‹ Madame de Chatillon (Isabelle-Angélique de Montmorency)Chapitre 22 sur 30 · SÉVIGNÉ, VI · texte numérisé non relu

SÉVIGNÉ, VI

(2) A C. P., LXXVFI, p. 2.50, Mme de Mecklembourg à M. le Prince, 12 mars 1680. Cette lettre, avec celle que nous avon.s citée précédemment, est la seule où elle parle du procès de son frère. Mai.s la correspondance de Mme de Sévigné et les papiers de Condé à Chantilly nous renseignent abondamment sur son activité.

bourreau cel homme qui s'explique loyalement. Ils le déchargent du crime ; ils ne le déchargent pas de la haine unanime (i).

Le malheur tombé sur Mme de Mecklembourg, avec ce sinistre procès, ne la quitte guère désormais. A peine son frère est-il parti pour Texil que lui prescrit Louis XIV qu'elle s'alite en proie à une affection obscure. Elle passe par des alternatives de fièvre et de terreurs que les purges, de même que les saignées n'arrivent, point à calmer. M. le Prince suit d'une Ame angoissée les périodes du mal. Tour à tour Bourdelot et Ricous l'informent des progrès ou des améliorations constatés. En dernier ressort, il préconise un remède fameux et fort décrié, récemment répandu dans le monde par l'anglais Talbot, le tonique et vivifiant quinquina (2).

Mme de Mecklembourg, après de longs mois de souffrance, parvient cependant à reconquérir une santé précaire. Elle en profite pour accompagner, à Versailles, Luxembourg, revenu d'exil, choyé par Louis XIV et qui, reprenant de ses mains le bâton de maréchal, le portera désor-

(1) Nous n'insistons pas sur celle affaire, traitée par de nombreux historiens, et dont M. de Ségur, Le Tapissier de Noire-Dame, s. d., pp. 1 et s., paraît avoir éclairci toute l'obscurité.

(2) A. C. P., LXXIX, p. 289, V°, Bourdelol à M. le Prince ; p. 291, Ricous à M. le Prince; pp. 297, 303, m7,BourdelolùM. le Prince; p. 309, Ricous à M. lePrince;0., II, pp. 619, 621, .V. le Prince à Ricous, 27, 28, 29, 30 juin, 3 et 6 juillet 1680.

mais pour Je lustre de la France (i). Cette réintégration de son frère dans ses dignités pose comme uneéclaircie de bonheur dans la vie tourmentée de notre duchesse. Eclaircie fugace. Car bientôt la petite vérole, maladie fréquente à cette époque et particulièrement redoutée des femmes, la jette au bord de la tombe. Les reliquats d'une beauté que l'âge avait épargnée s'évanouissent en un instant.

Les correspondants de Condé, toujours affectueux et vigilant, lui écrivent : v Mme de Mecklembourg n'a pas figure humaine. Son visage fait peur. Tout le fort de son mal s'est jeté sur un bras. Elle l'a plus gros trois fois que son ordinaire et c'est le plus grand de son mal présentement (2). »

Une telle laideur succédant à une magnificence physique dont elle manifestait tant d'or-

Cl) A. C. P. LXXX, p. 22H, Gourville à M. le Prince ; P., LXXXI, p. 30-t, Rieous à M. le Prince, 2S juin et 8 juillet IfiSl..

(2) A. C. O., II, pp. 542, 544, 630, ()32, 634, 636, 640, 642, 674,678, 680, M. le Prince à Rieous, 1<"-, li), 20, 27 février, 2, 4, 7, 31 mars 1682. Plusieurs de ces lettres sont sans date. V. aussi, P., LXXXV, p. 29, Rieous à M. le Prince, 25 février 1682, II est probable que l'état maladif de Mme de Mecklembourg dut se prolonger longtemps. V. A. C. O., II, pp. 652, 654, M. le Prince à Rieous, 12 et 16 février 1684. Ces lettres mentionnent, en eflet, une affection nouvelle. Y. également, Brilis/i Muséum, 32095, Mme de Mecidembourg à Jacques II cr Angleterre, 12 mars 1685, cité dans Ségur, Le Tapissier de Noire-Dame précité, p. 156. « La crainte d'être méconnue de V. M. m'a retenue jusqu'à ce que je sache si une grosse et laide Allemande peut encore paraître devant le meilleur roi du monde. »

