‹ Madame de Chatillon (Isabelle-Angélique de Montmorency)Chapitre 17 sur 30 · NfADAME DE CIIATILLON · texte numérisé non relu

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tenue à tous ces esprits libertins qui font passer pour gallenteries de parler irrévérencieusement de l'administration ». La Bacliellerie s'exprime en cannibale, vitupérant l'indulgence de tout le monde (i).

Or Mazarin ne partage pas l'avis de ces serviteurs zélés. Il est en correspondance secrète avec Mme de Chatillonet ses convictions oscillent (2). Un religieux dont nous n'avons pu percer l'anonymat, plaide en faveur de la dame durant que les procédures se déroulent (3). La duchesse paraît même complètement désintéressée de l'affaire. Quand les interrogatoires de Bertaut et Ricous révèlent son véritable rôle, elle proteste avec véhémence, refusant d'accepter l'ombre même d'une culpabilité (4). Si bien que l'abbé

(1) A. E., France, 891, {" 227, Foucquet à Mazarin, 11 octobre 1653; f"3 232 et 234, Breteuil à Mazarin, 11 et 12 octobre l'i53 ; f" 251, Séguier ù Mazarin, 16 octobre 1653; f'' 257, La Bachellerie ù Mazarin, 18 octobre 1653.

(2) Catalogues d'autographes Charavag (Fg. Saint-Honoré), Mme de Chaîillon à Mazarin, 20 septembre 16.53; Ibid. (rue de Fursteraberg), Mme de Chatillon à Mazarin, 20 septembre 1653. Dans la deuxième de ces lettres, elle prétend même avoir fait arrêter les auteurs de pièces diffamatoires publiées contre elle.

(3) A. E. ,Fra/zce, 892, f" 368, Anonyme à Mazarin, 23 septembre 1653. « Elle condamne, dit-il, tout ce qui s'est eschapé d'injures contre vostre personne de laquelle elle prétend avoir des sentimens tous différents et se fait fort que son amy (Condé) en aura de mesme. ». V. aussi, 891, f° 2'iS, Anonyme à Mazarin, 12 octobre 1653.

{i) Elle protestera même toute sa vie, V. A. E., Mecklembourg, 1667-1698, p. 307, Mme de Mecklembourg à Pomponne, mars 1679.

Foucquet qui ne la quitte pas d'une minute, pris à son tour d'un doute, toujours amoureux dailleurS;, ne propose plus, pour la sûreté de l'Etat, que de l'éloigner (i). Conseillée par lui, elle s'enferme à l'abbaye de Maubuisson dont Tabbesse compte parmi ses amies (2).

Elle attend en cette demeure que Mazarin décide de son destin. Or Mazarin, loin de lui garder rancune, Tadmire. « Je fais grande estime de son mérite, écrit-il à l'abbé Foucquet, et je voudrais qu'il me coutast beaucoup d'avoir une amitié si ferme et si passionnée pour mes intérêts comme elle l'est pour ceux de M. le Prince dans le temps qu'il est dans le malheur... Si elle se conduit bien, dans sa relégation, je la serviray seurement, n'estant pas persuadé, quelque chose qu'on ait déposée, qu'une personne si bien faite et qui possède de si belles qualités soit capablede concevoir des pensées si exécrables (3). » Il considère pourtant nécessaire son éloignement. Mais il le lui prescrit en des termes tellement indulgents, il lui accorde tant de facilités d'ar-

(li A. E., France, 891, f-^ 244, UAbbé Foucquet à Mazarin, s. d. (14 octobre 1653), publiée dans Montpensier, II, 538.

'2 A. E., France, 891, f° 250, Anonyme à Mazarin, 16 octobre 1653. V. aussi Montpensier, II, 437 et s. ; Motteville, IV, 49, 50. Tout ce que raconte, à ce moment, Bussy-Ra- BUTiN, I, 234, sur le rôle de l'abbé Foucquet, amenant Mme de Chatillon en Normandie sous des déguisements, paraît controuvé.

(3: Correspondance de Mazarin, VI, 66, 67, ^1 l'Abbé Foucquet, 29 octobre 1653. \

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ranger auparavant ses affaires, qu'à la vérité on se demande si, à son tour, il ne se range point parmi les soupirants de la dame (i).

