cent vierges dans un monastère sont en un instant déflorées et l'on cloue deux fers à cheval aux pieds de l'aumônier pour le châtier d'avoir peut-être été l'étalon de ces cavales.

En même temps que lui parviennent les résultats du combat de Bleneau où M. le Prince défait l'armée royale commandée par Turenne, Mme de Chatillon apprend que Nemours, blessé d'une mousquetade, gîtdans sa propredemeure (i ). Est-

(1) MoTTEviLLE, III, 475; Retz, III, 361 ; Bussy-Rabutin, Mémoires, I, 273 ; Turenne, Mémoires, édit. Michaud et Poujoulat, p. 435 ; Lettres, édit. Grimoard, 1782, I, 203 et s., 206, 209 ; Na vailles, Mémoires, 1701, p. 117 et s. ; La Brune, op. cit., II, p. 150 et s. ; Monglat, op. cit., p. 265; Duc dYorck, Mémoires, édit. Michaud et Poujoulat, p. 537 ; Pieiire Coste,

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elle incitée au départ par cette nouvelle ou bien veut-elle, tout simplement, tâcher, par sa présence, de faire respecter son domaine aux soldatesques forcenées ? Nous penchons vers la deuxième hypothèse. Car, jointe tout d'abord à Mme de Nemours en larmes et qui brûle les étapes pour secourir son mari, elle juge ensuite inutile de poursuivre son voyage jusqu'à Chatillon. Elle s'enferme, à Montargis, en un couvent de filles vouées au culte de Marie. Peut-être Mme de Nemours, lasse d'être perpétuellement trompée, lui impose-t-elle cette résidence d'où, la nuit, cachée sous une écharpe, mais reconnue par l'armée tout entière, elle rend subrepticement visite au blessé (i).

L'état de ce dernier, fort satisfaisant, lui donne beaucoup moins de soucis que les déprédations commises sur ses terres. Violemment elle accuse M. le Prince de malveillance, prête, après avoir voulu faire du Mazarin « un hachis bien menu (2) », à tourner vers lui, par vengeance, son espoir (3). Du moins, ayant dans tous les camps des admirations éperdues, supplie-t-elle le maréchal d'Hocquincourt, l'un des chefs de l'armée royale, « de ne pas achever par un logement

op. cit., II, 99 et s. ; Désormeaux, op. cil., III, 1769, p. 221 et s. ; LoRET, Muze du 14 avril 1652, etc.

(1) MONTPENSIER, II, 38 et s.

(2) B. N., ms. no 6729, f- 10.

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