gueil devrait prédisposer, mais ne prédispose pas Mme de Mecklembourg à l'indulgence. Bien qu'il invoque la noblesse de son cœur et la nécessité de souscrire aux préceptes du christianisme, elle refuse de pardonner à Bussy- Rabutin repentant, humilié, devenu quasiment ermite et sermonnaire en vieillissant, la faute ancienne de l'avoir vilipendée en son Histoire amoureuse des Gaules. Il en est réduit à ne plus fréquenter les milieux où elle transporte la guenille de sa défunte beauté (i).

Ratatinée, racornie, notre duchesse, ayant perdu tout ce qui était charme et grâce en elle, commence à perdre tout ce qui était sentiment. La mort brusque de sa sœur, Mme de Valençay, la touche médiocrement (3). L'emprisonnement, au château de Vincennes, de son mari Christian-Louis, coupable d'avoir, en une affaire politique, manqué de parole à Louis XIV, ne lui cause aucune indignation (3). Elle daigne cepen-

(1) Correspondance de Roger Rabutin, comte de Bussy, V,

(2) Journal du marquis de Dangeau, I85i, 1, 48. Cette mort est annoncée à la date du 28 août iciSi. V. aussi, A. G. P., XCVI, pp. 225 et 271, Gourville et Bourdelot à M. le Prince, 5 et 12 septembre 1684.

(3) Louis XIV avait, par Tintermédiaire de Gourville, traité avec Ghristian-Louis pour qu'il autorisât le passage, dans ses États, des troupes du Danemark. V. A. E. Mecklembourg, imi-icm, {■'^ i'èl , Colberl à Gourville, limai 1684; 438, Louis XIV à Chrislian-Louis, 11 mai 1684; 439, 440, ibid., 17 mai 1684. Bien qu'il eut ratifié ledit traité, Christian-Louis n'en observa pas les articles. C'est pourquoi Louis XIV, par lettre du 21 juin 1684, (A. E., Mecklembourg, 1667-1698,

dant lui porter l'ordre d'élargissement accordé après amende honorable (i). Elle souhaite aux antipodes ce perpétuel fâcheux qui, pour se consoler d'avoir couché sur la paille humide des cachots, loge chez un baigneur où l'on goûte toutes les aises en même temps que toutes les voluptés (2). Elle n'a pas voulu, par un dernier scrupule, après la sentence de la chambre de Spire, faire saisir les biens de ce voleur de dot qui préférerait, à lâcher un écu, mourir de malemort. L'empereur cependant l'y encourageait, menaçantChristian-Louis d'une forte amende s'il contrevenait à son ordre de subvenir aux dépenses « d'une princesse de cette naissance (3) ». Christian-Louis n'obéit pas davantage à Léopold I" qu'aux magistrats de sa haute justice. Lorsque, lassé de la France où il ne trouve plus que dédains et avanies, il revient à Hambourg pour y continuer son existence tatillonne de bourgeois désœuvré, il faut toutes les facultés de persuasion du diplomate Spanheim pour que

f' 441) ordonna son incarcération, l^e Journal du marquis de Dangeau, I, 29, résume très nettement cette affaire.

(1) A. E., Mecklembourg, 1G67-1(;98, f" 442, Louis XIV au marquis de Belle fonds, 30 août 1684; A. C. P., XCVI, pp. 201, 225, 271. Gourville el Bourdelol à M. le Prince, 2, 5 et 12 septembre 1G84 ; Journal du marquis de Dangeau, I, 55.

(2) A. C. P., XCVI, p. 29(5 ; P., CIV, p. 356, Bourdelol el Gourville à M. le Prince, 15 septembre et 27 décembre lfi84 et 1685.

(3) A. E., Mecklembourg, 1667-1698, f' 420, Léopold 1" à Chrislian-Louis, s. d. (1680).

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