C'est en pure perte d'ailleurs qu'il montre une générosité à ce point inattendue. Nul homme n'est, en ces circonstances, plus merveilleusement joué que lui si ce n'est peut-être l'abbé Foucquet. Car, tandis que ce dernier croit la duchesse sagement en route pour Chatillon, elle s'élance sur le chemin de Bruxelles afin de se retremper, ne fût-ce qu'un moment, dans l'atmosphère qu'illumine de sa présence M. le Prince. L'abbé constate avec déplaisir cette fugue et Mazarin avec amertume (2). On imagine, dès lors, que le cardinal et l'abbé se livreront, au retour de la fugitive, à de sévères représailles. Point du tout. Elle revient tranquillement à Mer-

(1) A. E.. France, 861, f" 287, L'Abbé Foucquel à Mazarin l'r novembre 1053 ; Correspondance de Mazarin, VI, 80, .1 M. VAbbé Foucquel, 10 novembre 1658. V. aussi, A. E., France, 891, f" 352, Anonyme à Mazarin, novembre 1653. Mme de Chatillon bénéficie de l'amnistie. V. également. Catalogues d'autographes Charavay fFg. Saint-Honoré), Mme de Chatillon à Mazarin, fin de 16.53. Elle se déclare heureuse d'apprendre, par l'abbé de Montaigu, que le cardinal songe aux intérêts publics et non à la satisfaction de rancunes personnelles.

(2) A.E., France, 891, î"^ 294 et 3.58, UAbbé Foucquel à Mazarin, 6 novembre et 17 décembre 1653 ; Correspondance de Mazarin, VI, 88, .1 M. l'abbé Foucquel, 18 novembre 1653 ; Loret, Muze des 25 octobre et 1" novembi-e 1653. C'est l'heure que Mme de la Suze, belle-sœur de notre duchesse, choisit pour lui dédier Le Triomphe d'Amarillis. V. Recueil Sercy, 1653, 2' partie, p. 243 ; Poésies de Mme la Comtesse de la Suze, 1666, p. 42 ; Recueil de la Suze, 1691-1698, II, 94 ; 1725-1741, 1748, II, 129. V. aussi Sw^t-Amant, Œuvres, édil. Livet, II, 55.

lou et manœuvre aussitôt pour rentrer en grâce. Le même religieux qui plaidait en sa faveur pendant le procès de Ricous et Bertaut lui sert encore d'avocat. Comme Mazarin regimbe, sachant que Merlou donne asile à des gens bizarres, elle explique clairement les raisons de leur présence (i). Entre temps, et tandis que s'échangent d'activés correspondances, elle apprend que Mme de Longueville, récluse en un couvent de Moulins, après l'apaisement de la Guyenne, ébauche un rapprochement avec le cardinal dans le but de ramener en France M. le Prince pardonné (2). Cette nouvelle l'électrise. Abandonnant la voie lente des épistoles, c'est à genoux qu'elle demande et obtient l'absolution de ses fautes (3i. Dès lors, sans aucune difficulté, elle arrête les velléités pacificatrices de Mme de Longueville, souhaitant avoir seule le mérite d'un accommodement (4). Libre désormais de rentrer à Paris, elle trouve à la cour un accueil chaleu-

(1) A. E., France, 89B fe/s, f" 6, Anonyme à Mazarin, 21 janvier 165i; 89-t, f- 248, Note à Mazarin.

(2) A. E., France, 893 bis, f-' 100, 144, l5ii,Barlel à Mazarin, 30 juin, 10 et 17 juillet 1654. Mme de Longueville proposait à Mazarin le mariage de l'une de ses nièces avec le duc d'Enghien, fds de Condé. D'après Gourville, I, 113, des lettres auraient été, à ce moment, échangées entre Mme de Chatillon et Mme de Longueville.

(3) Correspondance de Mazarin, VI. 28ô, A..., 20 août

(4) A. E., France, 893, f» 231, Mazarin à Mme de Chalillon, 2 octobre 1654; B. N., ms. n" 23202, f° 138, Mazarin à l'abbé Foucquel, i octobre 1654.

reux (i). Pour endormir les méfiances, elle teint de ne songer plus qu'aux distractions. Elle participe, sous des déguisements, aux folies du carnaval (2). Elle rôde autour de Louis XIV adolescent au point d'exciter encore la verve des vaudevillistes (3).

Docilement, en apparence, elle s'abandonne aux inspirations de l'abbé Foucquet. Elle écrit sous sa dictée à M. le Prince et dans le sens qu'il lui indique (4). Une grande intimité semble régner entre les deux bons apôtres. Toute la haine de Mme de Ghatillon paraît s'orienter vers Mme de Longueville qui n"a pas accepté le rôle muet qu'on voudrait lui faire jouer (5).

Or l'abbé Foucquet, en l'occurrence, manque de son flair ordinaire. Il devrait se défier d'une bénévolence à laquelle la duchesse ne l'a pas habitué. Il se contente d'en jouir, les yeux clos et l'âme heureuse. Mme de Ghatillon lui prépare un terrible réveil. Car cette douceur dont elle use à son égard n'a d'autre motif qu'exciter la jalousie d'un homme, le maréchal d'Hocquincourt, éperdument épris d'elle. Ce maréchal gouverne, en Picardie, Péronne et Ham, deux places

(1) LoRET, Muze du 5 décembre 1(554. V. aussi, B. N. ms. n« 10276, f" 230; Gazelle de France de 1655, p. 1428.

(2) LoRET, Muze du 30 janvier 1655.

(8)B.N., ms. n" 12638, f" 257.

(4) A. E., France, 894, f» 211, L'Abbé Foucquet à Mazarin, 11 juillet 1655.

(5) Ibid, fo 246, L'Abbé Foucquel à M azar in, 2 août 1655.

stratégiques importantes dont la reddition ouvrirait à Condé et aux Espagnols l'accès facile vers Paris. C'est un être fantasque, de belle allure, brun comme un loup, crépu comme un nègre, salace et puissant comme un taureau. Il s'ennuie, en ses cités imprenables et monotones, acoquiné à la bohémienne Liance dont M. le Prince amusa une heure de son existence.

Lorsque Mme de Ghatillon lui entrebâille, par Icntremisede Simon de Vignacourt, gentilhomme picard, les portes de Merlou, il sourit ainsi qu'un moribond entrevoyant le paradis. Elle le tâte au cours de conversations confiantes, perçoit, en lui, un mécontentement de soldat furieux qu'on lui préfère, aux frontières, le maréchal de Turenne. Dès lors, elle sent qu'elle peut, en lui acquérant cet orgueilleux, frustré de commandements avantageux, rendre un service éminent à M. le Prince (i). C'en est assez pour qu'elle affronte une étreinte où le plaisir n'est point partagé.

De ce moment Hocquincourt lui appartient jusqu'à la démence. Pour « son service et celui de ses amis », il se déclare prêt à tout accomplir. Apprenant que Foucquet paonne auprès de sa maîtresse, il se livre à de terribles emporteil) Sans doute aussi, escomptant la mort prochaine de Claire-Clémence de Maillé fort malade, pensait-elle, malgré l'opposition haineuse de la Longueville etie.s desseins parallèles de Mademoiselle, un mariage possible avec Condé.

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ments. Contre l'abbé qui lui vole la joie et contre le Mazarin qui lui subtilise la gloire, il formule, à table, cbez le duc de Cliaune, gouverneur de Picardie, des imprécations telles qu'on ne les « peut rapporter lionestement. Les termes en sont honteux en la bouche des laquais (i) ».

Mme de Chatillon le juge alors mûr pour la trahison. Elle en tire une lettre particulièrement compromettante et l'expédie à M. le Prince espérant, de cette sorte, lui prouver avec quel zèle elle travaille pour sa cause. Condé, toujours impuissant à obtenir des Espagnols qu'ils lui offrent des forces suffisantes à accabler la France, la transmet à Fuensaldagne. Celui-ci, à son tour, la confie à son secrétaire.

Or Mazarin entretient à grands frais ce secrétaire pour en avoir des avis. Mme de Chatillon ne prévoyait pas cette intelligence. La lettre d'Hocquincourt , directement réexpédiée de Bruxelles, trouble la sérénité du cardinal. Cependant, jugeant que Ton peut réparer le mal sans sévices, il appelle le maréchal à Paris. Doucement il lui reproche sa conduite. L'autre nie obstinément. Il faut, pour qu'il avoue, lui mettre ses lignes sous les yeux. Néanmoins, point de sanctions. Le ministre se souvient qu'il doit en partie au maréchal son retour en France. La

(1) B. N., ms. n" 1027G, f" -141; Navaille, Mémoires, 1701, p. 167 et s.

m"'" de GHATILLON, HEROÏNE DE LA FRONDE 173

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